Christian Harberts : Courir pieds nus !

Christian Harberts : IBRD 2016 - International Barefoot Running Day - Paris / Issy-le
IBRD 2016 – International Barefoot Running Day – Paris / Issy-les-Moulineaux

Cette interview est disponible au format audio téléchargeable ci-dessus, sur YouTube ci-dessous, et à l’écrit en dessous de la vidéo. Plus aucune excuse pour ne pas découvrir Christian Harberts… D’ailleurs, vous le connaissez peut-être déjà…

Pour faciliter la lecture, vous pouvez retrouver tous les liens et références à la fin de l’article.

Bonne lecture, et… prenez vos pieds en main !

Bonjour Christian.
Tu es bien connu dans la francophonie des coureurs pieds nus ou en chaussure minimaliste. Je t’ai d’abord connu à travers ton site Courirpiedsnus.com, qui est souvent cité, et qui est même apparu dans quelques émissions de TV, comme Le pouvoir incroyable du corps humain avec Adriana Karembeu et Michel Cymes. Tu es aussi président de la section française au sein de la Barefoot Runner Society. Tu cours essentiellement pieds des marathons et des trails. De temps en temps, j’ai vu que tu portais des sandales minimalistes, appelées huaraches, inspiré des sandales de la tribu mexicaine les Tarahumaras ou Raramuris devenue célèbre grâce au livre de Christopher McDougall, Born to Run. Tu t’es d’ailleurs inspiré de leur jeu pour créer le trailball.

Christian Harberts : Merci pour cette introduction. J’ai commencé à courir pieds nus il y a 8 ans, en 2010.
Sans aller dans tous les détails, c’était à la fois un choix de vie et une décision sportive par rapport à des blessures. À l’époque, ce qui me donnait le plus de difficulté, ce n’était pas la problématique sportive, mais le regard des autres, de la société. J’avais juste mes pieds à l’air, et pourtant j’avais l’impression d’être tout nu. C’est un refrain que beaucoup de personne qui se lance dans la course pieds nus vont citer. Et c’était mon cas. Ce n’était pas bloquant, mais cela m’a accompagné pendant plusieurs semaines avant de s’estomper. Plus tard, j’ai couru en kilt. C’était aussi une question de foi pour des raisons qui me sont propres. Ces débuts étaient un peu compliqués par ces aspects-là.

Tu cours juste pieds nus, ou tu marches aussi pieds nus dans la vie de tous les jours ?

Christian Harberts : En civil, j’ai tendance à rester chausser avec des chaussures minimalistes, par habitude. Ce n’est pas que c’est impossible, mais le fait de me déplacer sans chaussures est dans mon cas réservé à l’acte sportif. C’est juste une habitude qui s’est installée comme ça. À l’époque, je travaillais en entreprise, cela a certainement influé.

Sur 12 mois, je cours environ 3000km, environ 1/3 en huaraches – les sandales de courses -, et 2/3 sans chaussures. Premièrement, parce que ça me plait beaucoup. Deuxièmement, cela me permet de ne pas être blessé, malgré des sorties très longues parfois. Et troisièmement, c’est une habitude maintenant, je conçois la course à pied de cette façon. C’est pour moi une manière naturelle de courir, et c’est profondément ancré dans ma pratique sportive.

Aujourd’hui, est-ce toujours le côté social le plus difficile ? Ou est-ce musculaire ? Ou peut-être le froid de l’hiver qui arrive ?

Christian Harberts court pieds nus et en kilt !Christian Harberts : J’aurai pu parler du froid, c’est vrai !
Pour en finir avec la dimension sociale, en Occident, le fait d’être pieds nus est en général associé à la pauvreté, à la marginalité et à l’exclusion. Le regard est pesant. Et ce n’est que renforcer cette impression -et cela perdure encore aujourd’hui – que d’entendre les remarques désobligeantes des passants. Cela arrive encore, même si je reçois aussi beaucoup d’encouragement. Les premières remarques étaient difficiles à digérer. Ce n’est pas anodin.

La société n’a pas l’habitude de voir des personnes normales, dans le sens qui font du sport – courir sans chaussures. C’est aberrant. Pour ceux qui vont tenter l’expérience, il ne faut pas se laisser dissuader de la pratique pour cette raison. Quand on change d’habitude, il y a forcément un peu d’adaptation à prévoir.

