Damien Artero : Etre un papa aventurier !

Damien Artero est un type heureux. C’est un papa épanoui. Un sportif libre. Un aventurier (mais chut, il ne faut pas lui dire, il trouve ça prétentieux) caméra au poing, réalisant des films d’aventures sur des sujets qui lui procure du bonheur. Et il est autodidacte. En tout.

Dans la bouche de Damien, les compromis semblent s’envoler pour laisser la place au fun, au kiff et à la jouissance. À 40 ans passé, ce grand enfant pourrait bien inspirer pas mal d’adultes…

Je vous conseille grandement de vous poser et d’écouter le podcast en version audio, en haut de cette page. C’est un délice !
Sinon, la version texte est juste en dessous. Les liens sont à la fin de l’article pour ne pas perturber la lecture.

Damien Artero en plein travail !
Damien Artero en plein travail !

Bonjour Damien Artero. Est-ce un hasard que ton nom de famille soit composé du mot art et du mot héros ?

Damien Artero :
On ne me l’avait jamais faite celle-là. Je pense que c’est un hasard, mais c’est très flatteur que tu poses la question.

Je dois te l’avouer, tu as un métier de rêve. Je ne sais pas s’il te permet d’en vivre… Tu es réalisateur de film d’aventure. Mais en fait, ça veut dire quoi ?

Damien Artero :
Il y a plusieurs questions en une.
J’arrive à en vivre bon an mal an parce que je me bagarre beaucoup pour en vivre et que je travaille énormément.
Et parce que j’ai un mode de vie très sobre. Je n’ai donc pas besoin de beaucoup d’argent pour satisfaire à mes besoins.
J’ai l’impression que c’est important de préciser ça, car si on dit juste qu’il gagne sa vie avec ses films, je me suis rendu compte qu’en France il y a un imaginaire autour du fait que la télé, le cinéma et autre rapportent des fortunes.

Je ne veux pas tuer le mythe, mais un peu quand même : oui, je gagne ma vie avec mes films, mais modestement, chichement, et parce que j’ai un mode de vie très sobre.

Ensuite, comment aborder toutes ces notions…
C’est une passion dévorante, en fait, de faire des films.
C’est très nourrissant au-delà du financier, du budget, du matériel.
C’est quelque chose de presque transcendant.
C’est-à-dire que c’est au carrefour de toutes les facettes de la personnalité : c’est un métier, c’est une passion, c’est une jouissance, c’est l’exercice d’un art créatif…

Ce que je fais, techniquement depuis 10 ans, c’est des films d’aventures qui j’espère servent un propos documentaire, pour répondre à la deuxième partie de ta question.

Je ne fais pas des films que pour raconter des voyages.
Les voyages sont des prétextes pour parler de sujets qui me tiennent à cœur, et même plus, on va dire, même si ça semble un peu pompeux, des sujets de société.
Et en particulier, des sujets sur la société que je vais rêve. Pas la société avérée actuelle, mais la société que je voudrai voir émerger à travers les démarches individuelles.
Je crois beaucoup plus aux démarches individuelles et humaines qu’aux démarches politiques. Je confesse mon désespoir total en la politique.

Par contre, les démarches humaines – pas au sens individuel, personnel, pas au sens individualiste – mais au sens qui prennent naissance dans la personne, puis essaiment dans le collectif. Je vis dans un habitat groupé, j’ai vécu en collocation, j’adore partager mes films avec le public. Je veux que mes films parlent de tout ça.

Donc oui, je fais des films d’aventures voyages, car je pense que l’aventure, le voyage, le sport sont des super prétextes pour réunir un public autour d’un écran. Et ensuite, on va plus en profondeur pour parler de cette société dont je rêve.

Comment choisis-tu tes sujets ?
Est-ce par le hasard d’une rencontre, ou pars-tu du sujet que tu souhaites aborder pour toucher la société ?

Damien Artero :
Ça peut être les deux.
Il y a toujours au départ mes envies à la fois de zone géographique à explorer et de sujet de société à approfondir.
Ensuite, il y a les rencontres.
Tous les projets amènent des rencontres.

Diffuser des films via internet, face à un public, en festival ou autre, ça amène des rencontres qui amènent de nouvelles idées qui amènent de nouveaux projets.

Si tu prends l’exemple du film que nous allons présenter cette après-midi, La Marche Sans Faim avec Florian Gomet.
Il avait vu mes films précédents, on s’est rejoint sur l’alimentation végétale crue, qui était la thématique de mon film précédent, il y a un peu près deux ans, au Nicaragua.
Il a été interpellé par le fait de se retrouver dans mes films, et moi, j’ai été très impressionné par l’intensité de sa démarche, l’intensité de son élan, et comment il transformait ça en des projets de voyage.
Et finalement, on était totalement complémentaire, car lui, il transformait ses valeurs de vie en voyages, et moi je transforme mes voyages en films qui ont des valeurs de vie.

Donc bingo ! C’est l’exemple type de l’alchimie qui peut se produire à travers nos activités.

Comment devient-on réalisateur de film d’aventure ?

