Guillaume Arthus : Mental, Endurance, Navigation, Autonomie

Guillaume Arthus, ou comment ne pas tout casser chez soi permet de finir les courses les plus dures du monde…

C’est l’occasion de découvrir comment on peut planifier un projet, se donner les moyens et les outils pour y arriver, et comment faire si ce dont on a besoin – comme du matériel – n’existe pas à ce jour.

Mais aussi : doit-on choisir entre son job et l’ultra-trail ?
Et l’astuce pour faire de grandes choses, grâce à ces petits moments qu’on refuse de perdre…

Je vous recommande l’écoute du podcast, disponible en haut et sur toutes les plateformes d’écoute. Les mots ne peuvent pas retranscrire tout le personnage… Néanmoins, vous pouvez retrouver l’intégralité de l’interview ci-dessous.

Toutes les photos sont de l’invité lui-même !

 

Bonjour Guillaume Arthus,
Merci de consacrer du temps à CourirUnTrail. Alors, te présenter… Tu fais de la course à pied dans ta vie. Ou plutôt, tu fais de ta vie de la course à pied. Beaucoup de course à pied. 4000km par an, partout sur la planète, tout en tournant des vidéos.

Guillaume Arthus :
Des vidéos, oui, et se faire plaisir.

Et une de tes particularités, c’est, comment dire… quand on parle de course à pied, on pense à des marathons dans des grandes villes, ou à des belles montagnes, des oiseaux qui chantent, le soleil qui brille, l’herbe qui verdoie. Mais toi, pas forcément.
Tu t’amuses, par exemple, à courir 271 fois dans les mêmes escaliers à Montmartre, ou de tenter de courir 320km dans un tunnel en Angleterre.
Ou dans le désert…
Ou encore, courir 50km en buvant 11 bières.

Guillaume Arthus :
Guillaume Arthus et les escaliers de MontMartreAbsolument.
La course à pied, et l’ultra en particulier, va se faire principalement en montagne ou en bord de mer, comme dans le Golfe du Morbihan.
Mais il y a des moments où il faut aller se tester.
Tester son mental et sa vitesse, ainsi que sa capacité à courir quand il n’y a rien autour, pour devenir plus fort par la suite.
Récemment, je me suis un peu plus concentré là-dessus : les escaliers de Montmartre, courir dans un tunnel, faire la même boucle de 7km quasiment 24h de suite.
L’idée est de vraiment travailler le mental dans ces courses pour pouvoir faire d’autre chose après, et notamment de profiter pleinement de la montagne quand j’y suis.
Ce n’est pas forcément la finalité en soi de faire des courses comme ça sans aucun paysage, mais ça m’aide énormément par la suite quand je suis dans les Alpes ou autre pour vraiment profiter au maximum.
Au final, quand on a un bon paysage, c’est plus facile mentalement, mais quand on a déjà eu des épreuves où il n’y a rien à voir, et qu’il fallait tout faire avec sa tête, on est beaucoup plus serein, face à l’adversité quand on est en montagne.

Ce n’est pas une volonté en soi de ne faire que des courses bizarres et étranges, mais surtout la volonté d’être vraiment prêt lorsqu’on en a besoin, dans des paysages grandioses.

C’est plus un tremplin, une préparation mentale, plutôt qu’un moyen de chercher tes limites ?

Guillaume Arthus :
C’est ça. Après, les limites mentales font partie de l’exercice, et bien entendu, cela m’intéresse d’aller les chercher.
Mais c’est aussi un outil de travail.
C’est un peu compliqué d’expliquer quand on voit ce genre de chose – par exemple à Montmartre, 271 fois les marches de Montmartre, plus de 11 000 m+ en un peu moins de 80km pour 22h – c’est compliqué d’expliquer que je suis en train de m’entraîner en faisant une séance de côte pour faire d’autre chose plus tard.
Pareil dans le tunnel, ne pas voir la lumière du jour pendant 1 jour et demi ou 2 jours et faire 200 bornes dans un tunnel, c’est juste pour travailler le mental et être sûr qu’on est prêt pour les objectifs à suivre.
C’est vrai que lorsqu’on regarde un objectif par-ci par-là, et qu’on voit uniquement ces courses, ça peut paraître bizarre comme pratique de la course à pied, mais en fait, ça s’intègre vraiment dans un plan global d’entraînement à l’année.

Là, je vais faire environ un ultra par mois, et il y a 3 ou 4 ultras un peu étranges dans l’année.
Et le reste de l’année, vraiment se faire plaisir.
Aller courir par exemple un 250 km en Angleterre – la Viking Way – où l’on doit être en navigation et en semi-autonomie et boucler le tout en moins de 36h.
L’idée est d’avoir des épreuves qui paraissent difficile et totalement inutile de prime abord, mais en réalité, c’est un outil de travail totalement fabuleux pour la longue distance et faire des ultras après.

Comment en es-tu arrivé-là ? Quelle est ton histoire pour qu’aujourd’hui, tu coures et filmes tout ça ?

