Yoga pour Runner !

Du yoga pour la course à pied ? Simple effet de mode ? Est-ce qu’il y a un intérêt réel pour concilier les deux ? Et d’abord, pourquoi concilier les deux ?

J’ai la chance d’accueillir Bénédicte Opsomer et Pascal Jover, créateur de la méthode Yoga pour Runner ! La grande spécificité de leur travail, c’est d’être parti du schéma corporel du coureur pour en développer un yoga qui permet d’améliorer les performances et le ressenti sur du long terme. C’est à dire, aussi, d’éviter les blessures et d’avoir un corps plus sain. Et non juste quelques postures de yoga qui cible des points particuliers.

En attendant que je vous livre une chronique sur leur livre, ils se livrent ici en toute sympathie (pas trop ivre du mot livre ? ).

Retrouvez le podcast en haut de cette page. C’est toujours plus agréable d’entendre les personnes parlées. Pour ceux qui préfèrent la version texte, c’est ci-dessous.

Livre Yoga pour runner

Bonjour Bénédicte Opsomer et Pascal Jover. Merci de consacrer du temps à CourirUnTrail. Vous êtes es deux coauteurs d’un livre paru en 2017 : Yoga pour Runner. Concilier la course à pied et le yoga, quelle drôle d’idée ! Avant d’en parler plus en détail, pourriez-vous vous présenter ?
J’ai l’impression, Bénédicte, que tu es une voyageuse dans l’âme, que ce soit à travers la planète ou dans ton propre corps.
Qui êtes-vous, d’où venez-vous et où allez-vous ?

Bénédicte Opsomer :
Merci, Mickaël, pour ce moment de partage.
J’ai eu la chance d’atterrir dans une famille de voyageurs.
Mes parents étaient profs. Ils se sont expatriés dans les années 60 en Côte d’Ivoire, et aussi au Burkina Faso.
J’ai débarqué en Afrique Noire, à Mans, à l’âge de trois ans.
Je pense que le goût du voyage, le virus est arrivé à ce moment-là.
Et j’ai commencé à courir dès cet âge-là, puisque j’étais tout le temps pieds nus, au grand dam de ma mère. Courir pieds nus dans la terre rouge, c’est ce que faisaient beaucoup de petits expats’.
Après, ça ne m’a pas quitté.
Après l’Afrique, mes parents ont été mutés dans le Jura puis l’Espagne.
Passé de l’Afrique noire au Jura, ce fut intéressant comme expérience !
Ce fut de courte durée heureusement. Après le Jura, il y a eu l’Espagne, puis le Maroc.
Je suis tombée amoureuse et j’ai rencontré le père de mes filles et on s’est expatrié au Brésil, puis en Inde.
Ça a été tout le temps une succession de voyage.
Effectivement, quand tu parles de voyage intérieur, je me suis arrangé pour que dans mes moments d’immobilités, j’aie trouvé le yoga, pour voyager à l’intérieur de soi.
Et ça, c’est un voyage infini…
Je m’en rends compte, par rapport au reste…
Pour la planète, il y a un cadre.
Alors que le chemin intérieur est infini.
Je viens de fêter mes 51 ans, et je ne me lasse pas d’aller découvrir et maintenant d’emmener les gens découvrir ce chemin-là…

Pascal est en train de conduire, il se présentera un peu plus tard. C’est une interview en mouvement !

Bénédicte Opsomer :
Oui, c’est tout à fait à l’image de ce qu’on est, Pascal et moi. En mouvement, un peu à l’arrache, mais tout va bien !

Le yoga est une très vieille pratique. La course à pied aussi. Pourquoi avoir lié les deux ?

Bénédicte Opsomer :
Je ne sais pas pourquoi on a fait ça.
Ce n’est pas tout à fait raisonné.
Ça s’est fait, je crois, vraiment naturellement.
Il y a trois réponses à cette question, je pense : le mien, celui de Pascal, et celui de l’association de Running Yogi.
Pour moi, en tout cas, ça a toujours fait partie de ma vie.
Il y a eu un moment où j’ai arrêté de fumer, il fallait que je le fasse.
Je me suis mise à courir, et je n’ai jamais cessé.
J’ai rencontré le yoga quand je suis tombée enceinte… euh, non… quand j’ai eu la chance d’attendre ma première fille.
J’avais une douleur de sciatique, et c’est le yoga qui me la fait disparaître.
Je me suis dit : c’est magique ce truc.
C’étaient deux choses qui faisaient partie de ma vie, mais deux choses très dissociées.
J’avais mon yoga, et ma course à pied.
Le running pour me défouler, quand je pétais un câble, et le yoga pour me poser.
Et avec le temps, j’ai plus de 50 ans maintenant, je me rends compte que l’un ne vit pas sans l’autre. Les deux se nourrissent.
C’est comme ça qu’est arrivé ce choix de créer une méthode.
Ça s’est fait assez naturellement.
On donnait avec Pascal des cours de yoga de l’énergie. Ce n’était pas traditionnel, car déjà à l’époque, on travaillait à deux, ce qui était assez nouveau : une voie féminine et une voie masculine.
Nos élèves nous demandaient : vous courez ? Donnez-nous des tuyaux, qu’est ce que vous faites ?
C’est comme ça qu’on a commencé à répondre à une demande.
On a regardait ce qui se faisait déjà : rien. Rien n’existait.
Peu après, on en a parlé à une maison d’édition.
Banco, ça l’intéressait, elle nous a dit allez-y, écrivez un livre.
Vraiment, tout s’est fait assez naturellement. Et c’est dans l’esprit du yoga aussi, c’est que ça devait se faire.
C’est chouette !
Parfois, c’est un peu tendu, car on n’est que deux !
Enfin, maintenant, on commence à être bien entouré. Mais au départ, on a ramé…

Lucie JAMSIN athlete elite de la team isostar
Lucie JAMSIN athlete elite de la team isostar

Le livre est sorti en 2017. Maintenant, vous êtes actifs partout, je vois ! Il y a même des ambassadeurs en formations… L’actualité est riche !

Bénédicte Opsomer :
Oui, maintenant, c’est parti !
On est heureux de tous ces gens qui viennent à nous, qui sont intéressés.
Pourquoi les deux, pourquoi le yoga et la course à pied ? Et pourquoi pas !
Il commence vraiment à y avoir un engouement, on le sent.
On voit déjà une différence par rapport il y a 5 ans quand on a ouvert nos premiers ateliers.
Car on a d’abord testé, enseigné… et maintenant, on forme des enseignants de Running Yoga. Il y a une grande différence entre le public il y a 5 ans, et aujourd’hui.
Il y a de plus en plus de personnes qui souhaitent faire du yoga, et de plus en plus de personnes qui se mettent à courir. On est arrivé, j’ai envie de dire, à point ! C’était mûr !