Damien Artero :
houlala… Ne le serais-je jamais vraiment? Je ne sais pas.
En tout cas, je ne faisais pas du tout ça il y a 15 ans. Quand je suis parti faire le tour du monde à vélo, je faisais de l’informatique, j’étais bien sagement assis dans un bureau à me morfondre.

Donc salarié ?

Damien Artero :
Oui, salarié lambda, dans une entreprise lambda, pour faire des logiciels lambda qui ne servent à rien.
Et je suis parti faire le tour du monde à vélo, j’ai commencé à filmer à la fois nos aventures avec mon amoureuse de l’époque, Delphine, et des petits reportages pour des ONG.
Et ça, ça a lancé cette carrière de réalisateur-auteur-indépendant, et parfaitement autodidacte improvisé.
Je ne peux revendiquer aucune formation, aucun diplôme. Je fais les choses à l’envie et au cœur.
Je fais les choses qui me plaisent comme elles me plaisent et quand ça me chante. C’est hyper égoïste. Ça peut sembler ou sonner très infantile.

Mais je pense que la vie est trop courte pour faire autre chose que ce qui nous plaît, nous fait vibrer, nous motive, nous parle, ce qui a du sens. Tu vois ?

Oui… D’un point de vue très terre à terre, au bout de combien de temps as-tu pu en faire ta profession principale ?

Damien Artero :
On a voyagé deux ans et demi autour du monde.
Sur ces deux ans et demi, j’ai fait une dizaine de reportages sur des ONG, une centaine de vidéos courtes pour la télé locale chez nous à Grenoble, et j’en ai tiré deux films de 52 minutes.
Dès que je suis rentré de voyage, j’avais la matière pour tenter de me lancer.
Comme je suis un peu boulimique de projet créatif, j’ai tout de suite embrayé sur d’autres films.

Le grand Détour, par Damien ArteroJ’ai fait pendant 10 ans deux films par an.

Donc assez vite je me suis retrouvé avec une petite filmographie sympa, on va dire, et ça m’a permis de donner beaucoup de projections débats, d’aller à plein de festivals, d’être diffusé en télé…
Ça s’est emboîté assez vite, une fois que je me suis jeté à l’eau l’année qui a suivi le tour du monde.
Et que j’ai assumé le fait de vouloir faire ça, car ce n’était pas évident au début.
Je venais d’un milieu professionnel assez étriqué, avec toute sorte de croyances : la vie artistique, ce n’est pas fait pour moi, est-ce que je vais être assez bon, est-ce que je serai à la hauteur…
Il a fallu balayer tout ça, et se dire : on s’en fout, ce n’est pas ça la question.

La question, c’est :

Qu’est ce que je veux vraiment faire au fond de moi ? Où est-ce que je suis heureux ?

Je suis super heureux derrière une caméra, je suis super heureux quand j’écris une histoire sur le clavier de mon ordinateur, je suis super heureux devant un public. Donc je le fais, c’est tout.

En quelques années, ça s’est mis en place.
Je tourne à cette vitesse de croisière depuis dix ans, un peu près 2 films par an, des reportages, des articles. Et le plus possible de projections, de festivals. Ça permet d’entretenir la machine, ça tourne comme ça, je suis content.

Peut-on dire que tu es toi-même aventurier ?

Damien Artero :
Oh non, je ne me vois pas comme aventurier. Je trouve que ce serait très prétentieux. Je me vois comme un mélange entre un passionné de voyages, un passionné de sports, et un rêveur qui aime bien raconter des histoires.

La vraie aventure, les Théodore Monod, les Nicolas Bouvier, je pense que c’est vraiment une sphère encore au-delà de ce que je fais avec mes films. Je ne cherche pas le danger, je ne cherche pas à explorer les territoires inconnus et hostiles.
Pour moi, c’est ça la définition d’aventurier.

Après, si tu le transposes dans la vie quotidienne, peut être qu’aux yeux de certains, je suis un aventurier, car je fais des choix de vies engagés.

Et qui sont peut-être un peu en terre inconnue et parfois hostile ?

Damien Artero :
Oui, si tu poursuis la métaphore jusqu’à l’intérieur de la société de consommation.
Puisque ça fait 10 ans que je mange végétal à dominance crue, que je vis dans une tiny house, que j’ai cofondé un habitat groupé, que je vais en faire un deuxième, que je réfléchis en permanence à ma place de consommateur, et à ma place de père aussi.

Je pense que j’ai un modèle pédagogique vis-à-vis de mes filles un peu singulier, puisqu’on me le dit sans arrêt, j’imagine que ça doit être vrai. Avec beaucoup de communication, de renforcement positif, beaucoup d’expression des émotions et des sentiments…

Peut-être que tout cela, c’est ma façon de vivre l’aventure de la vie, alors.

Quel est le personnage que tu as rencontré pour tes films qui t’as le plus marqué ?

Damien Artero :
Je pense que c’est Florian.
Après, c’est difficile d’en isoler un.
En deux ans et demi de tour de monde, j’ai rencontré tellement de gens.

Et par la suite, j’ai fait des films sur des personnages très… bigger than life, disent les américains. Plus grand que nature…
J’ai rencontré Vincent qui est paraplégique.Mutation au sommet de Damien Artero
On a fait un film sur son réapprentissage du ski freeride en fauteuil, en coque spéciale, au Spitzberg.