Guillaume Arthus :
Il faut savoir que j’ai commencé à courir il y a 9 ans environ, absolument par hasard.
J’étais nageur avant.
Pour les études, je devais partir de ma ville, de Paris, pour aller à Angers, où je n’avais plus la possibilité d’être en club de natation.
Et par conséquent, arrêter la natation.
Le jour où j’ai appris ça, j’étais un petit peu énervé…
Au lieu de tout casser chez moi, je suis allé courir le lendemain matin, dans un bois à côté de chez parents.
J’ai tourné autour du lac jusqu’à ce que je n’en puisse plus.
J’étais vraiment lessivé quand je suis rentré.
C’était la première fois que j’avais couru.
En rentrant, mon père me demande ce qui s’est passé, j’étais parti deux heures.
Il me dit de regarder ce que j’ai fait. J’ai regardé sur la carte, et en fait, ce jour-là, j’ai fait un semi-marathon.Guillaume Arthus

Donc, la première fois que j’ai vraiment couru de ma vie, j’ai fait un semi-marathon.
Deux ou trois ans plus tard, je me suis dit que c’était là mon sport.
Ce fut une évidence, la natation, c’était terminé, mais que mon nouveau sport, c’est la course à pied.
Très rapidement, ça s’est transformé en long.
J’ai fait trois marathons entre 2010 et 2012, qui étaient un peu calamiteux.
Enfin, mon premier temps, c’était 4h40, puis l’année d’après 4h20.
Donc, pas calamiteux, mais c’est tout à fait accessible, rien de bien mirobolant.
Mais ensuite, quand je me suis vraiment mis à faire du fractionné et autres, c’est parti en freestyle !
L’année où je passe 3h30 sur mon troisième marathon à Paris, je m’inscris à deux trails, je finis la Saintélyon.
Un an après, je fais un 170km au Canada, où j’étais en Amérique du Nord pour mes études.
Et en 2014, 4 ans après avoir commencé à courir, je suis sur le départ de l’UTMB, et je le finis.

C’est assez bizarre comme profil et comme découverte de la course à pied.
Puisqu’au final, je suis tombé dedans par hasard, je suis resté, et je me suis assez rapidement mis à faire du long.
Parce que c’est ce qui m’intéressait : explorer des territoires en courant, aller voir des choses absolument incroyables…
Mais quand j’y réfléchis, je n’ai jamais couru pour faire de la distance.
Pour moi, la course à pied et la distance a toujours été un prétexte pour aller explorer de nouveaux endroits, voir de nouvelles choses, et explorer ses limites.
Et dans ses notions, faire des vidéos pour partager ce qu’on voit et des chemins que je découvre où il n’y a pas de course, seulement 30 personnes passent par là par an, en faire une vidéo pour montrer aux gens qu’il y a autre chose que les courses pour aller courir. C’était quasiment une évidence.
Ma première GoPro a été directement importé des US, car ce n’était pas encore vendu en France.
Tout de suite, je me suis dit que c’était nécessaire pour moi de documenter et de pouvoir partager par la suite ces expériences personnelles. Je me suis aperçu qu’il y a plein de gens qui pouvaient être intéressés et qui au final le sont, par découvrir de nouveaux espaces et d’aller les explorer à leur tour.

Tu avais déjà une bonne base en natation ?

Guillaume Arthus :
Je n’étais pas très bon nageur, mais je n’étais pas mauvais non plus.
Je faisais le 100m en 1minute 1 en bassin olympique.
Ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas exceptionnel non plus.
J’avais une condition physique correcte, mais pas non plus exceptionnelle.
Et même aujourd’hui, ma condition physique est plutôt bonne – si je m’inscris à l’UTMB, je ne vais pas avoir de problème à le finir, mais je ne vais pas non plus être dans les cinquante premiers.
Mais j’ai un niveau suffisant pour être dans le premier tiers du classement de n’importe quelle course.
Sur les courses qui sont particulièrement difficiles mentalement, où il y a de la navigation, des barrières mises contre les coureurs – c’est à dire, où la course essaie de ne pas avoir de finisher – c’est là où je vais être, on va dire, moins mauvais que les autres, et c’est à ce moment-là que je vais pouvoir faire des podiums.

Quelle est ta routine d’entraînement, que ce soit pour le physique ou pour le mental, vu qu’apparemment, le mental te distingue des autres coureurs d’ultra ?

Guillaume Arthus :
Distingue, je ne sais pas, mais c’est vrai que je porte une grande importance au mental.
Au final, quand on est en train de piocher depuis 30h, et qu’on a pas dormi, la différence ne se fait plus dans les jambes, mais dans la tête.
Donc, travaillez le mental au même titre que le physique, c’est pour moi primordial.
Et quelque part, ça permet aussi d’avoir du confort dans la vie de tous les jours.
À force d’avoir fait des efforts tellement violents mentalement et de s’être fait tellement violence en course, on se retrouve, dans la vie “réelle”, avec des moments qui, au final, ne sont pas graves, on va pouvoir s’en sortir…

Pour la routine d’entraînement, j’ai des saisons assez longues.
Je fonctionne par session de 8 mois. Je commence toujours par un énorme bloc de travail, où je vais faire 150km par semaine – en gros, c’est deux marathons par semaine, l’un le mardi soir, l’un le dimanche matin.
Je vais vraiment faire du volume, principalement sur du plat, essayer de travailler le foncier.
Ensuite, je vais enchaîner sur différents ultras qui vont être comme des sorties longues.
C’est à dire, pour préparer un 250km, je vais faire un 100 miles – 160km – deux semaines avant, par exemple.
Sur le papier, on a l’impression que je fais des ultras tout le temps, mais en fait, c’est surtout que maintenant, une sortie longue, c’est un 150km.
Donc forcément, au bout d’un moment, ça commence à faire beaucoup de kilomètres…
Je suis vraiment sur une session de 8 mois pour une saison.
Je vais être entre 7 et 8 trails au-dessus de 80km dans une saison, avec un ou deux objectifs principaux au-dessus de 250km.

Que de la course à pied, ou tu croises de l’entraînement ?

Guillaume Arthus :
Je ne croise pas trop.
Ça m’arrive de temps en temps d’aller nager un peu, mais sinon, je ne croise pas. Je ne fais pas de préparation générale non plus. Par contre, je varie les entraînements : je continue à faire du fractionné, à aller sur la piste faire des 400m, continuer à faire des footings, des séances de côtes. Et comme je voyage pas mal pour la course à pied, j’utilise les autres courses comme sorties longues et comme atelier de travail pour faire du dénivelé, savoir gérer son sac à dos et son alimentation, passer une nuit blanche à courir… J’utilise vraiment les courses comme modules d’entraînement.