Je reviens un peu en arrière. Tu as dit que tu as commencé à courir très très tôt et pieds nus. J’ai déjà interviewé plusieurs personnes qui courent pieds nus ( Christian Harberts et Bruno Redon). Est-ce que, du point de vue du yoga, s’est quelque chose de bon ?

Bénédicte Opsomer :
Courir pieds nus, c’était quand j’étais gamine.
Comme tous les enfants, le réflexe et l’envie, c’est de courir pieds nus dans le sable, sur la terre, dans l’herbe.
Et l’envie nous reprend quand on est adulte, je pense.
Par contre, sur les chaussures en running, je n’ai pas de réponse à donner.
Il n’y a pas de bien ou de pas bien.
Personnellement, je ne cours pas pieds nus en trail ou en marathon. Je ne me vois pas le faire, d’ailleurs.
Je pense qu’il y a un réapprentissage à faire.
Finalement, on ne sait plus marcher pieds nus.
Quand je suis revenu en France, après l’Afrique, j’ai dû mettre des chaussures tout le temps.
Ce n’était pas très agréable, mais je l’ai fait.
Depuis, j’ai tout le temps était dans mes chaussures.
Donc je cours avec des chaussures. Pas un grand drop cependant. Et je varie.
C’est aussi une ouverture qu’on propose dans la formation : c’est d’essayer.
Tu veux essayer pieds nus ? Vas-y. Mais progressivement.
Changer de marque de chaussure, peut-être.
Changer sa façon de poser le pied.
Avant, on parlait toujours de l’attaque talon, maintenant ça change.
Nous n’avons pas de point de vue. Tu pourras en parler avec Pascal.
Il est plus le Mr Running, et moi, Madame Yoga.
Faites vos expériences !

C’est très dans l’esprit du yoga, en tout cas ! Tu as parlé des ambassadeurs. Qui sont-ils ? Ce sont les personnes qui sont formées pour enseigner votre méthode ?

Bénédicte Opsomer :
Exactement.
Nous avons fait une campagne de recrutement pour nous entourer. Quand on a démarré à faire nos ateliers, on a commencé à avoir un grand succès, même en Suisse et en Belgique.
Nous étions que deux, on ne pouvait pas sillonner l’Europe.
Surtout que j’ai aussi un pied à terre en Espagne, donc je voulais aussi être présent là-bas.
On s’est dit : on va former des gens à notre méthode.
On a ouvert trois petits groupes, car on veut pouvoir cocooner nos élèves.
Un groupe à Bruxelles, un à Lyon et un à Paris.
Ces personnes deviennent à l’issue de la formation de 110h – qui est une formation professionnelle- enseignants de Running Yoga. Ce sont trois week-ends de trois jours, puis une semaine en résidentielle, pas loin des terres où le running est né, près de Barcelone et de la mer.
On reprend tous les fondamentaux qu’on a vu, on court et on met en pratique et surtout, on vit ensemble pendant une semaine. Ce qui permet d’avoir un vrai esprit d’équipe.
Même si chaque ambassadeur travaille de son côté, ils sont tous en lien pour pouvoir se poser des questions, mais aussi pour faire des courses ensemble.
C’est important pour nous que les ambassadeurs ne se sentent pas seuls.
Et évidemment, nous sommes présents aussi.

Pour devenir formateur, quel niveau doit-on avoir en yoga et en course à pied ?
C’est Pascal qui va répondre à la question, alors tout d’abord : qui es-tu, que fais-tu et où vas-tu ?

Pascal Jover :Pascal Jover de yoga pour runner
Bonjour Mickael, enchanté !
Dans l’absolu, ce sont des questions où je n’ai pas encore la réponse malheureusement : qui suis-je, où vais-je…
De manière plus pragmatique, je viens de Perpignan, j’ai grandi par là bas, dans le sud près de la mer.
J’ai fait mes études d’ingénieur à Lyon, j’ai travaillé quelques années dans l’industrie avant de changer d’orientation et de me reconvertir dans le domaine plus de l’humain, on peut dire.
Je me suis formé en médecine chinoise, en micronutrition, en homéopathie.
J’ai tenu une consultation pendant dix ans en nutrition et en acupuncture.
Au fur et à mesure de mon parcours, j’avais le running dans mes activités loisirs.
Ça me plaisait vraiment beaucoup.
J’ai découvert le yoga par le biais du sport.
Dans ma carrière ,j’ai fait un passage à Paris où je me suis licencié au stade français dans la section triathlon.
Dans nos entraînements hebdomadaires, il y avait un cours que l’entraineur appelait modestement : la posture.
En fait, je me suis rendu compte avec le recul que c’était un mix de taï-chi, de qi gong, de yoga, d’étirements…
Il nous entraînait à mettre en place le relâchement au cœur de l’effort.
Grâce à cette pratique-là, j’ai fait des progrès fulgurants.
J’ai donc complètement intégré ça dans ma pratique sportive et corporelle.
Ensuite, j’ai pris des cours de yoga progressivement, jusqu’à décider de devenir enseignant de yoga.
Lors de ma reconversion, j’ai fait l’école de médecine chinoise, et en même temps l’école des enseignants de yoga.
C’est là que j’ai rencontré Bénédicte, d’ailleurs.

Donc, Pascal, toi, à la base, c’est plus le côté course à pied.

Pascal Jover :
Oui, c’est ça. Je suis arrivé au yoga par l’angle d’entrée du sport.
J’ai commencé à courir en 1996.
Avant, je faisais du foot.
Donc essentiellement de la route : les semis et les marathons.
Il y avait quelques trails, j’ai fait mon premier en 1997.
Je me suis inscrit au stade français en 1999, j’étais encore un bébé coureur, on va dire.
Et j’ai eu la chance de découvrir cette manière de concevoir le corps humain et l’effort à travers le relâchement, et non à travers la puissance.
Toute ma pratique, toute mon expérience de coureur d’endurance s’est construite dans cette intention.
J’ai eu la chance de pouvoir l’intégrer très tôt dans ma pratique.
Aujourd’hui, pour moi, le yoga et la course à pied, c’est vraiment comme les deux brins de l’ADN.
C’est indissociable.

Vous avez des athlètes de haut-niveaux qui font du yoga, avec ou sans vous ?