L’autre frein potentiel : le froid.
J’ai commencé à courir pieds nus en automne. J’ai découvert qu’à moins d’être dans la saumure, dans la neige fondue, le froid ne pose jamais de problème pour la course pieds nus, surtout sur du bitume, à condition de ne pas s’arrêter. Cela peut paraitre ridicule, mais c’est vrai que tant qu’on bouge, la circulation sanguine fait que le froid n’a pas le temps de s’installer.
La nature est bien faite ! Le fait de bouger pendant 5/10 minutes enlève la sensation de froid, si la circulation sanguine fonctionne normalement. Cela devient même agréable. En fin d’hiver, j’ai un peu le symptôme des pieds chauds. Ils sont tellement habitués au froid qu’il surcompense.
Le froid n’a jamais été un problème.

Quelle est ta routine d’entrainement ?

Christian Harberts : Il n’y a pas vraiment pour moi une dimension temporelle en ce moment.
C’est-à-dire que depuis que je cours, je cours environ 3 fois par semaine.
Je cours rarement deux jours de suite, pour deux raisons : d’abord, car il faut veiller à la dimension repos de l’organisme (des pieds, mais pas seulement).
Et la deuxième raison parce que je suis très fainéant.

Je n’ai pas le courage de courir deux jours de suite !

Je laisse donc quasiment toujours un jour de repos entre deux sorties. Ce qui fait qu’en semaine, quand j’ai des choses à faire, je fais des sorties plus courtes : 1h-1h30- parfois deux heures. Je réserve les sorties plus longues pour le week-end. Il faut pouvoir faire les 3000km sur 12 mois que j’ai évoqués tout à l’heure.

Samedi dernier, j’ai fait le tour de Paris sur les maréchaux, cela m’a valu 43 km pieds nus.

Pour moi, c’est une méditation. Je passe le temps à réfléchir, ou à ne pas réfléchir, et juste à être dans le présent.

Ma routine, c’est un peu près ça. Un petit peu en semaine, mais pas trop. Et une sortie longue si possible le week-end. Ça varie assez peu par rapport à des courses que je pourrai faire. C’est mon rythme de croisière, et je ne varie pas beaucoup par rapport à une basse et une haute saison. Je ne fais pas de pause pendant l’année. Mon organisme n’en exprime pas le besoin. Je l’écouterais s’il était fatigué, mais ce n’est pas le cas. Mon objectif en volume est minimum 50km par semaine. Dès que je les atteins, je suis content.

Oui, je suis un peu obsessionnel !

Tu t’es mis à la course à pied pour des raisons sportives. Mais tu as dit que c’était aussi par rapport à ton mode de vie. Pourquoi ? Qu’entends-tu par mode de vie ?

Christian Harberts : Disons que ce n’était pas la raison principale, le mode de vie. Mais je sentais bien que par rapport à mes origines – où j’ai passé l’essentiel de mon temps dehors et en campagne , la ville est un peu une construction artificielle par définition, pour moi. J’ai fait des années de course cycliste. À un moment donné, je ne pouvais plus le faire. J’ai dû trouver autre chose qui utilise l’endurance. Mais il n’y a pas beaucoup de sports qui font dans l’endurance, qui permet de partir une demi-journée à vagabonder dehors, dans la forêt, dans les plaines toute l’année. Je cherchais vraiment une activité qui correspond à mon besoin de retrouver la nature, les saisons…

La course en tant que telle, chaussée, ne m’a pas du tout réussi. Pour des questions de blessures, mais aussi cette absence de connexion avec la nature. Je ne m’en suis pas tout de suite rendu compte, mais au bout de quelques années, c’est devenu évident. Voilà pour la dimension mode de vie.

Quels conseils pourrais-tu donner pour des futurs pieds nus ?

Christian Harberts : Je pourrai en parler jusqu’à demain !Christian Harberts, le moins discret des coureurs pieds nus !

Le plus important est d’écouter son corps et de respecter ses limites.
Quand on commence à courir pieds nus, on a tendance à être très enthousiaste au bout de quelques sorties, où on commence à pouvoir faire plus de 5 minutes. Quand on a plus mal au mollet – car on a mal au mollet au début, je vous le garantis , au bout de quelques semaines, quand ça va mieux, il faut faire très attention de se reposer assez.

