Bruno Redon : une vie de va-nu-pied

Bruno Redon, coureur pieds nus hobbitAujourd’hui, mes chers aventuriers, veuillez accueillir Tarzan !

Veuillez accueillir un hobbit !

Mmmh…. Veuillez accueillir Bruno Redon.

Bruno Redon est un bipède humanoïde parcourant les chemins pieds nus, portant un regard critique sur le monde autour de lui…

Lorsque je pars à la recherche d’aventurier, c’est à dire de personnes ayant décidé à un moment donné de dire non au statu quo pour chercher sa propre voie, ce n’est pas les exemples qui manquent. Car derrière la foule amorphe d’individus, je découvre des humains plus passionnants les uns que les autres…

Merci, Bruno, de m’avoir consacré un peu de temps. Je n’en dis pas plus, et je vous souhaite, chers lecteurs -et néanmoins explorateurs- un petit voyage en Terre du Milieu…

Bonjour Bruno,
Merci de m’accorder du temps pour cette interview. Évidemment, quand on te regarde de la tête aux pieds, on ne peut s’empêcher de tiquer… Il est de coutume que celui qui mène l’interview présente son invité. Mais là, j’ai bien envie de demander à ton compagnon à fourrure s’il veut bien te présenter…

Bruno Redon : Le petit singe est plutôt timide, et en tant que singe, il n’est pas doué de la parole. Donc je vais faire les présentations :

Je suis apparemment un humain mâle , âgé de bientôt 55 ans . Originaire des Deux-Sèvres , je vis en Touraine depuis l’enfance. Je bosse dans l’industrie mécanique : Fraisage, commandes numériques, ce genre de trucs. Marié, 3 enfants, dont un jeune adulte et deux ados. J’ habite un petit bourg bien tranquille entouré de campagnes boisées.

Tu cours pieds nus. Pourquoi ?

Bruno Redon : D’ aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé marcher pieds nus. Mais mes parents ne me laissaient pas faire. Pour eux, il était primordial d’avoir de bonnes grosses chaussures de qualité. Ils n’étaient pas riches, mais n’hésitaient pas à investir dans de lourdes chaussures de cuir, dont les bords me blessaient les chevilles. Et timide et réservé, je ne pense pas que j’aurais osé me balader pieds nus.

Adulte, j’ai commencé à déchausser: balades en forêt , conduite pieds nus… Mais toujours seul, à l’abri des regards indiscrets. Et ce n’était pas une pratique régulière. À cette époque, j’ai pratiqué la plongée sous-marine, et comme l’obtention des niveaux supérieurs nécessite une bonne préparation physique, j’ai beaucoup couru . Mais chaussé.

Puis j’ai eu épouse, maison et enfants, ce qui ne m’a plus laissé beaucoup de temps. J’ai pris du poids, et aussi je me suis abîmé le dos au boulot, à décharger les barres d’acier.
Il y a environ 5 ans, les enfants ayant grandi , j’ai eu envie de me remettre un peu à courir. Mais mon dos ne m’a pas laissé faire, et les lendemains se payaient par des douleurs qui me bloquaient à un tel point que je ne pouvais pas enfiler mes chaussettes tout seul.

J’ai alors remplacé la course par la marche. Chez moi, c’est plein de sentiers très agréables à sillonner en compagnie de mon chien. C’est là que l’envie de déchausser à nouveau est revenue . La sensation du sol sous les pieds est le meilleur relaxant que je connaisse !
Je me suis vite rendu compte que pieds nus, mon dos cessait de me faire souffrir . J’ai donc tenté de trottiner un peu. Toujours pas de douleur . Puis franchement de courir : toujours à l’aise !
C’était parti pour une vie de Va-Nu-pieds . Mais en cachette. Je quittais le village chaussé, puis retirais mes chaussures pour courir et les remettais avant de regagner le village. Peur du regard des autres, de passer pour un dingue.
3 mois plus tard, j’étais au départ de ma première course officielle : les 10 km de Tours. Je l’ai fait pour forcer cette barrière psychologique qui me bloquait. Et par la même occasion, j’ai découvert l’ambiance des courses et j’ai adoré ça.
Moins d’un an après que courait mon premier marathon.

Tu cours pieds nus, et déguisé… Pourquoi ?Bruno Redon, tarzan et le singe...

Bruno Redon : Je ne suis pas toujours déguisé. Mais j’y trouve plusieurs plaisirs à la fois. Le premier est pour le fun, le regard des enfants et du public. Il y a aussi l’intérêt du confort. Un costume de Tarzan , il n’y a pas plus léger. Parfait quand il fait très chaud, à part la perruque. Le singe, ce n’est pas pratique, mais c’est pour quand je recherche l’amusement maximum et que la performance n’est pas l’objectif.
J’ai aussi une tenue complète de Tarahumara. Elle est authentique, faite sur mesure grâce à l’intermédiaire d’une association d’entraide mexicaine. C’est très confortable à porter.

