Bain froid, course pieds nus, yoga en hiver, méditation, apnée… Florian Gomet me fait une drôle de proposition !

Cet article est disponible au format podcast (en haut), vidéo (un peu plus bas) et article (sous la vidéo).

Je ne peux plus reculer. Le monde entier en est témoin. Vais-je survivre ? Que va-t-il se passer ? Maman, j’ai peur…

Ah pardon, je ne vous avais pas entendu entrer. Vous allez bien ?
Ah, ne m’en parlez pas, quelle misère. De quoi ? Mais voyons. C’est bientôt décembre.

Oui, décembre. Et en décembre, il y a l’avant Noël. Cela est inquiétant.

Mais non, pas la foule consumériste devant les magasins, non. Avant Noël, il y a le 21, 22 et 23 décembre, et ça, c’est inquiétant.

Tout à fait…

Quoi, vous ne comprenez pas ? Écoutez cette interview, tout va s’éclairer. C’est une interview avec Florian Gomet. Oui, vous le connaissez déjà à travers cet article : Florian Gomet, aventurier et coureur, le tout en jeûnant.

Souhaitez-moi courage, force et honneur.
Merci.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’interview au format texte ci-dessous.

Bonjour Florian. Merci à toi de me consacrer un peu de temps pour cette interview. Tu es aventurier, sportif et même triathlète. Mais aussi auteurs de deux livres retraçant tes aventures. Et bucheron. Sans oublier que tu étais prof de math dans une ancienne vie. Tu avais déjà consacré une interview pour Courir un Trail en juillet 2018 juste avant ton départ pour la Marche sans Faim. À l’époque tu avais un projet assez fou pour le commun des mortels, il s’agissait de marcher au moins 360 km sans manger à travers les monts Mackenzie au Canada. Alors, es-tu revenu vivant ?

Florian Gomet : Je suis revenu vivant et entier. Et comme tu dis, c’était assez fou pour le témoin du mortel et même pour ceux qui préconisent le jeûne. Si bien que j’étais devenu perméable au doute ambiant. Cette expérience, comme tu as pu le suivre sur internet, s’est bien passée et finalement m’a conforté dans mes opinions qui ont franchi avec succès l’examen pratique.

Tu as dit que tu étais devenu perméable au doute ambiant. C’est à dire ?

Florian Gomet : Même si j’étais convaincu au départ que c’était tout à fait possible de faire cette distance sans manger, des spécialistes du jeune que j’avais contacté n’ont pas eu l’air convaincus à 100 %. Ils avaient même presque l’air de dire que ça pourrait être dangereux. De la part de personnes qui m’ont inspiré pour faire ça, j’ai trouvé ça curieux. Et finalement, j’ai passé outre, car leurs livres qui m’avaient convaincu étaient plus convaincants que leurs auteurs lorsqu’on les contacte.
Cette Marche Sans Faim te surprend toi aussi ?

Oui, ça ne fait pas très longtemps que je m’intéresse vraiment au jeûne.  Souvent, on jeune tranquillement chez soi ou en clinique. Accompagné d’un peu de rando à la limite, c’est-à-dire 10km par jour. Ce n’est pas du tout comparable à passer tellement de temps et surtout avec un effort soutenu.

Florian Gomet : Oui, je pense que c’est ça qui a amené le doute que chez personne là. C’est que je veuille le faire avec des journées bien remplies. J’ai déjà jeûné en étant tranquillement chez moi. En réalité, le jeûne passe beaucoup mieux lorsqu’on est actif voir très actif. Bien sûr, on ne peut pas faire d’activité intense, mais avec des activités douces, comme la marche, ça passe très bien, cette aventure en fut la preuve.

Tu parles d’activités douces, mais quand tu traverses une rivière avec le froid, c’est encore une activité douce ?

