Joan Roch : Ma Vie est un Ultra

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Faire de sa Vie un Ultra-Trail

Ultra-Ordinaire, journal d’un coureur, de Joan Roch. Paru aux Éditions de l’Homme en 2016.

C’est un récit d’aventures véridiques par celui qui courait plus de 5000km par an, avec des sorties biquotidiennes de 5 à 250km par jour, 5 jours par semaine.

Le livre, majoritairement illustré par les photos de l’auteur, regroupe différents articles qui sont parus initialement sur son blog.

La promesse du livre :

Ainsi, il nous fait vivre une aventure humaine hors du commun et pourtant accessible à tous.

Accessible à tous, vraiment ? Voyons voir ça…

 

Un coureur qui tarde à naître…

Qu’on soit clair dès le début, Joan Roch a toujours été sportif. Mais, en tant qu’adolescent, il était plutôt dans la catégorie des sportifs sans sport de prédilection : tennis, golf, athlétisme, Aïkido, basket-ball… Comme tout bon jeune ouvert d’esprit (et influençable), il suivait ses amis dans leurs passions sportives.

De la course à pied ? Pas vraiment. Ce n’est qu’à vingt ans qu’il se met à la course. Sans succès. Et oui, courir peut se montrer vraiment ingrat. Viennent ensuite le service militaire (avec un peu de course à pied, oui!) et l’inévitable… Boulot, dodo, kilos (et jeux vidéos). Cependant, il y a quelque chose. Un petit truc qui démange. Un petit truc qui dérange. Qui dérange son corps, ses mollets. De temps en temps, innocemment, il chausse ses chaussures. Pour courir un petit peu, sans grande régularité ni conviction. Mais le fait de courir est là, ancré en lui.

Au fur et à mesure, il arrive à courir deux à trois fois par semaine. Pas facile avec une femme, des enfants, un boulot, les trajets…

Est-ce donc ça la vie ? Les contraintes s’imposent, on ne peut pas faire ce qu’on souhaite. La volonté ne suffit pas. Et difficile de trouver la motivation pour courir le matin, avant que la tribu ne se réveille, ou le soir, après une journée assis au travail…

Ne peut-on pas modifier les lois de l’espace-temps ?

Spoiler : Si.

La clé de la réussite : la régularité

La régularité ? On connaît ça. Et après tout, si Joan Roch courrait déjà deux à trois par semaine, il est régulier, non ? C’est ce qu’on peut lire un peu partout, dans les nombreuses recommandations pour coureurs… Et c’est ce qu’il pensait aussi. D’ailleurs, courir plus n’est pas recommandé. Mais quand les signes du destin montrent un chemin, difficile de ne pas chercher à l’arpenter : son travail est situé à 10km de chez lui. Il a déjà pris goût à la gratuité de son trajet via le vélo. Alors, le jour où il se fait voler son mode de transport…

Et si… et si il avait la folie d’y aller en courant ?

10 km le matin, 10 km le soir. Pas vite, hein. Juste à son rythme du moment. Voilà qui réglerait le souci de trouver le temps et l’énergie de s’entraîner. 20 km par jour ? 5 Jours par semaine ? Des semaines à 100 km ? Bien supérieur à ce dont il a l’habitude. Mais la chance sourit aux audacieux, non ?

Étrangement, si le démarrage était souvent difficile, une fois le corps lancé, cela se passait plutôt bien.

J’ai donc persisté. Je n’ai même jamais triché. Je n’avais pourtant de comptes à rendre à personne et je ne m’étais pas non plus fait de promesses. En y repensant, je n’ai jamais regretté d’être allé courir et, finalement, je ne me suis jamais lassé de répéter le même parcours. Au cours des quatre saisons, j’ai pu voir, non, sentir la nature se transformer.

1ère année de ce régime saugrenu : Okay.

2ème année : Comment partager cette expérience ? Caméra au poing (ou sur le front), Joan Roch enregistre ses escapades biquotidiennes, en fonction de la météo.