Cela fait pratiquement 5 ans que je travaille sur un projet qui s’appelle la Via Alpina.
C’est un trail qui fait toutes les Alpes, de Slovénie à Monaco, en traversant les 7 pays des Alpes.
2650km avec 170 000m+.
J’ai passé les cinq dernières années à travailler sur ce projet.
À être prêt physiquement, mentalement ainsi que sur d’autres compétences.
Depuis 2014 -la fin de mon UTMB -, toutes les courses que j’ai faites ont été dans cette optique-là, de devenir plus fort et d’acquérir les compétences nécessaires pour pouvoir être prêt pour attaquer ce projet un peu pharaonique qui va commencer en septembre de cette année – 2019.
Après 5 ans de travail, c’est bientôt le moment de passer à l’acte.

Tu étais seul dans cette préparation, ou tu avais une équipe ?

Guillaume Arthus :
Je n’ai pas eu d’équipe autour de moi.
Je n’ai jamais eu vraiment d’entraîneur non plus.
J’étais en stage à un certain moment en entreprise, et j’ai eu l’occasion de travailler avec Bruno Heubi pendant six mois.
Bruno Heubi a gagné les 100km de Millau et il a été en équipe de France de Marathon et de 100km.
Il sait comment faire pour courir longtemps.
C’était il y a quelques années maintenant – 5/6ans – mais j’ai adopté sa stratégie et philosophie d’entraînement qui est toute basée sur l’endurance maximale aérobique -c’est une variante de la VMA pour ceux qui connaissent.
L’idée est de dire : quelle est ta vitesse fondamentale, et comment tu peux l’améliorer et la soutenir la plus longtemps possible.
J’ai gardé cette philosophie d’entraînement.
Je ne suis pas suivi par un coach ou une équipe en particulier, mais ma philosophie est celle de Bruno Heubi, qui est d’ailleurs un entraîneur totalement fabuleux.
Pour ceux qui veulent progresser, je vous conseille d’aller le voir.

C’est vrai qu’à titre personnel, je n’ai jamais été très coach et encadrement.
Quand j’ai compris une philosophie, j’essaye avec plus ou moins de réussite de le reproduire par moi-même, et ainsi apprendre. L’idée, au lieu d’avoir une équipe qui m’encadre pour me donner des conseils, j’ai voulu beaucoup apprendre sur le terrain.
Et c’est là que courir 200km dans un tunnel pour se tester mentalement, cela devient tout de suite assez logique.

J’avais quatre compétences qui étaient pour moi nécessaires d’acquérir : MENA.
Le Mental, l’Endurance, la Navigation et l’Autonomie.
Le mental, on voit bien ce que c’est : la résilience, la capacité à prendre de bonnes décisions.
L’endurance physique, avoir les jambes pour : est-ce que je suis capable de faire 60km par jour avec 4000m+, 43 jours de suite – ce que je dois faire pour les Alpes.
Et deux autres compétences moins connues dans le monde de l’ultra-trail, car les courses sont souvent balisées.
La navigation : savoir se servir d’une boussole, savoir estimer les temps de passages entre tel et tel point en fonction des courbes de dénivelé présent sur une carte, pour se dire si j’ai le temps d’aller au prochain point, au prochain refuge, au prochain ravitaillement.
Et l’autonomie, ce n’est pas seulement savoir quoi manger, mais surtout, savoir gérer son sac à dos, qu’est-ce qu’on met dedans pour avoir une protection pour l’ensemble du climat, il y a plein d’éléments derrière l’autonomie : à quelle vitesse on est capable de faire une rotation ?
La rotation, c’est le temps qu’on va passer entre courir et dormir, et dormir et courir. C’est du temps perdu par jour. Si tu n’es pas en train de dormir, c’est que tu n’es pas en train de te reposer de la manière la plus efficace possible.
Et si tu n’es pas en train de courir, c’est que tu n’es pas en train d’avancer.
Dans cette partie autonomie, l’idée est d’avoir le matériel et les compétences nécessaires pour pouvoir bouger le plus rapidement possible, et enchaîner jour après jour la performance pour pouvoir faire ces Alpes en courant.
C’est vraiment 5 ans de travail à développer 4 compétences pour pouvoir atteindre cet objectif.

Pour le mental, tu as des exercices quotidiens, ou c’est ta routine d’entraînement et le fait de courir dans un tunnel qui te permet de le développer ?Guillaume Arthus

Guillaume Arthus :
Courir dans un tunnel de temps en temps, ça aide.
Mais c’est plus une phase de test alors, c’est là où on va vérifier les acquis.
Mais sinon, mentalement, c’est plus, par exemple : j’ai prévu de sortir à 18h, qu’il neige, qu’il grêle ou qu’il y ait une tempête, à 18h, je suis dehors.
L’idée, c’est que l’entraînement doit être plus difficile que la course.
Les conditions météo ne doivent pas jouer sur le fait de partir à l’entraînement.
Si je ne me sens pas bien parce que j’ai mal au bide, je vais tout de même aller courir, etc.
Ne pas utiliser les moments d’inconforts comme une excuse pour décaler ou ne pas faire une séance, mais utiliser ça comme une zone de travail.
Pareil, entre 2012 et 2015, je faisais les sorties le dimanche soir après le film, où j’allais courir 35 bornes dans Paris et revenir à 3/4 heures du matin pour apprendre à courir la nuit.
Et à 7h, j’étais au travail.
Se mettre dans les situations d’inconforts – que ce soit physique, en termes de sommeil, ou mental -, se mettre dans le mal, mais dans un cadre contrôlé d’entraînement pour pouvoir ensuite le jour J être prêt.
Parce qu’au final, le corps et la tête ont déjà vu tellement pire en entraînement, que le jour J, c’est facile.
Et en termes de résultat, mentalement, je ne sens plus la fatigue arrivait avant la deuxième nuit.