C’est-à-dire de ne pas enchainer les sorties, comme je l’ai évoqué tout à l’heure, mais aussi ne pas faire des sorties trop longues. Il faut augmenter progressivement la durée des sorties. J’utilise, de manière un peu arbitraire, mais cela permet de se rattacher à un chiffre, une progression de 10% par semaine. Ne pas tout à coup faire moitié plus, ou doubler d’une semaine à l’autre.

Accepter qu’une reconversion vers la course pieds nus – et aussi minimaliste, car c’est très similaire – puisse durer 3 mois, 6 mois, 1 an… Plusieurs années, même. Juste pour donner une échelle en ce qui me concerne, j’avais deux buts par rapport aux distances quand j’ai commencé à courir pieds nus : le semi-marathon, et le marathon. Ce sont toujours mes distances préférées. J’ai mis 12 mois précisément pour atteindre le semi-marathon pieds nus, et 24 mois pour arriver à la distance du marathon. Parce que je ne suis pas jeune, j’ai 52 ans, et il a fallu beaucoup de temps, plus d’un an, pour changer ma façon de courir. Par exemple, le fait de talonner. Une mauvaise habitude partagée par beaucoup de coureurs. J’étais vraiment talonneur prononcé, ce qui me faisait un peu souffrir au début.

Progressivité, patience, et écoute de l’organisme.

Cela fait maintenant plus de 8 ans que tu cours pieds nus. Comment vois-tu l’évolution du mouvement en France, quel est ton souhait ?

Christian Harberts : Est-ce un mouvement ? Je me suis souvent posé la question. À chaque fois que je fais des entretiens, on me demande combien il y a de coureurs pieds nus ou de barefooteur (on fait souvent l’amalgame) en France.

J’ai le plus grand mal à répondre. On ne se connait pas forcément. Ce sont souvent des personnes assez discrètes.

Je suis d’ailleurs surement l’un des barefooteurs les moins discrets en France. Je l’assume totalement !

Il est difficile de chiffrer combien nous sommes. Et pour moi, la définition d’une tendance serait de pouvoir définir un certain pourcentage de tous ceux qui courent passe à la course à pieds nus. En France et dans beaucoup d’autres pays, la course à pied bénéficie d’un énorme engouement. Il y a un pourcentage important de la population qui court.
Je ne peux pas dire qu’il y a un véritable mouvement ou tendance pour la course à pied pieds nus.

Christian Harberts : un mouvement de coureur pieds nus ?

Il y a un intérêt pour la course minimaliste, mais ce ne n’est pas aussi simple de se mettre à la course pieds nus que d’aller acheter une paire minimaliste et d’aller courir. Il faut un temps d’adaptation, comme je l’ai déjà dit.
Je dirai que, malgré tout, on a une petite population persévérante en France qui court majoritairement pieds nus. Peut-être quelques centaines, peut-être un millier.

En réfléchissant et en échangeant avec d’autres personnes de la communauté, on a vu un engouement en 2009 où les médias ont pas mal parlé de la course pieds nus. À ce moment-là, il y avait un début de tendance. Et au bout de 3-4 ans, ça s’est calmé. J’ai arrêté de passer à la télé, et je n’ai presque plus fait d’entretien à la radio. Je dirai qu’on est dans le creux de la vague entre deux pics.

Vos lecteurs n’ignorent pas qu’on est devant des décisions très importantes pour l’environnement. Je pense qu’on aura à nouveau un engouement pour cette manière de courir, qui pourrait être plus respectueuse comme pratique sportive dans les années à venir.

Alors, est-ce un but de convertir un maximum de personnes ? Pas forcément. Ça part souvent, à mon sens, d’une conception du sport et de qui on est dans la société, et je ne suis pas persuadé que tout le monde sera aussi idéaliste. J’ai tendance à être sévère envers la dimension marketing, surtout pour la notion de barefooting. C’est plus une notion marketing qu’une pratique.

Mais que peut-on vendre à quelqu’un qui court pieds nus ?

Christian Harberts : On ne peut évidemment pas vendre des chaussures.
Mais est-ce qu’on ne pourrait pas vendre une communauté ? On pourrait avancer une façon d’être par rapport aux autres personnes… De la bienveillance par exemple, du respect pour la nature et pour soi-même – c’est très important.