Florian Gomet et les bains froids

Florian Gomet : Justement, j’étais content qu’il y est autant de contact avec l’eau froide, parce que le froid me restimulait à chaque fois. A chaque rivière, je me sentais mieux qu’avant. C’est aussi une question d’entrainement. Pour moi, au quotidien, faire 30 km en marchant, ce n’est rien du tout. Évidemment, quand je le fais en jeûnant, cela peut paraître beaucoup pour certaines personnes, mais pour moi, ce n’est absolument rien du tout. Je reste dans un mode très réservé, très calme. Et pareil pour les rivières, j’ai l’habitude de rester jusqu’à 15 ou 20 minutes dans l’eau froide en hiver. Les traversées de rivières n’étaient pas très froides, dans les alentours de 12 degrés. Et j’y restais quelques secondes, ou quelques minutes au maximum. Ce qui fait que ça me donnait juste un coup de froid. Ce n’était pas grand-chose.

Et au niveau du jeûne, tu fais régulièrement des périodes où tu n’avales rien. C’est quoi ta plus longue période de jeûne ?

Florian Gomet : Avant cette expérience dans les mots Mackenzie, ma plus longue expérience avait été de 4 jours seulement.
Donc je n‘avais pas vraiment d’expérience de jeûne, je n’étais pas rodé là-dessus. D’ailleurs, lorsque je jeûnais chez moi, ça ne se passait pas très bien. C’est pour cela que je voulais me retrouver en montagne, sans tentation possible. Car je savais que ça allait bien se passer .Mais quand j’étais chez moi, c’était difficile à tenir. Par contre, ce que j’avais comme entrainement, c’est que j’ai l’habitude de travailler à jeun dans les bois la journée. Et même si ça ne compte pas pour un vrai jeûne, car je fais un repas par jour, je pense que c’est vraiment une très bonne préparation.

Okay. Du coup, tu as une approche de l’activité physique particulière, apparemment très complète. Tu es un ancien triathlète. En tant que pratiquant de la course à pied, je lis souvent des posts sur la préparation physique chez les coureurs. Et les recommandations sont souvent assez limitées. Alors que chez toi, ça semble faire partie intégralement de ton quotidien.

Florian Gomet : Effectivement, mes journées sont structurées autour de mes entrainements, et non de mes heures de repas ou du travail. C’est l’avantage d’avoir un métier indépendant qui sert aussi de préparation physique, tout en me laissant le champ libre pour mes autres activités quotidiennes, comme la méditation, le yoga, la musculation, les bains froids, les exercices d’apnée, la course à pied pieds nus et le jeûne. Donc en fait, mon but , contrairement à la majorité des autres personnes, ce n’est pas d’avoir une situation stable ,que ce soit dans la vie privée ou au niveau du travail, de rembourser le prêt pour une maison. Mon but c’est vraiment d’utiliser mon potentiel et de voir jusqu’où cela peut me mener.

[Silence…]

Florian Gomet : Ça te laisse songeur ?

Forcément… Je voulais revenir par rapport au fait que tu n’avais jamais dépassé les 4 jours de jeunes avant la Marche sans Faim. C’est un peu comme faire le grand saut de se dire : pour ne plus être tenté et ne plus avoir le choix, je me lance pour faire tous ces kilomètres sans manger. C’était  ça ton état d’esprit ?

Florian Gomet : Oui, c’est ça. Je n’ai jamais fait de saut à l’élastique, mais on sait qu’il suffit de se lancer au départ et que ça va aller. Il va y avoir des émotions, mais ça va aller. Je savais qu’il fallait que je parte, que je commence cette marche en étant bien concentré, puis que ça allait se faire tout seul. Et c’est effectivement ce qui s’est passé.

Tu es donc bucheron. Tu es à ton compte ?

Florian Gomet : En fait, je dis que je suis bucheron, car si je dis le terme exact, personne ne sait ce que ça veut dire exactement. Je fais un peu d’abatage pour du bois de chauffage, mais ma principale activité, c’est la sylviculture. Je travaille principalement avec une débroussailleuse pour nettoyer les jeunes plantations pour permettre aux arbres de pousser à travers les herbes et les fougères.