Concrètement, si je pars courir le vendredi matin à 6h, je commence à ressentir la sensation de fatigue deux jours après, le dimanche matin avant le lever du soleil.
Quasiment deux tours d’horloge sans avoir la sensation de fatigue.
Et c’est un exercice mental essentiellement.
Le corps n’a pas besoin forcément de dormir, mais le cerveau va t’envoyer des signaux de malade : faut que tu dormes, ça fait 36h que t’es debout.
Mais dans la réalité, tu n’as pas forcément besoin de dormir. Ça s’apprend, et c’est un travail mental.
C’est là qu’on voit que ça porte ses fruits.
Travailler le mental en se forçant de faire des sorties difficiles en entraînement, dans des conditions difficiles, c’est le secret pour moi afin d’arriver à être plus fort dans la tête, par rapport à soi-même, bien entendu.

Tu t’entraînes combien d’heures par semaine ?

Guillaume Arthus :
Entre 10 et 15h, en fonction des semaines.
Bien entendu, il faut trouver le temps.
Et trouver le temps, c’est ne pas regarder la télé, éviter de regarder des séries sur Netflix.
10h par semaine, c’est un peu moins d’une heure et demie par jour.
Et une heure et demie par jour, c’est assez facile à trouver, en fait, quand tu coupes Facebook et Twitter, et que tu évites de regarder des vidéos sur YouTube.
Tout le monde peut trouver une heure et demie par jour pour pouvoir dégager 10h par semaine.

Une question primordiale. Peut-être la moins sensée de l’interview, ou la plus inutile : est-ce que tu pourrais expliquer à ma maman pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais de la longue distance ?

Guillaume Arthus :
Comment expliquer à ta mère pourquoi je fais ça ?
Je pense que c’est juste parce que je peux.
Au-delà même de la Via Alpina et de ce projet dont on peut dire que tout ce que j’ai fait dans ces cinq dernières années, c’était justement pour aller vers ce projet.
Mais alors, je pourrai maintenant devoir expliquer pourquoi je veux faire cette traversée des Alpes.
C’est justement parce que je peux.
Et j’ai envie de voir si je peux effectivement le faire.
Et je crois qu’il n’y a pas d’autres raisons.
Et je crois que s’il y avait une autre raison, pour essayer de prouver quelque chose à quelqu’un d’autre, ou même se prouver à soi-même… Enfin…
Il y a des moments, quand on voit un objectif, et qu’on sent que c’est possible de le faire et qu’il faut juste travailler pour y arriver, c’est une motivation suffisante pour y aller et le faire.
Je crois qu’il n’y a pas de raison.
Ce n’est pas très satisfaisant pour ta mère ni pour la mienne, je t’avouerai.
Mais ta mère va s’y faire, au même titre que la mienne s’y est faite.
La mienne a mis 5 ans à s’y faire.

Il faut prendre un peu de temps pour comprendre que cela fait partie d’un mode de vie.
Aujourd’hui, c’est la manière dont je vis, de faire de l’ultra et d’aller courir tous les week-ends. L’entourage s’y fait, au final.
Au début, ça paraît bizarre et vraiment étrange, et par la suite, on a le droit à des discussions vraiment hallucinantes : tu as fait quoi ce week-end ? 150 bornes. Ah, du coup, tu t’es traîné, tu t’es un peu tourné les pouces.
C’est assez drôle, tu vois.
Au début, c’est : mais pourquoi ? Et au final, les gens s’habituent à tout.

La famille… Et les amis aussi, non ? 10h d’entraînement dans la semaine, il y a moins de temps pour le côté social…

Guillaume Arthus :
Oui, c’est vrai. Je sors quand même moins qu’avant.
Mais je sors tout de même une à deux fois par semaine.
Je n’ai pas sacrifié les amis pour autant.
Mais c’est vrai que les week-ends où je suis en vadrouille pour aller courir à droite à gauche, en Angleterre où je ne sais où, il y a des occasions que je loupe.
Par contre, quand je suis là à Paris, ou en France, je fais toujours l’effort de me déplacer, car je sais que les occasions sont réduites, donc à chaque fois qu’il y en a une où je suis dispo, j’y vais.
Et puis, les gens s’y font.
Ils savent que ça fait partie de ta personnalité.
S’ils ne sont pas d’accord, ça ne changera rien de toute façon.
Il y a des amis qui s’en vont et des nouveaux qui arrivent, c’est la vie.
Mais dans l’ensemble, les gens comprennent ce qu’on cherche à faire, ou plutôt, savent que ça fait partie du deal.
Ce n’est pas pour autant que je vais refuser une bière ou autre, les gens qui me côtoient savent très bien que si on me demande de faire une petite soirée, d’aller boire des bières et refaire le monde dans un bar, je suis le premier partant.

Justement, par rapport à l’entraînement invisible, donc le repos, l’alimentation… As-tu un axe particulier, ou est-ce que ça se fait assez naturellement ?

Guillaume Arthus :
C’est assez naturel.
C’est-à-dire que je ne vais pas me faire violence, que ce soit sur l’alimentation ou sur le repos.
Après, je n’ai pas besoin de beaucoup de repos, je ne dors que 6h par nuit, ça aide.
En termes d’alimentation, je ne suis pas végane, je ne fais pas excessivement attention.
Par contre, je ne prends pas de plats préparés, ou de compléments alimentaires, ou des choses comme ça.
C’est juste des gros volumes, en fait.
Quelqu’un mangerait 200grammes de pâtes, j’en mangerai 300 ou 400.
En soi, ce n’est pas une alimentation très rigoureuse. Je vais boire de la bière jusqu’à l’avant veille de la course, voir la veille.