Il y a plein de choses qui sont dans l’inspiration du bien-être qui pourrait être rattaché à la course pieds nus, à mon sens.
C’est peut-être par ce biais-là. Il y a aussi la marche pieds nus, qui fonctionne peut-être mieux que la course pieds nus, d’ailleurs.
S’il faut essayer de vendre ou de monétiser, comme on dit dans les milieux marketing… Est-ce que ça marche ? Je ne sais pas.
Car moi-même, ce n’était pas le but. Mais quelqu’un qui est un bon communicant et qui arrive à être convaincant arrivera peut-être à trouver une niche crédible… Pourquoi pas…

C’est vrai qu’il y a certains stages organisés dans la mode paléo, de revenir à quelque chose d’avant, des mouvements naturels… Il pourrait y avoir quelque chose dans la course à pied.

Christian Harberts : Peut-être qu’il ne faut pas se limiter sur le seul acte de courir pieds nus, mais de le mettre dans un contexte plus général. La course et la marche, c’est à la rigueur l’être humain qui se déplace comme il est conçu pour le faire dans l’espace. Ce n’est pas juste courir pieds nus pour courir pieds nus.

Il y a du coup plusieurs dimensions. Pas juste l’aspect pour éviter les blessures, mais aussi une dimension spirituelle, si on le souhaite.

Christian Harberts :

On est quand même souvent sur une quête par rapport à soi même. C’était mon cas. Mon but était de ne plus être blessé et d’être plus en phase avec moi-même.

Chacun va en fait trouver ses raisons à lui. Il ne faut pas vendre la course pieds nus comme une solution miracle qui permettra de courir sans être blessé. C’est plus compliqué que cela. D’un point de vue biomécanique, l’acte de courir est extrêmement complexe. IL n’y a pas un remède miracle qui permettra de guérir tous les maux…
Mais dans mon cas, ça a parfaitement marché, je le dis quand même.

Est-ce que tu souhaites, toi personnellement, qu’il y est un engouement pour la course pieds nus ?

Christian Harberts : J’aimerai qu’il y ait une communauté un peu plus étoffée qui puisse échanger et se retrouver sur les courses. Ceux qui courent pieds nus ou même en minimaliste ont remarqué que c’est rare de croiser d’autres personnes qui pratiquent.
Ce serait quand même agréable de temps en temps croiser d’autres personnes qui font ça.
On est pas obligé d’être meilleurs potes avec tous les pratiquants, mais c’est vrai que ce n’est pas juste une question de courir. Il y a quand même une façon de voir les choses, une façon de procéder dans la vie qui est intéressante. Je souhaite donc, comme on pourrait souhaiter qu’une forme de méditation soit plus connue, c’est peut-être ça que je souhaite le plus à la communauté. Que ce soit pas juste limité par l’acte de courir, mais que cela puisse être étendu à d’autres aspects.

Et je pense sincèrement qu’avec le contexte actuel, en France et ailleurs, cela va se faire progressivement.

As-tu des modèles, des mentors, des sources d’inspirations ?

Christian Harberts : J’en ai plein. Je vais résumer au mieux…
Il y a un monsieur dont la communauté n’a plus de nouvelles depuis 2013 malheureusement. Je veux dire son nom, car c’est lui qui m’a inspiré à l’époque. C’est Daniel Dubois. Tous ceux qui me connaissent reconnaissent ce nom. Daniel Dubois était l’un des premiers coureurs pieds nus en France de notre époque. Il a couru dans les années 90 plusieurs fois le marathon de Paris pieds nus. Il m’a devancé de pas mal d’années. Il avait une très grande pratique, et il a pu assister à plusieurs animations barefooting que j’ai organisées. J’ai même pu participer à des courses avec lui. C’était vraiment une autre dimension de pouvoir poser des questions et surtout de l’observer quand il court pieds nus. Donc je le dis une troisième fois : Daniel Dubois.

Dans les lectures, il y a un monsieur qui était important pour moi, un écrivain : Jason Robillard. C’est un américain qui a écrit un livre assez important en 2010 . Il donnait vraiment une méthode pour adopter la course pieds nus. J’ai presque tout oublié depuis, mais j’ai tout de même retenu l’importance du repos et le fait de d’abord se sentir à l’aise pieds nus avant de songer à courir en minimaliste. Cela reste à mon sens une bonne approche même si en réalité, il y aura très peu de coureurs qui vont respecter cette consigne-là.

Quel est ton prochain grand défi ?

Christian Harberts : En début d’année prochaine, j’espère – et c’est pour cela que je fais plus de sorties longues en ce moment  – enfin dépasser les 50km en sandales huaraches en une seule sortie. Ça fait longtemps que je rêve du début de l’ultra-distance. J’espère dès janvier 2019 atteindre cette distance-là.