Pour ce projet de court-métrage, rapporter des images spectaculaires était plus important que mon confort.

2ème année : Okay. Nombre d’heures d’enregistrement : 7h.
Résultats : après distillation, il reste 3 minutes et 22 secondes d’un grand cru, rapidement devenu viral.

Beastie Runs from Joan Roch / Ultra-ordinary on Vimeo.

La course à pied est enfin revenue à ses origines utilitaires.

Avant toute chose, courir

Joan Roch court pour aller au travail. Joan Roch court pour revenir du travail. Et ceci lui permet de courir des ultra-trails.

Oui, ces ultra-marathons (entre 42km et… 250km, parfois plus) qui se courent (et se marchent) en montagne en une seule fois, dont les organisateurs sont :

des sadiques, des pervers, des tortionnaires qui maîtrisent parfaitement l’art de vous faire emprunter les pires sentiers de leur coin de pays au moment de l’année où les conditions météo vont le plus certainement vous pourrir la vie.

Oui, il y en a près de chez vous, et si vous lisez cet article, c’est que vous rêvez sûrement d’en courir un. Voire que vous l’avez déjà fait. Félicitations.

La simplicité (et non la facilité) de l’entraînement de Joan se retrouve aussi dans son approche de la gestion de la course.

Approche minimaliste : une paire de chaussures, un cuissard et une montre.

course à pieds

En ne transportant rien, je ne me soucie de rien. Enfin, c’est ma théorie.

Courir, en refusant ce qui rend la course compliquée, calculée, préméditée, matérialiste.

Avancer, en ne me fiant qu’à mes sensations, plutôt qu’au rythme imposé par un gadget qui ne connaît rien de mon état de fatigue.

Un sujet récurent (malheureusement), qui revient chez les coureurs, accompagnés de grosses vagues de marketing : les chaussures. Alors Joan, ton choix ?

 La seule chose qui compte, c’est la présence d’une semelle.

Il achète autant que possible toujours le même modèle, tant qu’il existe (ce qui est difficile, étant donné que les fabricants changent souvent tous les ans, pour une version soi-disant améliorée).

Une simplicité de matériel qui ne s’arrête pas là. Ses expérimentations biquotidiennes qui bravent la météo, lui ont permis d’apprendre à s’habiller et surtout à avoir chaud, froid, faim et soif, et à découvrir que :

le corps s’adapte à presque tout, à condition « de lui donner la chance de montrer ce dont il est capable ».

Il boit très peu pendant la course. Ce qui le rend plus léger, ayant besoin de moins d’eau.

À force de pratique, j’ai changé bien des choses dans ma façon de faire.

À l’image des alpinistes, il mise sur la légèreté et donc la rapidité du déplacement pour ne pas avoir besoin de s’alourdir de vivres.

Un modèle alimentaire ? Sans connaissances, c’est par la pratique qu’il a trouvé ce qui lui convient le mieux : le ventre léger, voire vide.

L’entraînement à vide semble avoir réveillé en moi des mécanismes dont je n’avais évidemment jamais eu besoin dans mon ancienne vie.

Au diable le conformisme et vive l’expérimentation ! Bien décidé à écouter mon corps, j’ai donc mangé quand j’avais faim plutôt qu’à heures fixes.

Le message est limpide et l’obéissance de mise : si je n’ai pas vraiment faim, inutile de me forcer à manger.

Courir fait-il mal ?

Joan Roch ultra ordinaire

Lorsqu’on étudie des athlètes, l’une des hypothèses que l’on aimerait pouvoir confirmer est la suivante :

Arrivé à un certain niveau, les difficultés s’envolent, et il ne reste que le plaisir (?).

Alors, courir fait-il (encore) mal ? Joan Roch, ce héros père de famille respectable souffre-t-il encore ? Et si oui, comment gère-t-il la douleur?

Les réponses : Oui. Oui. Par le mental.