Après, je cours aussi pour le plaisir.
Donc, si je dois retirer toute forme de plaisir à côté de la course à pied, juste pour avoir une zone de plaisir, ça ne me paraît pas très sain comme approche.
J’ai plus une approche hédoniste de l’affaire.
Et tant pis si ça me coûte de la performance.
De toute façon, ce n’est pas vraiment pour ça que j’y vais.
L’idée, c’est vraiment de se faire plaisir et de pouvoir maintenir un effort constant sur plusieurs jours.
Garder du plaisir sur l’alimentation et dans l’a-côté, c’est quasiment primordial pour pouvoir gérer mentalement l’effort et la difficulté.

Est-ce que tu penses que tout le monde peut faire la même chose que toi ? De l’ultra-trail, de l’ultra longue distance…Guillaume Arthus

Guillaume Arthus :
Absolument.
Maintenant, est-ce que tout le monde a la volonté de mettre l’effort nécessaire et les sacrifices associés à faire de l’ultra-trail ou de la longue distance, je ne pense pas.
Et ce n’est pas parce que les gens sont plus faibles ou plus forts ou quoique ce soit, non.
C’est une question de volonté.
Il y a des gens qui ont d’autres priorités, de fonder une famille, d’avoir des enfants et autres… Et c’est très bien. Mais ça prend du temps également.
Il y a un trade off, comme on dit en anglais.
On ne peut pas tout avoir dans la vie.
Je pense que si toutes les personnes qui sont effectivement motivées pour le faire peuvent le faire.
Ça va paraître un peu bizarre ce que je vais dire, mais pour moi, l’UTMB, ça reste quelque chose d’accessible.
Ça ne veut pas dire que tout le monde peut le faire du jour au lendemain, pas du tout.Ça veut dire qu’avec un plan d’entraînement sur 3/4 ans, quelqu’un qui est motivé, qui a la condition physique – qui n’a pas de déficience grave, cardiaque ou autre – peut tout à fait arriver à finir l’UTMB.
Ça ne veut pas dire que cette personne va finir dans les tout premiers et dans des conditions de fraîcheurs totalement incroyables, non. Ça va lui coûter, ça va être difficile.
Mais je pense que tout le monde peut le faire.
Il faut se donner les moyens.
Quand on commence à faire des choses difficiles, effectivement il y a du travail, il y a des sacrifices.
Il faut être sérieux dans ce qu’on fait.
Mais tout le monde peut le faire.
Il faut juste avoir l’envie.
Sans l’envie, on ne fait rien.
Et de l’envie découle ta motivation.
Et la motivation va te forcer à te donner les clés, et va te développer musculairement, mentalement, ta capacité à gérer ta course…
Bref, à te donner les clés pour y arriver.

Quels sont les choix qui ont fait de toi ce que tu es devenu ?

Guillaume Arthus :
Beaucoup de hasard.
La manière dont j’ai commencé la course à pied, déjà.
C’est un peu symbolique de ce qui me fait aujourd’hui être un ultra-traileur.
Je pense qu’il y a beaucoup de petits moments où on ne se rend pas forcément compte de leur importance.
Si je m’étais dit en 2010, à moi-même, que le fait d’aller courir pour me défouler au lieu de tout casser chez moi, me mènerait 9 ans plus tard à traverser les Alpes en courant, je me serai regardé entre quatre yeux en disant : arrête un peu tes conneries, c’est n’importe quoi.
Je trouve qu’il y a beaucoup de moments, d’opportunité comme ça qu’on ne voit pas, des pertes latentes.
Toutes ces petites choses qu’on remet à demain et que finalement, on ne fait pas, si ça se trouve, c’était l’un des moments clés qui allait changer absolument tout.
Je crois que c’est un peu la philosophie que j’ai adoptée ces dernières années dans mon entraînement, et dans la vie en général : ne pas remettre au lendemain ce qu’on peut faire aujourd’hui, car, sans le savoir, on a peut-être non seulement repousser l’échéance qu’on avait aujourd’hui, mais potentiellement quelque chose de beaucoup plus grand.
Et la seule manière de savoir si c’était quelque chose de beaucoup plus grand, c’est de le faire, et de regarder a posteriori quelques années plus tard.

Quel est le pire conseil qu’on ta donné ?

Guillaume Arthus :
Je crois que c’était au début de la course à pied : on ne doit pas faire plus d’un marathon par an.
C’est une connerie absolue.
Ça vient d’études de je ne sais plus trop où dans les années 80.
L’idée – qui n’est pas totalement faux – est de dire que si on veut faire un chrono dans l’année et absolument tout donné, et donc aller au maximum de ses capacités, effectivement, un par an, c’est le maximum.
Mais la manière dont ça a été interprété par tout le monde, c’était de dire : eh bien voilà, tu ne dois pas faire plus d’un marathon par an, qu’importe à quelle vitesse tu le cours.
Mais pas du tout ! Tout est une histoire d’intensité et de durée.
Si tu fais quelque chose à faible intensité, tu peux faire 5 marathons, 6 marathons à la suite, et en faire comme ça des sessions, 10 par an.
Ça ne pose pas de problème.
Maintenant, ça ne veut pas dire que quelqu’un qui n’a jamais couru peut en faire 10 par an.
Les limites imposées sur le papier – pas plus d’un marathon par an- c’est n’importe quoi. Et puis, il y a des choses empiriques aussi qui vont casser la théorie.