Et puis le répéter, car c’est une question de niveau. Une fois qu’on a le niveau de faire ce type de sortie, on peut continuer !

Donc tu continues de progresser et d’aller plus loin dans la course pieds nus ?

Christian Harberts : Dans la course strictement pieds nus sans chaussures je pense que je vais rester à une distance maximale de 40 km environ, la distance marathon. Je ne vise ni les trails pieds nus, j’ai les sandales huaraches, ni l’ultra distance sur route pieds nus. Cela pourrait être intéressant un jour. Mais je souhaite surtout faire la majorité de mon volume pieds nus, car c’est pour moi une manière de courir sans pénaliser mon corps. Et viser grâce à cette base-là de très longues distances en huaraches. C’est comme si la course véritablement pieds nus me permettait d’améliorer la course en minimaliste, pour résumer.

Trois mots, valeurs ou concepts qui animent ta vie ?

Christian Harberts : (rires)

Il y a une petite phrase : essaie pour voir…

Cette phrase reflète mon état d’esprit de grand curieux. À partir du moment où j’ai une idée -et j’en ai plein – je peux aller très loin pour creuser un sujet. C’est une chance et parfois un handicap. C’est vraiment par curiosité, et c’est ça qui m’a mené une fois de plus a creusé le pourquoi je me suis blessé en courant même sur des petites distances en 2010, et qui m’a amené à la course pieds nus.
C’est aussi une certaine forme de ténacité, ou bien peut-être est-ce une dimension obsessionnelle. Mais souvent ceux qui font de grandes distances sont obsessionnels. J’en ai croisé plein.

Scott Jurek fait d’ailleurs dans son livre Eat and Run une comparaison entre les utra-traileurs et les drogués. Ils recherchent la même chose.

Christian Harberts : Tout à fait ! Je suis un grand, non pas nerveux, car c’est un peu péjoratif, mais un petit peu inquiet.

C’est vrai que la course me permet de faire face à tout ce qui pourrait me faire peur dans l’ombre. Du coup, je réfléchis un peu moins. Cela me permet de tenir.

Mais là aussi, je suis loin d’être le seul…

Un livre à conseiller ?

Christian Harberts : Bien sûr. Le fameux ouvrage, l’œuvre écrit par le grand McDougall : Born to Run, né pour courir. Ce livre sorti en 2009 a vraiment été à la racine de ma pratique. Ça m’a complètement ouvert les yeux. Ça tombait juste au moment où j’avais les soucis et que je cherchais une autre voie.

Et heureusement pour les Français, ce livre a été traduit il y a quelques années déjà, par un traducteur que certains connaissent : Jean-Philippe Lefief, édition Guérin. Je conseille vraiment à celle et à ceux qui voudrait commencer la course pieds nus de lire cette œuvre pour savoir comment se situe la course pieds nus. La pratique de l‘ultra distance aussi, car tout est lié. Cela permet de voir l’origine de cette façon de courir. Et ça parle aussi de notre origine en tant qu’espèce et de l’importance de la course dans notre évolution comme espèce. C’est fascinant.
Il ne faut pas être surpris par le ton romancé et américain. L’auteur est un peu une grande gueule, on aime ou on n’aime pas. Mais cela donne une vision d’ensemble de la course pieds nus et minimaliste. Il parle de tous les grands, il les connaît tous. C’est vraiment un bon point de départ, j’en suis persuadé et je le relis tous les ans.

Est-ce qu’il y a une question que tu aurais aimé que je te pose ?

Christian Harberts : Oui ! Il faut tout de même répondre à une question assez basique. On me la pose souvent, mais on n’y pense pas forcément en tant que coureur.

Comment ça se passe quand on se met un bout de verre dans la plante des pieds ?