Les traileurs sont souvent regardés par les gens normaux avec beaucoup d’incompréhension, voire ce sourire gêné et compatissant, réservé aux simplets ou aux fous. Dire que les traileurs sont un mélange des deux est une possibilité que l’on peut aisément garder à l’esprit.

(oui, car passer des heures à courir en montagne pour revenir au point de départ n’est pas une activité qu’on peut qualifier de « normale »)

Attention, ce que vous allez lire ne va pas plaire à votre maman. Ni à votre médecin. Ni à votre compagnon / compagne. Et peut-être même pas à vous-même.

L’entraînement transforme le corps en profondeur, dans toutes ses fonctions. Parfois, ça grince, d’autres fois, ça coince.

Lors de ces courses interminables, à travers la planète, Joan navigue entre la douleur et la blessure pour pouvoir progresser. Faire de la douleur une amie, sans toutefois aller jusqu’à la blessure. En tout cas, c’est la théorie. C’est sa théorie.

J’aimerais pouvoir claironner que j’ai trouvé une recette pour courir sans encombre pendant des heures, mais c’est impossible. […] J’ai moi-même assez d’abandons à mon actif pour savoir que franchir la ligne d’arrivée n’est pas scientifiquement prévisible. Tant que la tête veut, le corps même brisé va suivre. À l’inverse, si la motivation s’étiole, c’est le début de la fin, même quand rien d’autre ne cloche.

Joan est donc encore humain. Il lui arrive d’avoir mal, surtout pendant les 20 ou 30 heures que peuvent représenter un ultra-trail. Il mise sur son mental pour dépasser la douleur. Souvent, ça marche. Parfois, non. Surtout que dès le lundi matin, il doit repartir -en courant- à son travail.

Mais si courir peut faire si mal, pourquoi s’infliger une telle épreuve ?

Pour essayer, une fois de temps en temps, d’exploiter ce capital que j’ai accumulé pour aller à la recherche de ma limite personnelle absolue, sans jamais véritablement pouvoir l’atteindre, puisque le corps ne fait pas crédit.

Il a aussi son mantra à lui, pour lui redonner courage :

Ce ne sont que quelques heures de ma vie

Devant le néant qu’induit le manque de sens de s’infliger une telle épreuve, et ce, plusieurs fois par an, Joan s’est une fois inventé un personnage, son alter ego : Batman. Et tel le justicier masqué, il s’élance tout au long de la course pour motiver les autres participants. Et ça a marché !

L’Échec ? Une étape vers le succès

L'échec, une étape vers le succès ?

Voilà une notion qui me semble très importante à relever. Devenir un ultra-traileur dépend de beaucoup de facteurs. Et il est tout à fait légitime de se demander si c’est possible pour nous. Ou si c’est réservé à une élite, génétiquement favorisée.

Lorsqu’on dit à Joan qu’il est spécial, il répond simplement que c’est juste de l’entraînement, que c’est le résultat d’une décennie de progrès infimes.

Joan Roch a souvent abandonné. Comme n’importe qui d’autre. Dans le monde de l’ultra-trail, même le favori peut abandonner. L’abandon, la blessure, le coup de mou ne sont en aucun cas signe de ne pas pouvoir réussir.

L’abandon n’est pas une barrière. Mais une étape nécessaire pour aller plus loin. C’est une source d’apprentissage. Et cela fait partie du jeu.

Et petit à petit, grâce à ces échecs (que le mot est mal choisi!), Joan apprend à mieux se connaître et donc, à mieux gérer son état.

Mais pourquoi court-il ?

Si la question n’est pas originale, les réponses le sont souvent. Si l’auteur nous donne un ensemble de réponses, il est encore plus intéressant de regarder ce qui s’est passé après la sortie du livre.

Deux mois après, en mai 2016, Joan Roch arrête de courir. Considérant que le trail ne lui a plus rien apporté de nouveau depuis l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2015, il ne parvient pas à trouver la motivation pour s’élancer sur ses prochains défis déjà programmés.