Il y a une autre théorie qui m’a fait hurler, sur le sommeil : obligé de dormir après 36h.
Dans le même temps, il y avait une “petite” course, le Tor des Géants, où les gens ne dorment pas pendant plus de 48h – une centaine de personnes ont fait ça…
Il ne faut pas forcément prendre tous les conseils qu’on voit sur internet, ou même si ça vient d’une étude brute comme ça.
Avoir un regard critique, regarder le contexte où ça a été fait, et toujours remettre en question les conseils qui ont été donnés.
Un ou deux conseils font hurler, et un ou deux qui après analyse critique paraissent beaucoup plus censés que de prime abord.

Dernièrement, on m’a cité une étude : faire un ultra-trail, c’est s’enlever 6 mois de sa vie.

Guillaume Arthus :
Eh bien voilà, j’ai déjà perdu 5 ans de ma vie.
C’est le genre d’étude à hurler.
Tu te demandes comment ils ont fait pour être publiés… Ça fait vendre du papier, c’est très bien.
Dans la vraie vie, non, absolument pas.

Tu n’as pas l’impression de raccourcir ta vie quand tu cours, alors ?

Guillaume Arthus :
Non. Tu sais, c’est l’éternelle question : est-ce que tu as envie de vivre jusqu’à 85 ans en n’ayant rien fait, ou jusqu’à 80 ans en ayant fait des choses tous les week-ends ?
Raccourcir ta vie… Mais si tu ne fais plus rien dedans.
Est-ce que tu es vraiment en train de la raccourcir ? Tu es plutôt en train de l’allonger de l’autre côté.
Ça ne veut pas dire pour autant que je vais clamser à quarante ans.
On sait qu’on a un capital santé dès le départ, qu’on peut entretenir, maintenir, développer… mais on part avec une base.
Après, libre à nous de faire ce qu’on veut avec.
Mais moi vivant, tu ne me verras jamais me dorer la pilule sur la plage trois semaines par an.
Ce ne sera jamais mes vacances.
Ça va très bien à des gens, et tant mieux pour eux.
Je trouve que c’est un peu dommage au vu des opportunités qui existent, de réaliser des projets, de finalement juste être libre à ne rien faire.

Si tu pouvais te rencontrer à 20 ans, donc il y a 8 ans, quel conseil te donnerais-tu ?

Guillaume Arthus :
C’est un peu près quand j’ai commencé à courir.
Je crois que je ne me donnerais pas de conseils, sur la course à pied en tout cas, car je ne me serai pas cru.
C’est ce que j’ai dit avant, si je m’étais dit il y a 8 ans, qu’aujourd’hui, je suis en train de parler parce que je prépare une traversée des Alpes en courant, je me demanderai quelles sont les drogues de synthèses qui ont été développées depuis, et qu’est ce que je suis en train de fumer.
Donc, sportivement, je ne me serai rien dit.
Par contre, d’un point de vue humain, je me serai dit qu’il aurait peut-être fallu faire encore plus de ces petits moments qui change tout.
Et de vraiment ne rien remettre au lendemain, d’essayer de vivre pleinement le jour J pour éviter de louper quelque chose d’important.

Es-tu convaincu de quelque chose que les autres considèrent comme une folie ?

Guillaume Arthus :
C’est une bonne question.
Je suis convaincu qu’on est tous censés faire un projet, quelque chose de sa vie, hors du commun…
Entreprendre, essayer…
Quand je regarde autour de moi, dans les discours, c’est souvent le cas, tout le monde dit la même chose.
Mais dans les faits, il y a peu de gens au final qui vont se dire, on y va vraiment.

Est-ce qu’on est prêt à quitter son job pour un projet ?
Est-ce qu’on est prêt à se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Est-ce qu’on est prêt à tout plaquer pour devenir violoniste professionnel ?
Est-ce qu’on est prêt… ?

Il y a plein de gens qui vont dire : oui, j’aimerai bien…
Ou pire, j’aurais du…
Et au final, ils ne l’ont pas fait.
Et ils ne le feront peut-être jamais.
Et ça, je suis convaincu : il faut tenter même si on se plante.
Dans la mesure du risque, bien sûr. On ne va pas sauter d’un avion sans parachute.
Mais pour autant, ça ne veut pas dire qu’on doit rester enfermé chez soi sans rien faire. C’est une allégorie, les gens ne restent pas enfermés chez eux sans rien faire.
Mais ils peuvent rester dans un confort du quotidien…
Et je pense vraiment que tout le monde a quelque chose à offrir, que tout le monde peut faire quelque chose d’exceptionnel.
Mais au final, il faut se donner les moyens, avoir l’envie, et la motivation de se donner les moyens pour faire ces choses-là.
100% des personnes qui ont fait quelque chose d’exceptionnel ont essayé.
Combien ont échoué avant, je ne sais pas.
Mais il y a une base : tous ceux qui ont réussi ont essayé.
Que les gens essayent plus…Que essayer fasse partie inhérente de la vie.
Que les gens prennent plus de risque.

Trouver sa singularité ?

Guillaume Arthus :
Trouver ce qui te fait plaisir.
Ce n’est pas forcément être singulier.
Si quelqu’un, son plaisir, c’est d’élever une famille et d’avoir trois enfants, c’est super. Et s’il arrive, tant mieux.
Ce n’est pas forcément un projet singulier, mais c’est son projet qui le fait vivre et ceux pourquoi il veut vivre.
Et dans ce cas-là, cette personne a tout compris.
Mais si une autre personne fait trois enfants, juste parce qu’il n’avait pas envie d’en avoir deux et demi comme la moyenne nationale, et qu’elle se rend compte ensuite qu’elle n’a rien fait de sa vie, et qu’elle voulait faire du piano, c’est là que je trouve que c’est extrêmement dommage.

Pourrais-tu choisir trois mots qui animent ta vie ?