Pascal Jover :
Il y a Emelie Forsberg qui ne se cache pas.
Fernanda Macial, la Brésilienne.
Anna Frost, la Néo-Zélandaise.
Pour la France, Nathalie Mauclair qui pratique depuis plusieurs années, et qui cette année, fait vraiment partie de notre équipe.
L’année dernière, on avait travaillé avec elle, on lui avait construit un programme pour les mondiaux. Malheureusement, elle s’est blessée au dernier moment. Mais elle avait suivi le programme qui lui a apporté beaucoup de bénéfices, d’après ce qu’elle nous a dit.
Cette année, elle rejoint l’équipe de Running Yogi en tant qu’ambassadrice.
Ce week-end, à Lyon, on reçoit Lucille Jamsin, qui fait partie de l’équipe de France de trail féminine, qui vient essayer la méthode sur tout un week-end, et on verra comment on peut déployer ça l’année prochaine.
Sangé Sherpa nous a contactés aussi. Pour cette année, ça ne colle pas, car il a un planning ultra-chargé. Mais il est intéressé aussi.
Donc les sportifs de haut niveau viennent progressivement.
On a discuté avec quelques coachs de sportif d’élite, et aujourd’hui, ils sont d’accord avec nous sur le fait que l’angle d’entrée qu’on propose est assez nouveau et novateur, et que ça peut apporter de la marge de progression là où ils n’ont pas encore travaillé.
Aujourd’hui, leurs programmes d’entraînement sont au top, ils savent faire des pics de formes à trois jours près.
Leurs programmes nutritionnels, de récupérations, de préparations mentales sont vraiment bien.
Mais par contre, là, on apporte une nouvelle manière de vivre l’effort avec cet angle du yoga, qui peut apporter beaucoup de marge de progression.
En fait, notre approche apprend à économiser de l’énergie au cœur du mouvement.
On améliore le rendement du geste.
Si tu dépenses moins d’énergie pour faire une foulée, tu peux réinvestir cette énergie pour aller plus vite, ou pour aller plus loin, ou pour finir en étant moins fatigué.

J’avais lu dans votre livre cette idée de trouver des moments de microrelâchement. Donc, il y a vraiment une plus-value d’associer le yoga et la course à pied.Yoga pour runner en groupe

Pascal Jover :
Oui, clairement.
Ça fait une quinzaine d’années qu’on le pratique pour nous.
Donc la méthode qu’on a élaborée est basée sur de l’expérience et sur du vécu.
Après, le fait qu’aujourd’hui, il y a tellement de monde qui s’ouvre et qui se met au yoga, ça nous permet d’en faire une activité professionnelle.
Comme te l’a dit Bénédicte, entre maintenant et il y a 5 ans, c’est complètement différent.
Aujourd’hui, on peut vivre de notre passion, alors qu’il y a 5 ans, ce n’était pas envisageable.
Donc, quelque part, cet effet de mode, il est réel, car il y a de plus en plus de monde qui vient.
Et ils vont pouvoir s’appuyer sur notre méthode, basée sur 15 ans d’expérience, mais aussi sur des valeurs de yoga traditionnelles.
On a un yoga très intériorisé.
Ce n’est pas des postures très alambiquées, on n’a pas besoin d’avoir une souplesse extraordinaire, on ne reste pas assis sur un coussin à chanter des mantras pendant des heures.
On est vraiment dans du schéma corporel vécu en conscience.

Par exemple, il y a des petits exercices pour bouger les épaules. C’est juste se réapproprier les mouvements d’épaules, et comprendre que l’épaule est une articulation qui fonctionne dans trois plans.
Et utiliser ses trois plans, mieux habiter son corps, et ensuite le reporter justement dans la course à pied, pour comprendre que si je tire mon coude vers l’arrière, je vais à la fois redresser mon dos, redresser ma posture, récupérer tout mon potentiel respiratoire de mon demi-thorax, et mieux m’oxygéner.
En définitive, le geste de courir, quand on veut progresser, quand on veut performer, est aussi technique que le geste de tirer à l’arc ou de faire de l’escrime.
Comme disait Bénédicte, on sait tous courir dans la boue, dans la terre, après son gamin ou après le bus. Mais quand on veut courir de manière régulière avec cette volonté de progression et de performance, il faut réacquérir ce geste technique de la course à pied.

Vous employez le terme d’ambassadeur pour les futures personnes qui vont partager la méthode.

Pascal Jover :
Tout à fait.
Avec tout le sens du mot ambassadeur.
Pour beaucoup de marques, l’ambassadeur, c’est quelqu’un qui représente la marque.
Pour nous, il y a aussi le côté représentatif, c’est certain. Tous ceux qui sont formés au running yoga ont ce côté-là.
Mais il y a aussi un côté diplomate chez l’ambassadeur.
Lorsqu’un ambassadeur est dans un pays à l’étranger, il est là pour défendre les valeurs de son pays, pour porter un message et le véhiculer.
Quelque part, nous avons ce message un peu éducatif à faire porter.
Que le yoga n’est pas une pratique uniquement physique et qui requiert une grande souplesse, ou une pratique uniquement méditative.
C’est vraiment plus une manière d’être, une manière d’être présent à soi, et de respirer dans son corps.
Et aussi d’expliquer que le yoga peut avoir de réels bénéfices pour le sport, en particulier pour le running.
Aujourd’hui, on se confronte encore à pas mal de coureurs, on va dire, hardcore, qui préfèrent aller faire des tours de pistes à 16km/h que d’aller faire une séance de yoga.
Car, pour eux, l’impact direct semble plus palpable. C’est en ça que le côté ambassadeur est important pour nous, car il y a ce message à faire passer.

Quel est le niveau demandé pour devenir ambassadeur ? En yoga et en course à pied…

Pascal Jover :
Il faut être coureur avant tout, et avoir un intérêt pour le yoga.
L’expérience de la course à pied est plus longue à acquérir que celle du yoga.
On préfère avoir des gens qui ont une pratique régulière de la course à pied depuis au moins trois ans.
On ne demande pas un niveau de performance. On demande que les gens aient l’habitude de courir, pour pouvoir parler des ressentis en course à pied.
Ensuite, les ressentis en yoga seront acquis grâce à la formation.
On a un yoga assez différent de ce qui peut être vécu aujourd’hui.
C’est très intériorisé, et c’est vraiment basé sur le souffle.
Pour nous, dans le mouvement de yoga, la principale chose à faire, c’est de retrouver son souffle naturel, et de synchroniser le geste dessus. Cela implique de beaucoup ralentir et de réussir à mettre en place l’action.