Alors, discrètement, il arrête tout. Sa vie n’est plus la même, les circonstances ont changé. Joan Roch arrête de courir. Même pour aller au travail.

Déprimé ? Apparemment non, il arrête, simplement, naturellement. C’est la fin. Il lâche un dernier « Plus jamais ça ». C’est grand. Se sentir assez libre pour arrêter du jour au lendemain. Un grand homme.

Et puis, en 2017, un sursaut. Joan Roch est à nouveau inscrit sur un trail, le 160km du Bromont. Le grand retour ? Non, juste comme ça.

Un homme libre, je vous dis… Ah, et il ne prend même plus sa montre pour courir.

Pour en revenir à son livre, Ultra-Ordinaire, journal d’un coureur : pourquoi court-il ?

Pour la mobilité. Plus rapide qu’à pied, plus libre qu’à vélo. Dans un monde où mobilité et vitesse sont souvent confondues, il souhaite revenir au simple fait de courir, activité universelle, simple, ancestrale et bienfaisante.

Voilà pourquoi je cours. Pour me déplacer sans aucune contrainte et pour explorer des lieux à ma guise.

Je cherche mes limites. Je doute qu’elles existent vraiment.

Pour se maintenir en forme, afin de réaliser des ultra-trails.

Il n’y a aucun autre objectif que celui d’avancer. Matin et soir. Jour après jour. Pour voir jusqu’où ma routine peut m’amener. Ma vie est un ultra.

Joan Roch comme modèle

Nous l’avons vu, courir un trail est avant tout un état d’esprit, et si le corps doit être préparé, il en est de même pour l’attitude.

Dans notre époque où la connaissance est cachée sous l’information, et où l’action est plus difficile que de savoir, il est particulièrement intéressant d’avoir des repères. Ces repères peuvent être d’origines diverses, et notamment des modèles, des mentors. Des personnes inspirantes qui nous aident à garder le cap, à savoir quoi faire.

Et si vous vous inspiriez de Joan Roch ?

  • Essayez l’entraînement quotidien, voire biquotidien. Attention, ne cherchez pas à augmenter votre charge de travail ! Si vous courez déjà, répartissez simplement votre charge sur 5 jours. Si vous ne courez pas encore, allez-y progressivement, pour trouver votre limite, avant de chercher à la repousser. Commencer petit pour aller loin.
  • Courir est un mode de déplacement naturel. Levez-vous, et courez !
  • En cas de difficulté, trouvez-vous un mantra. Par exemple : Ce ne sont que quelques heures de ma vie. Ce ne sont que quelques heures de ma vie. Ce ne sont que quelques heures de ma vie…
  • Soyez libre dans votre pratique. C’est vous qui choisissez vos contraintes. Prenez une direction et explorez-la.
  • Trouvez-vous un alter ego qui vous accompagne, comme Batman pour Joan Roch. Cela peut être simplement une version de vous dans un 1 an, qui vous encourage à devenir ce que vous êtes.
  • Apprenez à avoir faim, soif, froid, chaud, et observez comment votre corps réagit. Vos limites viennent-elles de votre organisme, ou de votre mental ?

Alors, est-ce que tout le monde peut vivre des aventures à la manière de Joan Roch ?

C’est ce que le livre nous propose en quatrième de couverture.

Et effectivement, oui.

Déjà, en tant que lecteur, nous le suivons à travers 16 ultra-trails, agrémentés d’articles mêlant anecdotes et réflexions. Mais surtout, chaque page est une invitation à écrire sa propre histoire, à trouver sa manière de fonctionner, loin d’une préparation rigide. D’ailleurs, devinez quoi ? Joan Roch a horreur des plans d’entraînements !

Ressources

 

Un livre à conseiller, quelque chose à partager ? Laissez un commentaire. Merci 😉

Avez-vu déjà lu les 3 livres pour vivre sa Vie ?

 

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