Guillaume Arthus :
On va essayer.
Le premier que je donnerai, c’est projet. Que je substitue à rêver.
Un rêve, c’est quelque chose qu’on veut atteindre, mais sans travailler pour. Alors qu’un projet, c’est très lointain, mais qu’on va essayer d’obtenir, qu’on réussisse ou non.
Le deuxième mot, c’est essayer. Essayer, qui est le pendant du troisième mot, échouer.

Les trois se rejoignent. Quand on a un projet, on va essayer, et on va de temps en temps échouer.
Je pense que ces trois moteurs sont absolument essentiels pour le développement personnel et en particulier dans l’ultra-trail.
Quand on veut commencer à faire de la distance, il est nécessaire d’essayer, d’échouer, et de continuer à avancer pour aller vers nos projets.

Ton prochain projet, Via Alpina ?

Guillaume Arthus :
Absolument.
5 ans de travail pour faire ce projet : 2650km de Slovénie à Monaco, en autonomie complète.
Je vais acheter de la nourriture en cours de route, bien sûr, mais je n’ai pas d’équipe d’assistance.
L’idée est de pouvoir explorer les Alpes, que je connais déjà par petites touches, par des courses ou autres, au Liechtenstein et autre.
L’explorer de A à Z et faire cette aventure un peu hors-norme.
Mais ce n’est vraiment pas parce qu’est hors-norme que je souhaite le faire, j’avais vraiment envie de découvrir les Alpes et voir ce que ça donne, et de pouvoir le partager.
C’est un projet qui me tient à cœur, forcément, 5 ans de ma vie dédiée, on peut s’en douter que ça me tient à cœur…

J’ai commencé à travailler avec une équipe de production professionnelle de vidéo, Peignée verticale, qui fait des projets splendides. Cela me permettra de faire un documentaire sur la Via Alpina, et partager cette expérience que j’espère inoubliable pour moi, et donner envie aux autres de partir à l’aventure – pas forcément sur ce format-là-, de tenter les choses et de se rendre compte que ça ne sert à rien de rêver, il vaut mieux avoir un projet et travailler pour.

Pour ce projet-là, pour boucler le budget sur la partie vidéo, il y a une page de financement participatif.
Les gens peuvent participer à la réalisation du documentaire, sachant que l’ensemble des fonds vont effectivement au documentaire. J’ai déjà réuni la plupart des fonds, plus de 95%. Il s’agit d’aider pour le complément, les 5000euros manquant.
Les personnes qui soutiennent le projet seront invités à la première du documentaire sur Paris, avec toute l’équipe, en avant-première.
Cela permet aux gens qui me suivent depuis plusieurs années de participer enfin à un projet comme ça.
Mais aussi, cela permet de partager le documentaire aux mieux, sur un projet qui est, il faut tout de même le reconnaître, un peu fou.

Professionnellement, comment ça se passe pour que tu puisses partir pendant plus de 40 jours ?

Guillaume Arthus :
Il faut négocier avec son job.
Ce sont des discussions difficiles, mais nécessaires.
Quand on a un projet de vie, qui a commencé avant même l’obtention de mon job actuel – je suis aujourd’hui comptable.
Forcément, mon ordre des priorités personnel, je le connais.
Ensuite, l’aligner avec le projet professionnel également.
Mais il faut savoir aussi se donner les moyens de ses ambitions, même si ça peut vouloir dire, quitter son job.
Alors, normalement, ce ne sera pas le cas pour moi. Il faut savoir jusqu’où on peut aller. Se donner les moyens de réussir.

Tu as déjà pensé à l’après ?

Guillaume Arthus :
Oui, un peu.
Mais c’est difficile de l’exprimer.
Déjà, parce que c’est un gros projet déjà.
Mais ça me donnera sûrement d’autres idées pour faire des projets dans le même genre, si celui-ci aboutit correctement.
Pour l’instant, on va déjà se concentrer sur la Via Alpina, c’est déjà un beau projet !
Et ensuite, il y a le documentaire.

Mais il y aura forcément un après.
Quand j’ai commencé à courir en 2010, je me suis donné 10 ans pour arriver sur l’UTMB, et j’y étais en quatre.
Et après l’UTMB, je me suis donné 5 ans pour traverser les Alpes, et j’y suis effectivement en 5 ans.
Donc il y aura forcément un autre projet, car c’est comme ça que je fonctionne.
Je fonctionne avec un objectif, et travailler pour, d’accomplir quelque chose.
Juste parce qu’on peut, en fait.
Ce n’est vraiment pas pour prouver quelque chose à qui que ce soit, et encore moins à moi-même.
Mais juste, quand on peut faire un truc comme ça, je pense qu’il est quasiment nécessaire, on a le devoir de le faire.
Je ne sais pas si c’est cohérent, mais l’idée, c’est ça.
Il n’y a plus de motivations extérieures.
Il y a quasiment plus de motivations internes non plus.
C’est tellement dans les veines, dans la chair, que je n’ai plus besoin de me motiver moi-même à me dire que je vais y arriver, ou à puiser dans une source externe de motivation.
Je sais que je vais y arriver, de toute façon.
Parce que je n’ai pas le choix.
Parce que je ne me donne pas le choix, et que je n’ai pas besoin d’avoir le choix.

Tu n’es plus du tout dans le pourquoi, juste dans le comment.

Guillaume Arthus :
Exactement.
Et quand on n’est plus dans le pourquoi, c’est beaucoup plus simple.
On s’amuse plus à faire des plans sur la comète.
On arrive en étant le plus préparé possible.
L’échéance est ce qu’elle est, septembre sera septembre.
Je serai au plus prêt possible, avec la meilleure condition physique possible, la meilleure préparation mentale possible, les conditions de navigations les plus propices possible, et être au maximum possible de l’autonomie.
À tel point que je me suis mis à faire du design pour mon propre matériel, pour pouvoir faire mon propre sac à dos, ma propre doudoune, etc.
Pour avoir du matériel à la pointe de la technologie et répondre aux mieux à mes besoins.
Du coup, j’ai dû apprendre la couture, etc.