Intellectuellement, c’est très facile à comprendre : le souffle donne le tempo, et le mouvement se pose dessus.

Mais en fait, le mettre en place dans son corps, c’est beaucoup plus compliqué.
Pour réussir à le mettre en place, cela demande un effort intellectuel au début, de ralentir le corps.
Puis, quand le corps a compris, ça vient tout seul. Cette expérience de faire le yoga s’acquiert rapidement, en définitive.

Est-ce que les routines de yoga que vous proposez dans votre livre peuvent remplacer les étirements habituels des coureurs – pour ceux qui s’étirent avant et après l’effort ?Yoga pour runner : étirement

Pascal Jover :
On intègre la partie étirement dans les routines.
On propose des étirements après l’effort aussi, mais vécus dans un état d’esprit un peu différent. Les étirements après l’effort doivent être vécus dans la douceur. On ne doit pas tirer trop fort dans les muscles, car on risque de faire une lésion.
Par contre, ce travail d’étirement un plus fort pour aller tirer sur les fibres pour gagner en souplesse est important. Il va plutôt être fait sur des muscles froids ou des jours sans entraînement.

On va proposer les deux : étirements après l’effort avec un état d’esprit différent, et dans la pratique, donc la routine de yoga, on va travailler une partie d’assouplissement pour gagner en allonge, gagner en souplesse, qui est vraiment importante pour le coureur.
Car le fait de courir va raccourcir la chaîne musculaire postérieure, c’est-à-dire l’ensemble des muscles qui partent du talon et qui vont jusqu’au sommet du crâne, notamment les ischiojambiers, les paravertébraux, les trapèzes.
Le fait d’avoir cette chaîne postérieure raccourcie peut nuire au rendement de la foulée, et peut aussi être risques de lésions et de blessures à terme.
Donc il faut travailler à la fois un assouplissement qui sera vécu en dehors de l’entraînement, et des étirements après avoir couru pour soulager un la tension sur les tendons et minimiser le risque de blessure. Il y a les deux.

Quelle est ta routine d’entraînement ?

Pascal Jover :
Paradoxalement, depuis que le Running Yoga est mon activité principale, je m’entraîne moins, car j’ai moins le temps.
Comme te l’a expliqué Bénédicte, on est en plein boom, on se déplace énormément, c’est donc plus compliqué.
Grosso modo, quand j’arrive à me faire trois entraînements par semaine, je suis content en ce moment.
Comme on travaille généralement beaucoup les week-ends, j’ai un entraînement quand je rentre chez moi, qui ne dure pas longtemps, qui est vraiment vécu dans la douceur, endurance fondamentale pendant 45min, histoire de retrouver des sensations. Ensuite, une boucle technique qui dure d’une heure à une heure et quart sur un terrain accidenté en bord de mer, que je travaille plus intensément. Et je me prévois une sortie longue de 2h à 2h30 avec du dénivelé.
Voilà mes trois entrainements que je fais dans la semaine grosso modo.

Le yoga, c’est quotidien.
Tous les matins quand je me lève, j’ai une petite routine de yoga. En fonction de mon humeur, de mes possibilités et du temps que j’ai devant moi, c’est vraiment express 5 minutes, le strict minimum pour respirer et revenir dans mon corps. Sinon, une pratique moyenne dure entre 30 et 40 minutes. Et les jours où j’ai vraiment le temps, ça peut durer 1h30 sans difficulté.
Mais au moins, le strict minimum, 5 minutes.
C’est aussi quelque chose qu’on défend beaucoup : il vaut mieux faire un peu que pas beaucoup.
Car si on ne fait que 5 minutes tous les jours, à la fin de la semaine, j’ai fait une demi-heure. Alors que zéro, ça reste zéro.
On essaie de dédramatiser, car pour beaucoup de gens, si on ne fait pas une heure tous les jours, ça ne sert à rien. On n’est pas d’accord avec ça.

Vous proposez d’ailleurs dans votre livre des routines de 5 minutes, de 15 minutes, 20 minutes ou 40 minutes…

Pascal Jover :
Exactement, je te passe Bénédicte pour qu’elle t’explique sa routine.

Bénédicte Opsomer :
Comme j’habite en Bretagne, ce n’est pas tout à fait la même routine.
Je dois aller dans mon petit bois à côté de chez moi pour trouver des montées. Mais sinon, c’est un peu comme Pascal, on travaille tous les week-ends, donc moins de temps, plus de compétition.
Je démarre tous les matins par de la méditation, puis une routine de yoga, qui va dépendre de là où mon corps m’appelle.
J’écoute mon corps et je fais en fonction de ce qu’il demande, entre 15 minutes et 1h30.
Pour le running, comme j’ai une météo moins clémente, je me suis inscrite à une salle de sport où je fais du RPM – du vélo en salle, avec des séquences qui varient, avec des musiques très fortes. Ce qui me permet de travailler le cardio.
C’est un monde que je ne connaissais pas!
Je suis arrivé en Bretagne il y a deux ans, je vivais encore en Inde avant.
Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose : quand je ne peux pas sortir courir pour faire travailler mon petit coeur, mon souffle et tout ça, que faire ? J’ai découvert le RPM et ça m’a plu.

Ça en fait des chocs culturels, à chaque fois que tu déménages.

Yoga pour runnerBénédicte Opsomer :
Oui ! J’ai l’impression que c’est ce qui me plait, car c’est ce que je fais.
C’est vrai que c’est souvent déroutant.
Mais c’est ce qui me déroute qui me fait avancer.
J’en suis là aujourd’hui.
Je me laisse dérouter et je suis opportuniste.
Pascal ne l’a pas évoqué, mais on est très différent et donc très complémentaire.
On se frite parfois et ça fait avancer la méthode.
On est très content de cette méthode Running Yoga, car elle n’est pas figée non plus.
Quand on fait un atelier ou qu’on fait vivre des choses à nos futurs ambassadeurs, on est à leur écoute. Si quelque chose ne passe pas, on recalibre. Et ça me plait.
Je suis une anti-routine, je crois. Tu demandes quelle est ta routine… J’ai des routines, mais le figer ne me plait pas.
D’ailleurs, dans un an, je redéménage. Je ne sais pas où j’irai, mais je sais que je ne serai plus en Bretagne.

Quels sont les choix qui ont fait de toi ce que tu es ?