Un personnage incroyable, Vincent ! Un mec d’une résilience, d’un amour de la vie… Une sacrée leçon d’humanité.

Il y avait Nathalie Courtier, que j’avais suivi sur une partie de sa traversée de la Laponie en ski en plein hiver : une force de la nature, une nana hyper précise, organisée, un côté très rude très costaud, et en même temps, une grande poétesse.

Et puis Florian… qui est un mélange entre le hobbit gentil, un peu timide et farouche, et l’aventurier sans concession.
Le mec qui traverse 7 aéroports pieds nus, car il a décidé de ne pas porter de chaussures, qui marche 14 jours sans manger, qui se bagarre avec le vent, la neige, toujours avec une clarté d’esprit, une concentration, un mental incroyable.
Mais je pense aussi, parce que c’est mon film le plus récent, mais je pense que c’est Florian qui est le plus source d’inspiration, et en même temps, c’est aussi parmi tous les personnages que j’ai eu la chance – le privilège ! – de filmer, c’est aussi celui qui m’est peut-être le plus proche, car on a des modes de vie très comparables, et donc on est devenu très bons copains.
Et ça, c’est marquant, aussi !

Tu pars faire un film d’aventure, tu ne connais pas le personnage.
Ce n’était pas un ami avant.
On s’est vu deux fois avant de partir au Canada. Donc on ne se connaissait pas.
On savait qu’on avait des atomes crochus sur le papier, mais on ne se connaissait pas.
Et en particulier, on ne se connaissait pas dans le feu de l’action, quand il y a du danger, de l’enjeu, de l’épuisement nerveux, physique, moral…
Et on s’est rendu compte qu’on était super pote. Et ça, c’est merveilleux, non ?

Oui, c’est un sacré pari de partir à l’aventure sur la base d’avoir des atomes crochus… sur le papier.

Damien Artero :
C’est une aventure dans l’aventure, clairement.
Tu peux partir, et avoir affaire à quelqu’un avec qui tu es totalement incompatible : toi, tu penses que c’est un connard, lui, il pense que tu es un connard…
Qu’est-ce que tu fais, une fois que tu es là-bas ?

Alors que là, plus on se découvrait, plus ça collait.
Pourtant, on a des tempéraments en société très différents.
Mais il y avait un bon équilibre, une bonne alchimie, on était facilement d’accord. Là… là… C’est caviar, tu vois !

Tu pars avec un sujet, tu reviens avec un ami, c’est génial !

Il paraît que tu manges que de la salade et de l’herbe… C’est vrai ?

Damien Artero :
Non, je ne mange que de l’herbe. (Rires ! )
Je mange végétal depuis une dizaine d’années, et à majorité crue.
Ce n’est ni un dogme ni un sacerdoce.
Je ne me fouette pas avec des orties quand j’ai mangé un bout de fromage chez des copains, ou quand j’achète des chips pour mes filles et moi.
Ce n’est pas du tout vécu dans la contrainte. C’est vécu dans la joie, dans la gourmandise, et dans la documentation aussi.
Si je le fais, c’est aussi que j’ai consacré plusieurs travaux à la thématique de l’alimentation santé.
J’en suis vite arrivé à la conclusion que pour ma santé, la santé de mes proches et celle de ma planète, il fallait que je mange végétal et à très forte dominance crue.
On va dire que mon alimentation, c’est principalement des fruits, ensuite, beaucoup de verdures – des graines germées, de la salade, des algues – beaucoup de légumes et des fruits secs – oléagineux, noix-.

Pour ceux qui aimeraient en savoir plus, tu as des références ?

Damien Artero :
Il y en a plein.
J’ai fait un premier film sur le sujet qui est en accès libre sur mon site : Irène, journal d’une transition alimentaire.
Il témoigne de ma transition d’une alimentation très conventionnelle : carnée, pâtes, pain, fromage à gogo vers l’alimentation que je viens de décrire.
Et surtout c’est le portrait d’une naturopathe qui soigne les gens par l’alimentation végétale crue depuis plus de 40 ans.

Après, pour la question éthique, lire des livres comme le roman d’enquête de Jonathan Safran Foer : Faut-il manger des animaux ?
C’est une enquête journaliste de trois ans sur les raisons éthiques d’arrêter de manger des animaux.
Après, je peux faire référence à mon précédent film qui était une enquête sur la validité de santé, d’énergie sportive et environnementale de l’alimentation végétale crue, qui est sur mon site aussi : Tuani !

Ensuite, on peut se référer au blog de mon amoureuse Sarah Juhasz, qui est ingénieur en génie biologique et naturopathe, et qui s’est spécialisé dans l’alimentation végétale crue : Pimp Me Green. Elle écrit beaucoup d’articles de vulgarisation scientifique sur la santé naturelle et holistique et l’alimentation végétale.

Un livre assez édifiant à lire : Le Rapport Campbell.
C’est un scientifique américain qui a fait trois ans d’études avec son fils sur les mœurs alimentaires en Chine et en Asie pour arriver sans équivoque sur les impacts de la consommation de viande.