Ce sont des terrains qui appartiennent aux communes ?

Florian Gomet : Cela peut appartenir à des communes, à l’ONF, à des particuliers… À n’importe qui avec un terrain forestier.

Ta journée n’est pas organisée autour de tes repas, mais autour de tes exercices. Et tu as cité plein de choses : bain froid, course pieds nus, yoga, méditation, exercices d’apnée… Mais est-ce que tu penses que n’importe qui pourrait survivre à ton quotidien ?

Imiter Florian Gomet ?

Florian Gomet : N’importe qui en bonne santé avec l’envie de devenir meilleur tant sur le plan physique que sur le plan humain. Je ne dissocie pas les deux. Je pense qu’il faut vraiment avoir la volonté de s’améliorer pour réussir à avoir la motivation de suivre cet entrainement.Le faire simplement pour le challenge, je pense que ça dure un temps, mais il y a tellement de barrières psychologiques à franchir, je ne pense pas que ça puisse suffire. Pour revenir au fait de savoir si d’autres personnes pourraient survivre à ça, je pense donc que effectivement, n’importe qui en bonne santé. Mais ça, c’est la théorie, car les volontaires ne se font pas très nombreux.
Mais peut-être que toi, Mickaël, tu serais prêt à tenter cette aventure ?

C’est vrai, tu pourrais m’accepter par chez toi ?

Florian Gomet : Chiche ?

Moi, toujours !

Florian Gomet : L’idée me plait bien. Tu as l’air motivé. Mais cela ne suffit pas. Il te faut aussi une bonne assurance. Plus sérieusement, cela me ferait très plaisir de te recevoir, de partager mon quotidien avec toi pendant trois jours. Cela me paraît tout à fait réalisable. Pendant ces trois journées, on essaierait de faire exactement la même chose, et on verrait le résultat.

D’accord. Mais moi, je… je ne suis pas encore un superman, je suis quelqu’un de normal.

Florian Gomet : Mais moi aussi, il n’y a pas de soucis, c’est juste une question d’entrainement.

Du coup, est-ce que je dois me préparer, faire quelque chose de spécial, à part prendre une assurance vie ?

Florian Gomet : Oui, c’est ça. Moi, je m’assurerai que tu survis derrière, sinon, il n’y aurait pas de reportage. Plus sérieusement, pour que cela se passe bien, il faut un minimum de préparation : prendre des douches froides régulièrement, sauter le petit déjeuner le plus souvent possible, arrêter les produits qui contiennent du sucre et si possible, être pieds nus le plus souvent possible, ainsi que de ne pas porter tes lunettes. Tu es toujours partant ?

Euh…Oui, oui, oui… Tout ce que tu me dis me parle, j’ai déjà été sensibilité à ces choses-là. Après, pour moi, ces choses-là dépendent beaucoup de l’environnement. Typiquement, la marche pieds nus. Chaque été, je me remets à marcher pieds nus depuis 10 ans. Mais il faut gérer le côté social, l’assumer, trouver la bonne mesure, puis le froid arrive, et les excuses aussi.

Florian Gomet : Si tu viens, je crois que ça va être en décembre.

Oui, du 20 au 23 décembre.

Florian Gomet : C’est la bonne saison. L’eau va être bien chaude, le sol aussi.

Okay, okay ! Donc il n’y a pas une foule d’élèves qui se bousculent, qui t’attendent chaque matin dans le froid pour apprendre à tes côtés ?

Florian Gomet : Non, heureusement. Je suis très tranquille chez moi, mais ça me fait plaisir de recevoir de temps en temps des amis qui viennent prendre quelques conseils sur l’alimentation ou autre. Par rapport à la marche pieds nus et ses possibles limites au niveau social, au début, on me regardait bizarre, et maintenant, quand je marche pieds nus en ville, c’est très souvent que les gens me questionnent et s’intéressent. Ils font preuve de beaucoup plus d’ouverture que ce qu’on pourrait croire.