Bénédicte Opsomer :
Peut-être que c’est ce que je viens de te dire.
Ce choix de me laisser surprendre à chaque fois.
Le choix de ne pas me figer, de rester nomade, je ne me sédentarise pas vraiment.
Je crois que je ne suis jamais resté plus de 6 ans au même endroit.
C’est peu, 6 ans, dans une vie…
Mes filles me l’ont parfois reproché, mais si ça se trouve, elles vont reproduire le schéma.
Je crois que ce sont ces choix-là qui ont fait ce que je suis. D’être toujours dans des environnements différents, des personnes différentes, des langues étrangères. J’aime beaucoup parler les langues étrangères. J’aime beaucoup l’autre, aller à la rencontre des autres.
Tu sais, quand tu es dans les milieux d’expatriés, les femmes sont souvent très actives, car elles peuvent souvent plus travailler, car elles suivent leurs époux. On se retrouve donc souvent entre femmes. Toutes ces femmes m’ont beaucoup fait avancer.
J’ai une grande gratitude pour ces milieux de femmes à l’étranger. Beaucoup de bénévolat aussi.
Faire beaucoup de choses finalement… pour rien. Ne pas attendre les fruits de l’action. C’est très yoga aussi.

Pascal Jover :
En tout premier lieu, j’ai fait le choix d’arrêter de me plaindre de ma situation, et de mettre en place le changement dans les situations qui ne me convenaient pas.
Je me suis rendu compte que de me lamenter sur mon propre sort ne modifiait pas les choses.
Par contre, si je me la bouclais et je me sortais les doigts, comme je disais à cette époque, il y avait beaucoup plus de chances que ça s’améliore.
C’était la toute première des choses. C’est un choix d’autoresponsabilisation.
De me dire : qu’est-ce que je peux faire pour améliorer les choses dans ce qui ne me convient pas.
Ensuite, je crois que tous les choix et carrefours importants que j’ai eus dans ma vie découlent de ça.
Faire le constat que ce que je vis ne me convient pas, et qu’est-ce que je peux faire.
Ça a été de quitter ma carrière d’ingénieur à une époque où ça ne se faisait pas.
C’était le début des années 2000, et j’ai eu beaucoup de résistances de la part de beaucoup de gens. Quitter ce métier pour partir à l’étranger, vivre en Australie.
C’était un rêve que j’avais depuis plus de 15ans. Je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais jamais.
C’est ma vie, et c’est maintenant.
Entre le moment où j’ai décidé de quitter mon job et de partir en Australie, et le moment où je suis réellement parti, il s’est passé un an.
Un an au cours duquel il a fallu justement débloquer toutes les résistances que j’ai reçues de la part de la famille et des amis.
Toute cette pression, de manière bien intentionnée : pense à ta carrière, mais qu’est-ce que tu vas devenir, etc.
En fait, ce ne sont pas des valeurs qui pour moi me définissent.
Donc, ce choix-là aussi, ça a été par rapport à ce que je vis et ce dont j’ai envie de vivre.
Et à partir de là, se lancer dans la médecine chinoise, dans le yoga.
Et d’écouter Bénédicte, ce running yoga, il faut en faire quelque chose, on a de la demande. Passons du temps à concevoir cette méthode. C’est quelque chose qu’on faisait presque spontanément, on l’avait en nous depuis une quinzaine d’années.
Ça a été un peu compliqué de se mettre face à face autour de la table, et de mettre à plat ce qu’on faisait dans nos corps de manière spontanée depuis si longtemps, de l’organiser, de le structurer pour que ce soit pédagogique et que ça puisse servir aux autres.
Aujourd’hui, on est toujours dans cette tendance générale de modifier, de se responsabiliser pour améliorer les choses.

Il y a quelque temps, j’avais interviewé Damien Artero, réalisateur de film d’aventure, qui était dans une situation analogue. Ingénieur, avec sa compagne, ils quittent son job pour aller faire le tour du monde, avec un enfant en bas âge, pendant 2ans et demi. L’entourage qui réagit : attention, pense à ta retraite.

Pascal Jover :
Exactement… C’est vrai qu’aujourd’hui, c’est beaucoup plus répandu dans la société.
Je vois que pour les filles de Bénédictes, la plus grande à 21ans, pour cette génération, elles savent qu’elles auront plusieurs métiers dans leur vie.
Alors que pour ma génération, je suis de 1975, tu étais ingénieur, tu entrais dans une boite, et c’était parti jusqu’à ta retraite. Ça a été assez compliqué.
J’ai eu la chance aussi de pouvoir partir en Australie et de vivre là-bas, ça m’a permis de rompre avec cette vision franco-française des choses, et cette “sécurité” qui d’après moi, est illusoire.
Ça m’a permis de voir les choses différentes, notamment chez les Anglo-saxons : tu trouves du job très facilement, t’essayes, ça marche, c’est bien, ça ne marche pas, c’est bien aussi, tu essayes autre chose.
C’est beaucoup plus simple et facile.
Tu peux changer de métier plusieurs fois dans ta vie, tu es bien perçu par les recruteurs parce que tu es très adaptable.

Alors que moi, quand j’ai changé de job dans ma carrière d’ingénieur : j’ai travaillé dans l’automobile, dans l’informatique, dans les travaux publics. Les recruteurs me voyaient comme quelqu’un d’instable. Ça les dérangeait beaucoup.
Il y en a même un – j’aurai bien aimé travailler pour lui, tiens -, c’était pour le Crédit lyonnais. Il m’a dit qu’il était désolé, il ne peut pas m’embaucher, car il y a trop de créativité, trop de mouvement chez lui, et ça ne passera pas avec les équipes qui sont trop inertes. On ne pourra pas travailler ensemble, et vous ne serez pas heureux. C’est fou, non ?
Aujourd’hui, les choses ont quand même changé, le monde de l’entreprise a pas mal d’évolués. Il y a les hapiness manager, les météos intérieures qui se mettent en place. Les entreprises reviennent plus vers de l’humain.
On a une société qui évolue, c’est plutôt sympa.

Pascal Jover, yoga pour runnerMonter tout ce que vous avez monté demande tout de même un esprit d’entrepreneur, surtout dans les milieux francophones. Qui a cet esprit-là, entre vous deux ?

Pascal Jover :
Je vais te donner mon ressenti, et elle te donnera le sien.
Bénédicte et moi sommes extrêmement complémentaires.
Du coup, on se fight souvent.
On a des angles d’entrées, des visons des choses très opposées, et donc complémentaires.
Bénédicte est d’une créativité redoutable. Elle a cinquante idées à la minute. Comme je suis beaucoup plus pragmatique, je me charge, dans toutes les idées qu’elles donnent, de les matérialiser et de leur donner une direction.
Bénédicte est très motrice, elle a beaucoup d’élan et d’idée, et j’ai une meilleure connaissance du monde de l’entreprise, de l’administratif, du marketing, commercial… le côté structurel, on va dire.
Je m’efforce de réussir à donner vie aux idées de Bénédicte qui impulsent l’élan, quelque part.
Qu’est-ce que tu dirais Bénédicte ?