Après, il y a des références sur le jeûne, comme je viens de sortir le film avec Florian. Il y a l’enquête de Thierry De Lestrade : Le jeûne, une nouvelle thérapie ?
Il déploie très bien l’argumentaire qu’on a dans le film pour montrer que le corps a des capacités intrinsèques inouïes, sans alimentation dopante, sans excitant, sans viande, sans produit laitier, et même sans manger tout court, ça marche.

Et même plus que juste fonctionner en mode survie, il y a apparemment des bienfaits.

Damien Artero :
Il y a énormément de bienfaits au jeûne.
Pour résumer le film en une seule phrase – ce qui ne rend pas justice au film, mais pour rendre intelligible le propos : non seulement le corps humain et le corps des mammifères est prévue par la nature pour jeûner, mais en plus, quand on jeûne, on applique des capacités internes au corps de régénération, de guérison et de réjuvénation – rajeunir-.
Il faut faire l’expérience pour soi et se documenter.
Ça existe, c’est là.
Que ce soit le jeûne ou l’alimentation végétale, c’est à la portée de tout le monde.
Tout le monde peut aller acheter des fruits et faire l’expérience pendant une semaine, un mois, un an, dix ans… De manger juste des fruits. Voir ce qui se passe.
Tout le monde peut faire l’expérience de jeûner. Ça ne demande pas de matériel, ça ne demande pas d’accès à un certain niveau technique.
C’est à la portée de tout le monde.
Alors, faisons-le.
C’est comme mettre un pied devant l’autre.
Donc, faisons-le, et après on en discute.

Tu es aussi coureur. Quel genre de coureur es-tu ? As-tu une routine d’entraînement ?

Damien Artero :
Non, je n’ai pas de routine d’entraînement. Je suis très mauvais avec l’entraînement. Je suis très indiscipliné.

Donc je cours comme je fais mes films : à l’envie, au hasard, au petit bonheur.

Ce n’est jamais calculé, chronométrer. Je ne fais pas de plan d’entraînement, je ne regarde même pas les discours que je parcours. Les notions de chiffres et de performances me passent totalement au-dessus.
Mais j’adore la sensation de liberté totale que c’est de courir dans le plus simple appareil : un petit short, un t-shirt -l’été, pas de t-shirt -.
Si je pouvais courir à poil, je le ferais.
Pieds nus ou en chaussure minimaliste. Je cours en chaussure minimaliste depuis 5/6ans maintenant. Je ne connais pas de sentiment de liberté plus grand que ça.
Être sur une crête en haut d’une montagne, traverser une forêt, gambader…
Pour moi, ce n’est même plus courir, c’est gambader. C’est le jeu, la jouissance infantile. Je suis ce genre de coureur.
S’il y a un tas de pierres, je vais crapahuter dessus, s’il y a une barrière, je vais courir en équilibre dessus, je vais me rouler dans les champs…
Je suis comme un gosse à Noël !
C’est comme ça que je cours.

J’ai entendu parler d’un projet un peu fou. Un 100km en courant à jeun. Il paraît que j’y participe aussi. Est-ce que ça te dit quelque chose ?

Damien Artero :
J’ai vaguement entendu parler d’un projet comme ça !
C’est encore notre ami Florian qui a accouché d’une idée saugrenue.
Comme marcher sans manger ne lui a pas suffi – mais qu’est-ce qui lui suffit, en même temps, la question peut se poser…
Il a décidé de nous embarquer dans un projet de course à pied sans manger.
C’est-à-dire dans le cadre d’un jeûne court de probablement trois jours, on voudrait faire une course en relais pour totaliser un grand nombre de km.
Florian veut courir 100km et apparemment le même sort t’échoie, j’ai cru comprendre.
J’ai prévenu que je ne ferai sans doute pas 100km, car je n’ai aucune envie de m’astreindre à un plan d’entraînement draconien, voir la réponse à la question précédente.
Ce n’est pas du tout mon truc, et puis j’ai une vie de famille, une amoureuse merveilleuse, et deux gamines que j’adore.
Je ne veux pas passer mon temps à m’entraîner l’œil sur le chrono, je veux passer ma vie avec elle.
Mais je pense qu’avec mon hygiène de vie de base, je suis capable de courir 30 ou 40 km sans manger, je l’ai déjà fait.
L’idée, c’est de le faire en relai.
On étudie les sites, on va peut-être faire ça autour du lac de Constance, puisqu’il y a là-bas une clinique spécialisée dans le jeûne thérapeutique.
On ferait à 4 coureurs probablement 350km, quelque chose comme ça.
Et on verrait ce qui se passe dans nos organismes, dans nos têtes, quel résultat ça peut donner…

Plus d’informations à venir, donc ! Quels sont les choix qui ont fait ce que tu es ?