Et dans la même phrase, on me dit aussi : tu sais, c’est vraiment dangereux de courir pieds nus, les seringues, les bouts de verres… Ce qui nous amène naturellement à la situation : on est loin de chez soi, on marche sur un bout de verre, que peut-on faire ?
Réponse en deux temps. J’ai toujours avec moi une trousse avec quelques instruments : une pincette coupante pour dégager autour de la plaie et un tube de superglue.
Le bout de verre a généralement une taille de quelques millimètres. Il ne va pas entrer profondément dans la peau, surtout avec la peau un peu renforcée par la course pieds nus. La pincette permet de creuser. La superglue permet de colmater le trou, pour éviter que la crasse rentre dans la plaie.
En fait, la superglue n’est pas nocive pour l’organisme. C’est comme une rustine.
Avec ces deux outils, on a la possibilité de surmonter à chaque instant un incident de ce type-là, jusqu’à la maison. Il ne faut pas avoir peur du potentiel d’un tel incident. Cela arrive de temps en temps, ce n’est pas dramatique. Il n’y a pas à aller aux urgences ou à amputer !

De la superglue comme pour faire du bricolage ?

Christian Harberts : Tout à fait. Tout le monde a déjà collé des doigts ensemble. C’est la molécule avec un nom compliqué, et ça colle super bien la peau. À l’origine, la molécule a été inventée dans les années 1960 en Amérique pour être utilisée comme un pansement mobile pour les champs de bataille. Ça marche très bien avec la peau !

Merci pour l’astuce !
Tu organises aussi des activités, notamment des sorties pieds nus sur Paris, de différentes sortes.

Christian Harberts : Oui. Il y a la grande messe de la course pieds nus. Ça a lieu chaque année le premier dimanche du mois de mai. J’invite ceux qui habitent dans la région parisienne, et je communique sur le site pour ceux qui l’organisent par chez eux. Cela s’appelle la IBRD : International Barefoot Runners Day. La journée internationale de la course pieds nus. C’est vraiment un événement à ne pas rater chaque année, début mai. On apprend les bases de la course pieds nus sur une piste. Aucun risque pour quelqu’un qui n’en a jamais fait, mais qui est curieux ou curieuse. On découvre aussi à cette occasion le sport du trailball, dont tu vas surement parler sur Courir Un Trail un jour. 😉
Le trailball s’insère très très bien dans ce genre d’évènement.

Mais je t’en prie, tu peux présenter le trailball. En tant que créateur, je te laisse l’honneur ! Eh oui, j’en parlerai un jour sur Courir Un Trail 😉

Le trailball, inventé par Christian Harberts

Christian Harberts : Le trailball est à l’inspiration de cette tribu d’Indiens au Mexique : les tarahumaras. Si on se résume, il s’agit de se déplacer seul ou avec d’autres personnes, hors stade, en faisant avancer une petite balle de taille de balle de hand. Ceci demande un bon niveau de cardio, c’est très ludique, et peut donner l’occasion à une vraie compétition entre des personnes qui sont à l’aise avec le ballon au pied, comme les footeux. Je n’en suis pas un, et cela ne m’empêche pas du tout d’y jouer. Cela se pratique partout, et c’est très divertissant.

On peut te suivre sur…

Christian Harberts : Courirpiedsnus.com fondé en 2010. Il y a un grand nombre d’articles sur la pratique et mes différentes courses, ainsi que des témoignages de coureurs pieds nus et en minimaliste. C’est une ressource assez utile pour le débutant. Il y a une communauté de coureurs pieds nus, fédérée en France par la BRS Barefoot Runners Society, dont je suis le président depuis 2011. La BRS permet à ses pratiquants de se retrouver sur les courses, s’amuser et être moins seuls. Il y a un forum actif avec des échanges très intéressants et beaucoup de ressources.

Merci pour cet échange très instructif. Un mot de la fin ?

Christian Harberts : J’espère que par le biais de cet entretien la pratique de la course pieds nus ou en minimaliste les deux étant sur le même chemin – permettra aux coureurs intéressés de courir autrement, d’écouter leur corps peut être avec moins de blessures, mais de toute manière plus proche de la nature et en s’amusant.

Donc merci Mickaël de cette opportunité de parler sur ce sujet qui me passionnent depuis longtemps !

Pour courir encore plus loin…

Le site de Christian Harberts sur la course pieds nus : Courirpiedsnus.com
Le site du Trailball
Le site de Daniel Dubois
La Barefoot Runner Society, avec une section française !
La chronique de Born to Run
Courir comme les Tarahumaras

Bonus 😉

Le Rendez-vous International des Barefooteurs, pour marcher pieds nus au quotidien 😉

Les photos proviennent du site de Christian Harberts.

Les liens vers Amazon sont des liens affiliés. Acheter à partir de ces liens ne vous coûte pas plus cher, mais cela me permet de continuer de partager mes aventures avec vous. 😉

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