Bénédicte Opsomer :
Oui, parfois, j’appelle Pascal, mon magicien.
Il n’y aurait pas eu Pascal, il n’y aurait pas eu Running Yoga.
Mais c’est vrai que s’il n’y avait pas eu Bénédicte, il n’y aurait pas eu Running Yoga non plus.
Je suis un bulldozer. C’est vrai que j’ai plein d’idée, mais je peux aussi me décourager très vite.
Car comme tu dis, on est en France, et tout ce qui est nouveau, tout ça… Parfois, j’ai envie de tout laisser tomber.
Et Pascal est là pour me dire : mais oui, mais là, il faut peut-être être un peu plus réalise, on va faire comme ci, comme ça.
C’est un très bon résumé qu’il a fait !

Quel est le pire conseil que tu as entendu ?

Bénédicte Opsomer :
Ah, oui, tout de suite : laisse tomber, hein. Et on me l’a dit souvent. Mais je n’ai jamais laissé tomber !

Pascal Jover :
C’est vrai que moi aussi, on m’a dit au moment de changer d’orientation : ne fais pas ça, t’es fou.
Mais je vais revenir sur un côté un peu running.
Le pire conseil que j’ai pu entendre, pour les gens qui courent des semi-marathons, leur coach qui leur fait courir un semi-marathon chaque dimanche qui précède la course, 5 semaines avant.

Pourquoi c’est une ineptie ?

Pascal Jover :
Parce que tu épuises ton corps.
Avant de faire une course, tu ne vas jamais courir la distance de ta course pendant ton programme d’entrainement.
Un programme d’entrainement, ça se construit. Il y a plusieurs entrainements dans la semaine, et chaque entrainement travaille sur la fatigue de l’entrainement précédent.
Donc, faire un semi-marathon en plus du programme d’entrainement, les gens vont arriver totalement épuisé à leur compétition. Si tu t’entraines à un ultra-trail, tu ne vas pas courir un ultra-trail avant à l’entrainement.
C’est une approche un peu bourrin, très quantitative et pas du tout qualitative.
C’est le mauvais conseil qui m’a le plus marqué, car c’est l’un des premiers auquel j’ai été confronté en tant qu’enseignant de running yoga, mais il y en a plein d’autres dans cette approche uniquement quantitative : faire plein de travail qui est quelque part contre-productif.
Aller trop loin dans un entrainement où tu t’épuises, tu dépasses ta limite et que tu te rends hors service pour deux ou trois jours, c’est contre-productif.
Dans les sports d’endurances, on s’entraîne quasiment tous les jours. Donc si tu es hors-services, les entrainements ne seront pas bons.

Si tu gères l’entraînement comme une compétition, la compétition risque d’être un entrainement.

Pascal Jover :
Exactement. Et surtout, la compétition risque d’être une grosse déception, car contre-performance.

Si tu pouvais te rencontrer lorsque tu avais 20 ans quel conseil te donnerais-tu ?

Yoga pour runner au soleil !Pascal Jover :
Ah, j’y ai réfléchi à cette question… Heureusement que tu nous as envoyé les questions à l’avance !
Ce serait : écoute ton intuition, et fonce.
J’ai toujours été relativement timoré, avec la volonté de bien faire, de plaire aux autres, bien élevés dans ce format – respect de la compagnie et, etc.
Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus libre, car j’ai plus d’expériences, plus confiance en moi, et j’ai cette énergie d’entreprendre, de réaliser, d’enlever ou de contourner les obstacles qui sont sur mon chemin.
Écoute ce qui est juste pour toi et fonce, vas-y, fais-le.

Bénédicte Opsomer :
Pour moi, c’est assez proche.
A 20ans, j’ai 1m60, 60kilos, je fumais.
C’est peut-être aussi un message pour toutes ces jeunes filles mal dans leur peau.
J’étais tellement timide, tellement mal.
Fais-toi confiance, crois en ta ressource, ça va aller. C’est vraiment ce que je me serai dit. Il y a des périodes difficiles…

J’ai vu dans votre bibliographie que vous citez le livre de Thérèse Bertherat : le Corps a ses raisons. Thérèse Bertherat est une Française qui a créé une méthode de bien-être corporel, l’Antigymnastique, dont j’étais praticien pendant quelque temps. Quel impact a eu ce livre pour vous ?

Bénédicte Opsomer :
C’était très important pour moi que ce livre apparaisse dans la bibliographie.
Quand je vivais au Brésil, j’y ai vécu 8 ans, après mon premier accouchement, j’ai vécu un baby-blues.
J’ai fait une thérapie avec une gestalt thérapeute brésilienne. C’était étrange, mais aussi très intéressant de faire une thérapie en brésilien -qui n’est pas ma langue, mais que j’aime beaucoup.
J’ai découvert quelques mois après avoir commencé cette thérapie verbale – on est assis et c’est un échange de mots.
Dans les groupes de femmes expatriés, une personne m’a offert ce livre. Je l’ai lu d’une traite. Ce fut une révélation.
Je me suis rendu compte, avec les échanges avec ma thérapeute, qu’il fallait que je fasse quelque chose avec mon corps.
J’ai commencé à suivre des cours de bioénergie, puis j’ai débuté le yoga.
Thérèse Bertherat est un peu le pont entre le verbe et le corps.

Pascal Jover :
Je l’ai lu sur les conseils de Bénédicte.
Pour moi, il n’y a pas eu le même impact. Parce que dans mon approche thérapeutique, je suis convaincu qu’il y a du corporel à mettre en place.
Le livre a confirmé ce que j’avais déjà expérimenté. C’était un éclairage différent de ce que je vivais par la pratique de la médecine chinoise et du yoga dans mon quotidien.
Ça m’a intéressé de voir quelqu’un d’érudit, Thérèse était kiné, qui avait ce même angle d’entrée. C’était un message qu’on avait encore du mal à faire passer.

Le Corps a ses raisons a été publié en 1976 la première fois. La médecine chinoise était très peu connue à ce moment-là.