Damien Artero :
C’est une très bonne question, et en même temps, je pense que je les ai tous évoqués dans les réponses que je t’ai données.
Je pense que le premier choix qui m’a fait, c’est d’être parti faire le tour du monde, à une époque où ce n’était pas très développé de voyager en complète autonomie, tout en faisant des vidéos.
C’était le tout début de la démocratisation de la petite caméra qui permettait d’envoyer des vidéos sur internet.
Et à l’époque, ce n’était pas toujours bien vu que quelqu’un comme moi ou mon amoureuse de l’époque – car on avait le même parcours scolaire, un DESS en génie informatique -, donc que des cadres sup’ dénigre -car c’était un peu vu comme ça par certaines personnes dans notre entourage – un BAC+5 et un job super confortable d’élite intellectuel avec un salaire très grassouillet à la clef – pour partir faire les romanichelles sur les routes du monde et éventuellement en faire une reconversion professionnelle qui n’a de sens que pour peu de personnes.
Passer d’ingénieur en informatique à artiste audiovisuelle, pour beaucoup de gens, c’est absurde, c’est du gâchis.
Et pourtant, ce choix-là était évident pour moi.
Je ne veux pas dire que c’était partir ou mourir, mais ça faisait des années que j’avais chevillé dans les tripes l’envie, l’élan de partir autour du monde, par moyen doux, et donc par vélo, car je suis un grand amoureux de vélo.
Il fallait que je le fasse, c’est des trucs qui t’appellent.
Donc il fallait assumer ce choix et le rejet de certaines personnes, ou les collègues qui ne comprennent pas, les proches qui s’inquiètent et ça… je vais reprendre une expression hyper galvaudée, mais ça fait de toi un Homme, ça fait de toi un adulte.
On est parti sur base de toutes ces incertitudes et de tous ces doutes, et on est revenu solide comme le roc.
Avec une confiance en soi, en la vie, en l’étranger…
Tellement on a été reçu partout, dans tous les pays, toutes cultures confondues, on nous a ouvert les bras, on nous a ouvert la porte. On est revenu avec cette foi dans la vie, et ça, personne ne te l’enlève jamais.
C’est à vie.
Et tu es indémontable.
Le premier choix, c’était ça.
Et le deuxième, faire des enfants.
Et encore, je dis le deuxième, c’est chronologiquement.
Parce que dans l’intensité, la plus grande, la plus folle, la plus profonde aventure, le truc qui te remet le plus en question, qui te cause le plus d’émotions, c’est les enfants.
Mes enfants, c’est 10 fois mon tour de monde : en bonheur, en intensité, en quête de sagesse… et pourtant, le tour du monde, c’était déjà le panard.
Quand on est revenu du tour de monde avec Delphine, on avait l’habitude de dire qu’on a voyagé deux ans et demi et on a
l’impression d’avoir accumulé 10 ans de sagesse, de rencontres, d’amours fraternels.
Quand tu fais des enfants, c’est encore plus ! C’est fou, non ?

Tu as d’ailleurs consacré des petits films sur tes filles : Partis au petit bonheur, disponible aussi à prix libre sur ton site.

Damien Artero :
Damien Artero et ses deux fillesLa distinction entre vie professionnelle et vie personnelle est très difficile à faire dans mon univers.
Mes filles font partie intégrante de mon quotidien, de mes réflexions, de mes projets créatifs.
Elles ont grandi devant une caméra, parce que j’ai toujours une caméra avec moi.
Elles sont demandeuses, parce que ça les intrigues, ça les amuse, parce qu’elles ont des idées et qu’elles aiment voir ces idées mises en scène à l’écran.
Donc très vite, elles ont fait partie à la fois des voyages et des projets audiovisuels, et même maintenant qu’elles sont grandes, elles sont motrices, elles proposent des idées.
Et Partis au p’tit bonheur, c’est au carrefour de cette progression-là et de la séparation avec leur maman.
Delphine m’a quitté il y a trois ans maintenant. Et quand elle est partie, pendant plusieurs mois, j’étais seul avec les filles.
Il fallait répondre aux interrogations des enfants :
Pourquoi des parents se séparent, pourquoi l’amour peut avoir disparu, et qu’est-ce qui reste du bonheur derrière, du bonheur familial, et qu’est-ce qui reste du bonheur des enfants ?
Car l’enfant se construit vraiment sur les deux socles que sont les deux parents.
Je ne suis pas fanatique de la famille nucléaire traditionnelle chrétienne. J’adore le mariage pour tous, l’union libre.
J’observe que les enfants, quant ils naissent avec deux parents, ils ont vraiment de grandir avec ces deux repères.
Et ça les a énormément déstabilisés.
On était tous les trois à se dire : c’est le ciel qui nous tombe sur la tête… et en même temps, on ne peut pas s’empêcher d’être heureux.
On a une nature intrinsèque de joie, de bonheur…
Mes filles sont incroyables de joies de vivre.
Elles ont beaucoup pleuré, moi aussi j’ai beaucoup pleuré, mais on n’a jamais été abattu, on n’a jamais déprimé.
On s’est dit, c’est fou, ça… Comment ça marche le bonheur ? Comment ça se fait qu’on est toujours heureux comme ça ?
On est parti faire un premier voyage en se disant qu’on va enquêter sur le bonheur.
Comment les gens vivent le bonheur, comment les gens vivent les séparations amoureuses, comment on se remet d’une séparation amoureuse, qu’est-ce qui nous fait rire dans le long terme, et qu’est-ce qui nous fait rire dans le court terme : les petites blagues du quotidien, les petits moments croustillants de la vie de tous les jours.
On s’est réparti les tâches : ma deuxième Luce, c’est elle qui enquête sur les blagues, elle collectionne les blagues partout où on voyage.
Ma première Lirio, elle demande aux gens ce qui constitue leur bonheur au quotidien.
Et moi, j’interroge les gens qui ont vécu une séparation, un deuil ou autre, sur comment ils ont su rebondir et cultiver le bonheur après. Et on en fait des films.
J’en ai publié un pour l’instant, je commence le montage d’un deuxième qu’on a tourné l’automne dernier.
On va probablement en filmer un troisième cet été.
Et on s’amuse beaucoup, comme des petits fous, à vadrouiller en petite famille et à questionner l’humanité sur le bonheur.
Sacré programme, non ?

