Jamel Balhi : Merci pour ce thé rafraîchissant !

En quoi cette course est liée à ta cause noble, Mickaël ?
Là, je te le dis, tu fais de la merde.
C’est quoi ta cause noble ? Tu dois pouvoir me l’expliquer.
Sinon, c’est con d’aller courir.
Le trail, c’est con.
Moi, je n’ai jamais fait de trail.
Tous les autres font du trail.
Moi, je fais du Stéphane Brogniart.
Tu ne dois pas faire du trail, tu dois faire du Mickaël.

Pourquoi j’ai choisi Stéphane Brogniart comme coach ?
Pour ça.
Je ne voulais pas d’une approche sportive classique, mais d’un type capable de me permettre de remettre l’église au centre du village, comme il dit.
Alors, pourquoi je cours ?
Depuis quelques mois que je suis coaché par Stéphane, j’ai changé plein de choses pour coller à ses entraînements.
Je me suis surpris de remarquer tout ce que je pouvais encaisser, faisant des semaines à plus d’une dizaine d’heures de course à pied, vélo, natation, sans compter l’Aïkido que je pratique de mon côté.
Mais je ne me suis malheureusement pas surpris de voir ces séances défilées que je loupais, que je décalais, que je ne faisais qu’à moitié.
Et forcément, arrivent une course organisée, et la blessure.

Pourquoi ?
Qu’est-ce qui ne va pas ?
Le franc-parler du Vosgien me permet… me force à me demander pourquoi je cours.
Je le sais, hein.
Le cloud, la grande raison, la cause noble. Ça me parle.
Je n’ai jamais voulu être sportif.
Mais courir, oui.
Mais, alors, pourquoi ?
En fait, ça m’a sauté aux yeux.
Et à ma compagne aussi. Quoi de mieux que quelqu’un de proche, alliant la bienveillance et la lucidité d’un point de vue externe, pour confirmer ses intuitions ?

Je cours pour… me déplacer.

Pour aller d’un point A à un point B. Et entre les deux, découvrir, explorer.
Oui, je le sais.
Mais alors, en quoi cette séance précise sert ma cause noble ? En quoi cette course organisée est importante ?
Si je ne sais pas, si je n’arrive pas à savoir, forcément, je n’aurai pas l’énergie pour finir cette course, pour vivre pleinement cette séance.
Je veux juste me déplacer.
En marchant, en courant, qu’importe.
C’est juste que courir, ça permet d’aller plus loin.
Je veux rendre la voiture has-been.
Je veux passer du temps dans la journée à vivre des voyages.
Entre un point a et un point B.
tout simplement.
Même si je dois me lever à 3h du matin pour être à l’heure.
Même si je dois me déplacer de nuit.
Même si je dois dormir dehors.
Cela me saute aux yeux comme une évidence.
À ma compagne aussi.

Comment ai-je pu ne pas relier mon quotidien à ma cause noble ?Courir pour se déplacer

Pourquoi faire des courses organisées, alors ?
Simplement pour faire un test de ma méthode. Vérifier que ça fonctionne.
Et donner un cadre pour faire sauter des barrières.
Si j’ai été capable d’aller plus loin que ce que je pensais sur une course, alors, le quotidien sera plus facile.
Si je peux courir 56km avec du dénivelé, de la pluie, avec des horaires imposés, je n’aurai aucun mal à courir 50km sur du plat pour aller dans la grande ville d’à côté.

Voilà.
Grâce à Fred Whecler que j’ai interviewé il y a quelques mois, j’ai découvert Jamel Balhi.
La première personne à avoir fait un tour du monde en courant…
Oui.
Je pense qu’on peut dire qu’il court pour se déplacer, lui aussi.
J’ai lu l’un de ses ouvrages. Car il est écrivain et photographe.
Si c’est un magnifique coureur, c’est aussi un bon écrivain. Et semble-t-il, d’une grande humilité.
Je vous livre ici quelques extraits de “un thé à Shanghai”, de Jamel Balhi.