Pascal Jover :
Oui. Après, il y a eu plein de choses. Odoul a beaucoup vulgarisé des explications symboliques. Annick de Souzenelle, qui a écrit le symbolisme du corps humain, sur le développement de l’individu, alors que Thérèse Bertherat est plus sur le plan thérapeutique.
De Souzenelle va plus repositionner les gens dans leur contexte holistiques. D’être un être humain intégré, et non juste un amalgame de cellule qui se contente de fonctionner au quotidien en mangeant, en buvant, en éliminant et en allant au travail.

Êtes-vous convaincu de quelque chose dont les autres pensent que c’est une folie ?

Pascal Jover :
On va laisser de coté Roosevelt, les extraterrestres, les fantômes et tout ça ! (rires) Tu dirais quoi, Bénédicte ?

Bénédicte Opsomer :
Non, il n’y a rien. Et toi ?

Pascal Jover :
Il y a plein de choses !

Bénédicte Opsomer :
Tu es convaincu de quelque chose, toi ? Ah bon… Je n’ai pas de conviction, moi.

Pascal Jover :
Ah, ben, bravo !
Je suis convaincu qu’on peut créer une société qui va mettre le bien de l’individu au centre de ses préoccupations et pas le profit à outrance.
Je suis convaincu qu’on peut réussir à faire en sorte que ça aille mieux pour les gens, et que les gens cessent d’être des éléments -ce que je te disais juste avant-, ce que j’appelle des fantômes.
Les gens qui fonctionnent sans être pleinement vivant : on se lève, on va au boulot, on fait des trucs, on est broyé par nos activités, on bosse pour qu’il reste quoi à la fin du mois ?
Ce profit à outrance, ce modèle économique, je suis convaincu qu’on peut le modifier.
C’est déjà quelque chose qu’on essaye de faire avec le Running Yoga : de travailler et de faire en sorte que ce soit juste pour tous ceux qui travaillent. Que tous ceux qui travaillent se retrouvent dedans.

Bénédicte Opsomer :
Oui, c’est vrai. Je suis convaincu qu’on peut toujours trouver de la ressource, et ça, on peut être aidé.
J’aime beaucoup l’expression d’Alexandre Jollien : au bout du tunnel, il y a toujours quelque chose.
Je suis convaincu de ça. Pour y être passés d’abord, et pour voir les autres y évoluaient.
Je suis convaincu qu’il y a toujours une lumière quelque part.

Pascal Jover :
C’est un peu utopique ce qu’on exprime.
Mais ce sont des valeurs fortes pour nous.
Même si c’est difficile et qu’on n’y arrivera pas, c’est important de marcher dans cette direction.
On n’atteindra pas la perfection, mais plus on s’en approche, et mieux on est.
Le yoga qu’on pratique est le yoga de l’énergie.
On pense souvent à Roger Clerc : là où va la pensée va l’énergie.
On sait très bien que le verbe est créateur. Le verbe, les mots et les pensées. Ayons des pensées plutôt justes et lumineuses, avec un peu de conviction. De toute manière, on ne sait jamais, ça ne mange pas de pain.

Pour faire un parallèle avec la course à pied, on en parle dans la préparation mentale. L’importance de faire attention aux pensées parasites, d’avoir des pensées parades…

Pascal Jover :
Et c’est primordial de l’intégrer dans un programme d’entraînement.
Comme je l’expliquais à ceux qui avaient un programme d’entraînement pour le semi-marathon, un programme trop lourd.
Un bon programme d’entraînement doit certes faire du quantitatif, mais doit aussi avoir du qualitatif.
C’est-à-dire te préparer émotionnellement, psychologiquement, afin que lorsque tu es sur la ligne d’arrivée, tu n’aies aucun doute sur ta capacité à rallier l’arrivée.
Les objectifs de temps, c’est autre chose, ça dépend de la gestion de course.
Mais il y a tellement de gens qui prennent le départ de course en se demandant s’ils sont capables d’arriver au doute.
Si tu pars avec le doute, c’est mal barré. Tu pars avec un frein.
Toutes ces préparations mentales de pensées positives, de visualisation, c’est important.

Trois mots, idées ou concepts qui animent ta vie ?Calme et yoga pour runner

Bénédicte Opsomer :
On a peut-être les mêmes avec Pascal.
La joie, c’est indispensable.
Le partage, car c’est toujours meilleur quand c’est partagé.
Et je pense que la vie, c’est du vent, donc il faut en profiter. Le souffle de vie, c’est un cadeau, et ça passe. Profitons-en.

Pascal Jover :
La joie, c’est vrai que je l’ai aussi, et c’est grâce à Bénédicte, c’est vraiment elle qui m’a permis de cultiver la joie dans ma vie.
La justesse, et non la justice. Faire ce qui est juste pour soi. Si on est juste avec soi, on sera juste avec le monde.
Et l’intensité. J’ai besoin de vivre intensément, qu’il se passe des choses intenses.
Même dans la lenteur, ça n’a pas besoin d’être des trucs pleins d’adrénaline super rapide, mais des choses intenses qui me permettent d’être pleinement présent et pleinement vivant.

Pensez-vous à des prochains projets, malgré votre quotidien très chargé ?

Pascal Jover :
Tu as combien de temps devant toi ? Bénédicte en a plein !
Ne serait-ce qu’avec le running yoga : développer des séjours running yoga et tourisme à l’étranger (des week-ends, des croisières), une offre pour les entreprises (adaptés au monde des entreprises sur du temps entre midi et deux), avec les enfants.
On a déjà une ambassadrice 2018 qui est en train de développer avec Bénédicte la méthode pour les enfants et les adolescents.
Quelque chose qui nous tient à coeur aussi, mais ce sera pour plus tard : développer des activités à vocation sociales et/ou humanitaires. Des courses ou des événements pour des causes…

Et Yoga pour randonneur ? On n’en a pas encore parlé. Qu’est-ce que c’est ?

Pascal Jover :
Eh bien… On ne sait pas trop où ça va, en fait. C’est comme pour Yoga pour runner, quand on l’a démarré, c’est parce qu’on avait une demande près de chez nous pour donner quelques cours. Et on voit aujourd’hui que ça prend une ampleur qu’on n’imaginait pas.
Yoga pour randonneur, on le développe et on va le laisser vivre sa vie, et on verra.