Partis au p'tit bonheur, Damien Artero

Quel est le pire conseil qu’on t’ait donné ?

Damien Artero :
C’est une très bonne question. Je pense qu’il y a des chapelets de mauvais conseils, du coup, j’ai du mal à en isoler un…
Il y a des trucs très pragmatiques.
Par exemple, on nous avait dit pendant le tour du monde : n’allez pas au Tibet. On était en contact avec un américain qui avait tenté une traversée du Tibet. C’était une période où la géopolitique était mouvementée là-bas, et où les étrangers n’étaient vraiment pas les bienvenus. Où le PSB, la police touristique chinoise attrapaient les voyageurs, les expulser du Tibet où les mettaient en tôle quelques jours. Bref, on nous avait dit, n’allez pas au Tibet, ça craint.

Et on y est allé… et c’était génial !

Donc, ce n’est pas que c’était un mauvais conseil, mais c’est très relatif, très contextuel.
Ça nous est arrivé aussi en Islande.
On avait notre fille aînée dans la remorque. On s’apprêtait à traverser le désert du centre de l’Islande.
L’Islande, c’est vraiment des conditions hyper rock’n roll pour traverser avec un vélo, et avec un bébé, je ne t’explique pas…
Je l’avais déjà fait seul, et Delphine, la maman de mes filles est une voyageuse hors pair, très tout-terrain, très forte dans sa tête.
On croise un couple d’Espagnol qui sort du désert, et qui nous dit : oh malheureux, n’allez jamais par là, on a souffert pendant 5 jours, c’était l’enfer. En plus vous avez un bébé, oh non. Nous, on n’en peut plus, on va à l’hôtel, on rentre chez nous…

Et on y est allé… Et ça s’est super bien passé !

Je pense qu’il faut toujours faire son expérience. Écouter ce qu’il y a à l’intérieur de soi.
C’est bien de prendre des informations, mais ensuite il faut en faire une moyenne pondérée.
Et je pense que le facteur de pondération, c’est soi.
Le plus important, c’est soi.

Après, dans la série pragmatique, au Nicaragua, on m’avait dit : oui, tel volcan, tu peux y aller et faire du VTT sans problème…
Je le dis avec le sourire, mais j’ai failli mourir sur ce foutu volcan.
C’était vraiment une information à la con.
Mais le plus con, ce n’est pas l’information, c’est moi.
C’est moi d’y être allé, de m’être entêté, de ne pas avoir vu que je me mettais en danger.
C’est ma faute.

Après, des conseils plus abstraits…
Quand je préparais le départ pour le tour du monde, on m’a dit : Mais enfin, Damien, pense à ta retraite… (rires)
Je n’ai pas du tout pensé à ma retraite. Et si j’avais pensé qu’à ma retraite, on ne serait pas en train de faire cette entrevue. Je ne pense pas qu’on serait là, Mickaël, à discuter de tout ce qui nous fait vibrer toi et moi.
Donc, pensez à votre retraite, mais à dose modérée !

Es-tu convaincu de quelque chose que les autres considèrent comme une folie ?

Damien Artero :
Je suis convaincue que je peux tout faire.
Si je l’ai vraiment décidé, et si j’écoute ma voix intérieure, si j’assemble les éléments, je suis convaincu que je peux tout faire dans la vie. Qu’importe le domaine.
Et je pense que c’est valable pour toi.
Et pour tous les gens autour.
Je pense qu’on grandit dans des croyances limitantes terribles, qui nous apprennent qu’on n’est pas à la hauteur, qu’on n’est pas assez ceci, trop cela.
Les voyages, l’aventure, et faire mes films tout seul, de A à Z, me battre dans un milieu qui ne reconnaît pas les indépendants, qui traitent les gens comme moi comme de la roupie de sansonnet.
La télé n’ouvre pas les portes pour les gens comme moi.
Ils m’ont dit : tes films sont nuls, ils ne correspondent à rien, tu ne suis pas le manuel, ce n’est pas académique.
Tout ça m’a appris que la réussite, c’est uniquement dans mon propre regard, et que tout ce que je veux entreprendre dans la vie, si je le désire vraiment, je l’obtiens.

Tu as un tatouage sur le bras. Qu’est-ce qu’il signifie ?