J’ai souvent l’impression que c’est dans la vie de tous les jours que je suis déguisé, et qu’un costume de Tarzan ou de Tarahumara est plus proche de ce que je suis.
Il y a aussi une autre raison aux tenues hors normes, raison qui prend de plus en plus d’importance à mes yeux : le fait que toutes ces tenues modernes soient faites de fibres synthétiques.

Elles sont bien sûr très efficaces, elles ne s’imbibent pas de transpiration comme du coton. Elles ne polluent pas nécessairement plus que les fibres naturelles lors de la fabrication, mais à chaque lavage, des particules microscopiques partent dans l’eau. On les retrouve dans les organismes marins, qui en meurent. Je cherche actuellement les vêtements de course naturels qui auraient les avantages des synthétiques, sans les inconvénients. La tenue Tarahumara en est proche. La veste est de coton très fin et , très ample, elle laisse l’air circuler. Mais est limitée par forte chaleur.

Les Tarahumaras vivent en altitude, ce qui fait que la température est assez basse. Pour les grosses chaleurs, courir à poil serait encore le mieux. La tenue de Tarzan en est assez proche !

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans le fait de courir pieds nus (musculaire, social, froid…) ?

Bruno Redon : La première difficulté est sociale. Comme je l’ai dit, j’ai commencé caché. Maintenant j’assume pleinement.

Je suis aux yeux de certains le « fou du village ». Pas grave !

Musculairement, une fois passées les premières semaines de pratique, aucun problème. La première année les tendons d’Achille parfois douloureux à froid. Douleur qui disparaissait de courant, sous réserve d’y aller mollo . Toujours écouter son corps.
Après, les difficultés sont liées aux conditions climatiques et au terrain. On ne court pas bien sur les cailloux sous une pluie glacée, la neige est très agréable tant qu’on de s’arrête pas . Dans tous les cas, il faut savoir doser l’effort selon les besoins, ne pas se fixer d’objectif.

Quelle est ta routine d’entraînement ?

Bruno Redon : En moyenne trois sorties par semaine, deux d’environ une heure et une longue le dimanche (c’est souvent une course officielle, j’en fais pas mal). Et ballade pieds nus quotidienne.

Comment devenir un va-nu-pieds ?

Bruno Redon : En retirant ses chaussures !

Bruno Redon, être pieds nus et aimer la bonne bouffe...

As-tu des modèles, des mentors, des sources d’inspirations ?

Bruno Redon : Oui : Tarzan , Tom Sawyer. Et les Hobbits. Y compris pour leur mode de vie, proche de la nature et faisant la part belle à la bonne bouffe, la bière, les amis .

Trois mots, valeurs ou concepts qui animent ta vie ?

Bruno Redon : En trois mots, je ne sais pas faire. Je ne fais pas que courir pieds nus. C’est maintenant mon mode de vie. Et c’est en train de modifier ma perception du monde. Non pas que celle-ci ait radicalement changé, mais elle est maintenant plus précise. Je m’éloigne de plus en plus de cette société de consommation , qui nous crée des besoins fictifs . Je vide progressivement mes placards remplis de trucs inutiles. Bien sûr, il y a des choses que j’aime dans tous ces produits. J’aime filmer avec mon drone ou ma Gopro, bidouiller sur l’ordinateur.

Mais je vois évoluer le monde autour de moi. Et ce que je vois ne me plaît pas. La production, la consommation s’emballent, alors que le monde n’en peut plus. Les gens se créent une identité virtuelle sur les réseaux sociaux, copie idéalisée de la vie qu’ils aimeraient avoir. Ils ne montrent que ce qui les met à leur avantage. Bien sûr, je fais un peu pareil sur Facebook.

Dans ce monde indifférent, les gens poussent des cris, pour dire : « Hé ho ! Je suis là, j’existe ! ».

Mais le danger c’est justement de n’exister plus que là, d’oublier la vraie vie. Je suis très épisodiquement sur les réseaux sociaux : Facebook par période, pas de Twitter, d’Instagram et autres. Je diffusais un peu sur Strava parmi la communauté de coureurs, mais là aussi j’en ai eu ma claque des « Kudos ».

Je préfère aller trainer la cambrousse ou bricoler dans mon jardin.

Un livre à conseiller ?

Bruno Redon : Le Seigneur des Anneaux, les Harry Potter, Jules Vernes , Barjavel. Sur la course à pied , je ne sais pas. Sur le minimalisme, lire le terrain, c’est l’essentiel.

Merci beaucoup Bruno ! J’apprécie la manière dont tu t’exprimes, et j’espère te croiser un jour sur les chemins !

Quelques liens :

Dites-moi dans les commentaires si vous êtes prêt à adopter un singe… et à courir pieds nus 😉

En attendant la tenue, et si vous courez comme les Tarahumaras ?

 

 

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