C’est quoi le concept, alors ? Autant pour les coureurs, on peut facilement comprendre, surtout qu’il y a une histoire de performance. Mais la rando, c’est un état d’esprit différent…

Pascal Jover :
Exactement. Les premières interviews qu’on avait pu faire pour Yoga pour Runner, les gens nous disaient que c’était antinomique, pourquoi le yoga et la course à pied.
Pour nous, le yoga, c’est avant tout revenir à son souffle.
C’est l’école de la respiration, avant toute chose. Si tu respires mieux, plus justement, plus profondément, tu vis mieux.
Du coup, cette activité de yoga, tu peux l’appliquer à toutes les activités de la vie, quelle qu’elle soit.
La course à pied, la randonnée, le fer à repasser, le ping-pong, marcher dans la rue, être au travail…
Cet outil, on la réadapté au monde de la randonnée qui est un public un peu plus large.
Car beaucoup de gens nous ont dit que c’était vraiment bien ce qu’on avait écrit, mais moi, je ne cours pas, et je ne me retrouve pas, car c’est très fusionnel le yoga et la course à pied.
On a proposé une adaptation de cette méthode, une reconstruction adaptée à l’état d’esprit de la randonnée. Autant yoga pour runner est très technique : on décrit beaucoup les postures, on fait l’analyse du schéma corporel, etc.
Yoga pour randonneur est beaucoup plus un bouquin d’ambiance.
Beaucoup de randonneurs lorsqu’ils marchent sont déjà en état de yoga. Quand ils expriment le bien-être qu’ils peuvent ressentir quand ils sont dans la nature, le fait de ne pas voir le temps passé, le fait de rentrer en étant moins fatigué et plus régénéré qu’avant de partir, ce gout de l’effort…
Ce sont des valeurs qu’on trouve aussi en yoga.
La méthode s’appuie toujours sur le schéma corporel du randonneur, parce qu’effectivement, avec les postures qu’on va proposer, on va pouvoir mieux vivre le port du sac à dos, le fait d’aborder les montées, le fait de mieux descendre, d’avoir un meilleur équilibre, etc.
Mais au-delà de ça, toutes les postures sont concues pour être vécues à l’extérieur. On fait une pause pour manger, pour boire un coup, hop, je peux m’arrêter et faire 5-10minutes de yoga.
Toutes les postures sont dimensionnées pour être faites à l’extérieur, et quelque part, on décrit moins les postures avec la précision biomécanique qu’on a mise dans yoga pour runner.
L’idée est beaucoup plus de mettre les gens dans des postures, et ensuite les inviter à découvrir les ressentis, à les mettre dans un état intérieur grâce à la posture qu’ils pourront ensuite reproduire et retrouver pendant leurs marches.

Donc on peut faire du yoga tout le temps. C’est une série de livres sans fin qui s’annonce ?

Pascal Jover :
C’est vrai que la maison d’édition a évoqué de faire une collection.
Mais en même temps, oui et non.
Car pour nous, ce qui est important, c’est de parler d’un vécu. La course à pied, la randonnée, on connait, on l’a vécu dans noter corps, on peut en parler.
Mais je ne joue pas au badminton. Donc, je ne peux pas en parler, je ne peux pas expliquer les ressentis. Pareil pour d’autres activités.
Donc, en théorie, oui, on pourrait.
Mais en pratique, on serait moins juste de parler de sports qu’on n’a pas vécu. Et après, il y a une question purement théorique, il faut qu’il y ait un public derrière.
C’est un tel travail, et c’est aussi de la production, du papier et tout ce qui s’ensuit.
C’est du ressort de la maison d’édition, mais nous, on leur a exprimé dès le début qu’on n’était pas opposé, mais qu’il y a une question de légitimité.
Et puis, on a déjà une telle charge mentale avec Yoga pour Runner et Yoga pour Randonneur.

Bénédicte Opsomer :
Pascal ne te l’a pas dit. C’est mon coté directrice internationale, on a le souhait de le faire traduire en anglais et peut-être dans d’autres langues.
L’objectif serait d’aller former des équipes d’ambassadeur à l’étranger. Commencer par le Canada et après l’Amérique Latine.
Je suis une fan d’Amérique Latine !

Ce n’est que le début de l’aventure !Yoga pour runner en hiver

Pascal Jover :
Quand on a commencé la méthode, on sait dit que ce n’était pas la peine de réinventer l’eau chaude.
On a regardé ce qui se faisait à droite et à gauche, et notamment aux USA qui sont habituellement plus avancés que nous en matière de méthodologie sportive et corporelle.
On n’a rien trouvé.
Il existe des choses, mais pas comme nous on l’a conçu.
C’est à dire, en ingénierie inverse : partir de l’analyse bio mécanique de la foulée pour construire des séquences de yoga qui correspondent au schéma corporel du runner, ça n’existe pas. On va trouver des gens qui vont faire du yoga avec des postures qui sont bonnes pour le coureur, parce qu’on va étirer les ischiojambiers, faire de la récupération, ouvrir les hanches, etc.
Mais quelque part, tu ne vas pas améliorer ta foulée, tu ne vas récupérer cette technicité du geste tel qu’on l’a pensé.
Cette approche en reverse-ingeniering, ça n’existe nulle part ailleurs.
Donc, on peut apporter pas mal à l’étranger !

Bénédicte Opsomer :
C’est mon souhait, mais on a le temps.
Doucement, tranquillement… On va bien s’entourer en France et en Europe, puis on pourra partir à l’étranger.

Est-ce qu’il y a une question que vous aurez aimé que je vous pose ?

Pascal Jover :
Quelle est ta paire de chaussures préférées ? Je t’aurai répondu : les Tigers !

Bénédicte Opsomer :
Oui, moi aussi !

Pascal Jover :
Les Tigers sont les chaussures Asics. Ce sont les chaussures que porte Uma Thurman dans Kill Bill. C’est devenu mes chaussures de tous les jours de ma vie !

Bénédicte Opsomer :
Un ambassadeur m’a demandé si ça allait devenir les chaussures officielles de la méthode !

Il y a une nouvelle session d’ambassadeur tous les ans ?

Pascal Jover :
Tous les ans sur le premier semestre. Une formation de 110h sur 3 week-ends de 3 jours et une semaine en résidentiel. On aura trois centres de formation. Cette année, c’étaient Paris, Lyon et Bruxelles. Et l’année prochaine, ce sera Paris, Bordeaux et Lyon. Sur des petits groupes, de 15 personnes maximum, pour deux ou trois enseignants.
L’idée est de faire cette formation sur le premier semestre pour que, à la fin de la formation, ils soient opérationnels et puissent se tester pendant l’été avec leurs copains, et commencer les cours en septembre. Mais aussi, un autre point, la semaine en résidentiel est dans le Nord en Espagne, où on a beaucoup de course à pied. Il vaut mieux le faire en mai et en juin qu’en novembre et décembre.

Merci beaucoup d’avoir partagé votre passion à parler de yoga et de la course à pied !

Devenir un yogi runner ambassadeur !

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