Damien Artero :
Je n’ai pas le droit de te dire exactement ce qu’il signifie, car c’est un secret entre mes filles et moi.
Je peux juste te dire que ce sont des caractères elfiques, et que c’est un message d’amour de moi à mes filles.
Qu’elles seules en connaissent l’exacte signification, et elles seules décident de qui partagent ce secret, et comme elles ne sont pas là, je ne partagerai pas ce secret.

De l’elfique en référence à Tolkien ?

Damien Artero :
Oui, parce que c’est un univers qui m’a beaucoup bercé quand j’étais enfant.
Et parce que j’ai écrit un livre sur notre voyage en Islande où je parlais beaucoup de mon rapport à ma fille, et de la dimension magique de la paternité, et j’ai mêlé ça au folklore islandais et aux croyances qu’ont les Islandais dans les elfes.
Quand leur maman m’a quitté, je me suis réveillé un matin avec la certitude qu’il fallait faire ce tatouage.
C’est quelque chose de très personnel parce que j’ai écrit un roman que je n’ai jamais publié, dans lequel le personnage principal perd sa compagne et se retrouve seul avec sa fille.
C’était prémonitoire apparemment, puisque je l’ai écrit avant que Delphine me quitte.
Dans le livre, j’avais imaginé que le personnage principal se faisait un tatouage d’amour pour sa fille, pour un peu se donner de la force, se galvaniser, se dire : je saurai être un papa seul.
Ce qui n’est pas mon cas, car Delphine et moi on est séparé, mais Delphine va super bien, on s’entend super bien, et les filles aujourd’hui ont la chance de partager leur temps avec les deux parents.
Mais j’avais inventé ce personnage et cet acte de catharsis, et quand Delphine m’a quitté, je me suis réveillé un matin en me disant : mais ce personnage, c’est moi.
Je vais donc le faire, ce tatouage.

Tes prochains projets pour cette année ?

Damien Artero :
LaMarcheSansFaim, un filme de Damien ArteroHalala, trop de projets, trop de projets pour une seule vie !
Pour cette année, on a surtout le projet avec mon amoureuse Sarah de développer nos ateliers de gastronomie végétale crue, car c’est une activité qui nous éclate, et qu’il y a beaucoup de demandes.
J’aimerais bien publier ce roman, ça m’y fait penser de te raconter l’anecdote.
Ensuite, la Marche Sans Faim, le film avec Florian, vient tout juste de sortir, donc il faut consacrer beaucoup de temps et d’énergie pour en faire la promotion, pour le diffuser le plus possible partout.
Et là je fignole en ce moment la version ultra-complète.
En salle, on passe une version de 70 minutes, mais sur internet et sur clé USB, on va distribuer une version de 2h30 avec, en plus, 50 minutes de reportages sur la clinique de jeûne Buchinger en Allemagne.
Ce n’est pas exactement un projet, mais c’est un gros travail de faire la promotion et la diffusion de tout ça.
Je pense que l’année 2019 ne suffira déjà pas à tout ce que je viens de te dire.
Sachant qu’en parallèle, je veux aussi faire le montage du deuxième épisode de Parti au p’tit bonheur avec mes filles, et que je vais probablement tourner l’épisode trois en Turquie cette année.

Donc, tu vois, beaucoup de choses sur le feu, et en plus, à la rentrée, on commence la construction d’un habitat groupé avec mon amoureuse, mes filles et des copains. Ce sera donc mon deuxième habitat groupé.
On espère aménager un an plus tard, donc à l’automne 2020. Là-aussi, gros chantier, gros projet.

Trois mots, idées, concepts ou valeurs qui animent ta vie ?