Jeune et insouciant, il est victime d’un grave accident de moto à 20 ans.
Il n’aura exercé qu’un métier de bagagiste, mais rêve pourtant de jouir de la liberté de voyager à travers le monde, à moto certainement… jusqu’à son accident en moto.

Arrivée ensuite à Paris, sa moto est volée.
Au diable les objets !
Il court chaque jour de 10 à 20km, souvent la nuit, car :

« Vidée des trois quarts de ses habitants, Paris peut enfin s’affirmer comme la plus belle ville du monde ».

Son travail touche à sa fin :

« Il m’aura fallu plus de courage pour affronter un travail de 9 à 17h que pour partir vers la Chine ! Mieux vaut passer une semaine avec l’homme le plus pauvre du monde qui me donne tout sauf de l’argent qu’avec un employeur qui me donnerait de l’argent et rien d’autre. »

« Ma vie allait devenir mon travail, et vice-versa. Le terrible accident dont j’ai été victime m’a fait dire non à la vie d’hier et ouvrir les bras en grand à la vie de demain.Dès lors, je me consacre entièrement à des activités contemplatives et lie l’existence à l’épicurisme. Je mets fin à mes études. La porte de sortie s’ouvre sur l’horizon. La Terre devient peu à peu mon unique école. Une classe sans professeur, c’est ce que je connais de mieux. Étudiant, je pensais que je le resterais toute ma vie. C’est la meilleure des positions sociales, à condition d’être un étudiant sans universités. Mes enseignements sont dans la nature, gratuit de suroît, et mes plaisirs dans l’observation raisonnée du monde. »

« Il existe plusieurs façons d’étudier. On peut lire dans les livres des expériences écrites par d’autres ou aller voir soi-même. J’ai voulu faire ma recherche personnelle de la vie en me jetant dans le monde, sortir du livre, me « dé-livrer ». En se jetant corps et âme dans la marmite du monde, on se dépouille de toute notion superflue. »

Arrêté, il passe trois jours en prison, refusant de faire son service militaire. Déclaré par la suite inapte, il n’a que trop besoin de liberté, de s’enfuir de l’autre côté de l’horizon…

Jamel Balhi

Parcourant le monde, tel un vagabond, un ménestrel. Où dormir ?

« La Terre pèse six milliards de millions de tonnes et sa superficie est de cinq cent dix millions et cent mille kilomètres carrés… Je ne pèse que 65kilos et mesure, 1,76mètre… J’en conclus que trouver un endroit où m’allonger ne sera jamais impossible ! »

Maniant la plume de manière fort agréable, Jamel Balhi raconte ses voyages qui sont une tranche de vie sur fond d’humanité. Il côtoie les plus miséreux, surtout dans les pays dits développés. Il est au fond comme eux, mais avec encore du sens à donner à sa vie. IL est avant tout libre. Et il court. 70Km par jour. Plus ou moins. Tous les jours.

« Un étranger est un ami que l’on n’a pas encore rencontré. »

« C’est en se jetant dans le monde, en y souffrant, en y luttant, que l’homme se définit peu à peu. » Jean-Paul Sartre, cité par Jamel Balhi.

Jamel Balhi… un livre surprenant ?
Courir, n’est-ce pas monotone ?
Il arrive, à travers son livre, à sélectionner les anecdotes avec justesse et humilité, lui qui a côtoyé le monde, la misère, la simplicité, l’opulence, le luxe…
À croire que la véritable richesse n’est pas tant le monde si vaste… mais d’avoir un esprit – et un corps – comme le sien.

J’aime à dire que la course peut être un outil de développement personnel, ou quelque chose comme ça.
Pour Jamel Balhi, cela semble être plus qu’un outil, une évidence.

Peut-être qu’un jour, je parcourrais aussi 70 km par jour, et des centaines de milliers sur plusieurs années…
L’être humain est épatant, et Jamel Balhi en est un digne représentant !

Et vous, c’est quoi votre cause noble ?
Pourquoi courez-vous ? Pas pour être un traileur en clé 12, rassurez-moi 😉 ?

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