Je fais un art martial traditionnel d’origine japonaise, donc je suis très dans un imaginaire d’aller à la rencontre du maître, de chercher à capter son enseignement, de se mettre à la fois en danger et à la fois c’est le rôle du maitre de vérifier qu’il n’y a pas de réel danger. Je ne pense pas que tu te considères comme un maitre. Mais c’est un imaginaire qui me parle bien. Alors, oui, il y a aussi des inconvénients à cet imaginaire. Je me suis déjà retrouvé dans des situations à trop me remettre à mon imaginaire et à être déçu par la réalité. Car la réalité est juste là, c’est l’instant présent, il n’y a pas de musique, ce n’est pas un film d’action… Par exemple, quand je me baigne à l’eau froide, il n’y a pas de musique derrière, ce n’est pas héroïque. En réalité, je suis seul et je me demande juste ce que je fais là à me geler les miches…

Florian Gomet : Pour rebondir sur ce que tu disais, le rapport maitre-élève, c’est aussi quelque chose qui me parle beaucoup, mais je ne pense pas que ça se déroulera comme cela. Je me considère comme un disciple, et la nature est mon maitre et le sera toujours. Dans le contact avec d’autres personnes, je fonctionne toujours sur le principe de l’enrichissement mutuel, c’est à a dire que quelque soit les activités de la personne avec qui je discute ou je m’entretiens, je cherche toujours l’enrichissement mutuel. On a toujours quelque chose à apprendre d’une personne, peu importe son vécu. Si tu viens chez moi, j’essayerai autant de prendre des choses chez toi que toi chez moi. Il n’y aura pas un maître et un disciple, a part la nature qui sera notre maitre à tous les deux. On essayera simplement d’écouter ses enseignements.

Eh bien, je me réjouis ! Avec un peu d’appréhension,bien sûr…

Florian Gomet : Tu seras mon premier disciple, j’espère que tu survivras ! Mais je ne me fais pas de soucis, on fera des choses adaptées, ce sera bien, j’en suis sur.

Je ferais mon possible pour ramener le maximum d’images, de vidéos, d’audios et d’écrits. À vrai dire, je ne sais pas encore quelle forme aura ce documentaire chez toi. Je viens l’esprit léger !

Florian Gomet : Je compte aussi te faire bosser dans les bois avec moi, pour que tu goûtes à ce métier-là. C’est vraiment une part importante de mon entrainement. C’est ce qui fait la différence, je pense, avec les autres sportifs. Tu vas y goûter…

Parfait… J’ai plein de questions, et en même temps… Je crois que c’est quelque chose à vivre avant tout. Aurais-tu quelque chose à me demander ?

Florian Gomet : Je suis toujours curieux de savoir comment fonctionnent les gens à l’intérieur d’eux-mêmes, leurs rêves, leurs motivations, comment ils avancent dans la vie… Tout cela, je le verrai sur place, à ton contact. J’en saurai bien plus dès que je te verrai !

Merci beaucoup de m’avoir consacré du temps pour Courir Un Trail !

Florian Gomet : C’est moi qui te remercie de t’intéresser à mes projets et mon travail.

Florian Gomet, un esprit affuté derrière un sourire accueillant

Florian Gomet a écrit deux livres, le troisième va être publié en novembre 2018, et le 4e est en route pour 2019. Vous pouvez le retrouver sur son site internet et sur Facebook.

Les photos ont été prises par Damien Artero pour Planet D dans le cadre de la Marche Sans Faim.

 

Je suis sûr que vous avez un ami un peu bizarre dans sa tête, vous voyez ce que je veux dire ? Eh bien, partagez cette interview avec lui !

Un commentaire, c’est comme un sourire 😉

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