Damien Artero :
Joie. Je dirai même : joie / jouissance.
Les deux vont ensemble pour moi.
Je pense que dans nos vies d’adultes, on ne prend pas assez le temps de kiffer.
Ça cultive l’enfant qui est en nous, et ça apaise l’adulte.
Les moments de joie, c’est comme de bons bouts de mangue bien mûrs sur la langue.
Il faut cultiver ça.
Joie / jouissance.
Ensuite…
Sobriété.
La sobriété heureuse de Pierre Rabhi.
Très important pour moi.
La première fois que j’ai entendu Pierre Rabhi, c’était en conférence à Grenoble.
Le cameraman de France 3 était malade. L’organisation vient me chercher à ma place, car une personne me connaissait, et me dit : il parait que t’es caméraman, est-ce que tu peux nous dépanner, il faut que tu ailles manipuler la caméra, on a une heure de conférences à enregistrer.
Je me retrouve à deux mètres de Pierre Rabhi, à le cadrer pendant une heure de conférence.
Bien après, je l’ai fait intervenir dans l’un de mes films et j’ai fait sa connaissance en vrai.
Mais là, j’ai bu ses paroles pendant une heure.
Il a verbalisé à sa façon tout ce que j’étais en train de mettre en place dans ma vie depuis quelques années, que je n’avais pas su, moi, appeler la sobriété heureuse, car j’étais encore dans de l’abstrait.
Je ne savais pas comment définir ce que je cherchais à faire de ma vie.
Et là, Pierre prononce ces mots et là… Eurêka !
La sobriété heureuse !
Être satisfait avec ce qu’on a, le cultiver, le chérir, et savoir où est la limite.
On a pas besoin d’accumuler, on n’a pas besoin de renchérir, de surenchérir.
On a en nous cette capacité de bonheur simple. Hyper important pour moi.
La troisième notion ou idée, je dirai : se perdre.
Pas dans le sens négatif où on ne sait plus qui on est.
Mais se perdre dans le sens s’oublier.
Quand je pars en voyage, et qu’on me dit : tiens, tu n’as pas de GPS, ou même de carte de ce pays-là. Souvent, je réponds : ben non, sinon, je n’aurai pas la chance de me perdre.
Parce que quand tu te perds, tu prends des chemins que tu n’avais pas prévus.
L’imprévu est source de joie, de rencontres magnifiques, de remises en question.
Tu te redéfinis après t’être perdu, et tu reviens sur le chemin que tu t’étais tracé, avec plus de certitude, avec plus de précision.
Et puis s’il faut changer de chemin, tu sais pourquoi.
Parce que tu t’es perdu.
Si tu ne te perds jamais, si tu ne t’oublies jamais, si tu n’as jamais ces moments de folies où d’un coup, tu fais quelque chose qui ne te ressemble pas – ou du moins, le crois-tu -.
Je pense que c’est là, en vérité, que tu perds la vraie personne que tu es à l’intérieur de toi.
Je pense que c’est important de naviguer à vue, d’improviser, de s’oublier, et parfois de se perdre.

Une sorte de lâcher-prise ?

Damien Artero :
Lâcher prise à fond.
Je ne suis pas toujours très doué en lâcher-prise… Mais j’y crois.

Aurais-tu un livre à conseiller ?

Damien Artero :
Houlala… Je lis beaucoup.
J’adore lire, ce n’est pas évident de t’en sélectionner un.
Je lis essentiellement des romans.
Pour l’amour, je conseillerai de lire L’ile des gauchers d’Alexandre Jardin.
Pour la plume et l’errance, je choisirai de lire Sylvain Tesson, probablement son recueil de nouvelles, plus que ses récits de voyage. Une plume incroyable.
Et peut-être un troisième, et il faut que je m’arrête à trois, car sinon, si je pars sur ma lancée…
Réfléchis peu, réfléchit bien Damien.
Pour se perdre, Amélie Nothonb. Métaphysique des tubes, pour faire un clin d’œil à notre discussion sur l’alimentation.

Quelle est la question que tu aurais aimé que je te pose ?

Damien Artero :
Tu as de bonnes questions, tu es un bon interviewer !
J’aurais aimé que tu me poses une question qui me prenne à défaut, plutôt que des questions qui me permettent de me mettre en valeur.
Tu ne m’as posé aucune question déstabilisante, qui montre mes contradictions, mes limites, mon humanité finalement.
Tu as posé de très bonnes questions, mais qui vont toute dans mon sens, qui me permettent facilement d’avoir un discours d’autopromotion.

Alors, j’essaye : est-ce que l’amour que tu portes à tes filles, et le fait que tu as une vie peu conventionnelle, n’est-ce pas un moyen de fuir le monde des adultes ?

Damien Artero :
Peut-être.
Mais en même temps, je suis papa.
Et être papa, c’est une responsabilité absolue.
Tu n’as pas le droit d’être qu’un enfant quand tu es un papa.
Par contre, être papa te permet de nourrir l’enfant qui est en toi.
Ça ne veut pas dire que tu nourris exclusivement l’enfant en toi, ça veut dire que tu nourris aussi l’enfant en toi.
Donc je ne me sens pas dans une fuite du monde des adultes, je me sens à une distance raisonnable du monde des adultes.
J’habite dans ma tiny house, sur ma petite colline et c’est vrai que je me tiens éloigné.
Je n’écoute jamais les infos, je n’ai pas de télé.
Je n’ai pas envie de savoir ce qui se passe dans le monde des adultes.
Mais est-ce vraiment une fuite ? C’est une fuite de cet univers-là.
L’univers très consommateur, très médiatisé, très noir, je trouve.
Quand tu écoutes les infos, tu entends que des mauvaises nouvelles, et moi, dans mes films, je ne veux que des bonnes nouvelles.
Mais par contre, je suis un adulte à 200% quand je suis un papa, je suis responsable.
Et je suis un adulte à 200% quand je suis paumé au fin fond du Canada avec Florian Gomet, et qu’on se fout à poil pour traverser des rivières gelées, et qu’on engage notre intégrité, notre sécurité.
Je ne peux pas être un enfant à ce moment-là.
Je ne ferais pas tous ces films si je n’étais qu’un enfant.

J’aurai au moins essayé de te piéger ! Pour te suivre, il y a ton site…

Damien Artero :
Oui, Planète.D, et le Facebook du même nom.

J’ai un ami qui va être papa d’un jour à l’autre au moment de cette interview. Je pense qu’il l’appréciera. Merci beaucoup Damien !

Si cette interview vous a inspiré, pensez aux autres, partagez 😉 !

Damien Artero et CourirUnTrail!

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