Le projet en soi qui est de courir simplement… Aujourd’hui, pour pouvoir courir au mieux pendant 43 jours, j’ai dû apprendre à coudre…

Ça marque bien aussi l’esprit.
Si tu as besoin d’apprendre à coudre parce que tu ne trouves pas le sac à dos qui correspond à ce qui t’intéresse, eh bien tant pis ! Tu t’achètes une machine à coudre, tu vas commencer à chercher des matériaux, tu vas faire des patrons, des prototypes, et tu sors un sac à dos qui t’intéresse.
C’est vraiment dans l’approche même de la Via Alpina.
J’ai un besoin qui est de faire le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions la Via Alpina.
Et pour ça, je dois développer mes compétences, je dois développer mon physique, et avoir le meilleur matériel possible.
Et tous les moyens possibles sont bons. Tous les moyens, on s’entend, sans se piquer, bien entendu.

C’est totalement fantastique de se dire que tu es parti d’une colère qui t’a fait aller courir autour d’un lac, à apprendre la couture pour aller vivre une aventure dans les Alpes. C’est une sorte de conte de fées.

Guillaume Arthus :
Oui, c’est incroyable.
Et c’est pour ça que je ne dirai rien si je me rencontrai il y a 8 ans.
Ce serait spolié, ce serait gâché.
C’est ce côté magique, on ne sait pas où on allait, et au final, on y est allé quand même.
Ça a un côté sympa.
Si je savais directement où j’allais, ce serait beaucoup moins satisfaisant d’y aller.
Il y a ce côté un peu initiatique et découverte de soi.
Et d’apprendre des choses. D’échouer. De prendre de mauvaises décisions. D’abandonner des courses. Et de se relever. De repartir. De continuer à travailler et à progresser.

Une question que tu aurais aimé que je te pose ?

Guillaume Arthus :
C’est une bonne question !
Il y a une question qui revient souvent, sur mon job et les sponsors.
Je n’ai pas de sponsors.
J’en avais les années précédentes, mais je les ai laissés de côté pour pouvoir avoir le meilleur matériel possible.
Et j’ai effectivement un job, je travaille entre 50 et 60h par semaine, je suis comptable dans un grand groupe.
Il y a beaucoup de gens quand ils me voient ou m’entendent dire que je fais un ultra par mois, ils se demandent si c’est mon métier.
Non, pas du tout. J’allie vraiment un job, on va dire, comme tout le monde, travail dans un bureau, avec costard cravate – même si je n’y vais pas avec un costard cravate, mais tu vois l’idée – à essayer de briser des barrières avec des gros projets.
Je crois que c’est important, ça fait partie du message : on n’est pas forcément obligé d’être sponsorisé pour pouvoir entreprendre des projets, bien au contraire.

Si tu avais la possibilité d’en faire ton métier à temps plein, tu le feras, ou tu as besoin de cet équilibre ?

Guillaume Arthus :
On ne va pas se mentir.
Si quelqu’un a une passion, et peut vivre de sa passion, c’est comme si cette personne avait arrêté de travailler.
Bien entendu, j’aimerais que ce soit le cas.
Il faut aussi rester réaliste.
Quand on regarde qui peut vivre de la course à pied et qui vit de la course à pied sur le long terme, il y a quand même très peu de personnes qui y arrivent.
C’est souvent des élites mondiales via des sponsorings, et très peu par la création de projets comme celui-là.
Bien entendu, j’aimerais pouvoir en vivre. Bien entendu, j’aimerais pouvoir en faire un produit de grande consommation du sac à dos que je suis en train de concevoir, et permettre aux autres coureurs d’en profiter. La même chose pour la doudoune et la veste étanche.
Maintenant, il faut aussi être réaliste.
Même si le projet est dans les bacs, et que je vais tenter l’aventure aussi à ce niveau-là, je sais pour autant que ce ne sera pas forcément le cas. J’aurai essayé de le faire en tout cas.

Je pense que c’est l’idée de l’ultra-trail, vraiment, la philosophie, de se dire : on ne sait pas forcément si on va arriver jusqu’au bout, mais au moins, on va se donner tous les moyens d’y arriver.

Tu t’imagines toujours courir dans 10 ans, 20 ans, 30 ans ?

Guillaume Arthus :
Dans 20 ans, oui. Dans 30 ans, je ne sais pas.
Il y a 10 ans, je ne courais pas du tout, et ma vie allait très bien.
Donc je ne sais pas si un autre moment va arriver dans ma vie et je vais aller faire autre chose, de fonder une famille, ou de faire beaucoup de vélo… Il y a plein d’axes différents, et on évolue. Je ne sais pas si je courais dans 30 ans, mais si c’est le cas, je pense que j’aurai baroudé pas mal et j’aurai vu pas mal de choses et j’aurai encore pas mal d’histoires à raconter.

As-tu un livre à conseiller ?

Guillaume Arthus :
Ça va paraître bizarre, mais ce n’est pas un livre sur la course à pied.
C’est la formation de l’acteur, de Constantin Stanislavski.
C’est un livre assez obscur des années 80.
Il y a un passage absolument incroyable.
C’est une vraie histoire.
Il y a une grande actrice russe qui n’arrive pas à monter un personnage. Son personnage, c’est son objectif final, quelque part.
Le metteur en scène, l’auteur du livre, lui dit : concentre-toi sur les petites choses, les tout petits points de détails que tu peux voir : un geste de main, une intonation de main, telle ou telle phrase dite comme ça, et tu verras qu’au final, tu arriveras à tout rassembler vers cet objectif.
Dans le livre, il appelle ça un super objectif.

Cette philosophie de dire : on ne sait pas comment atteindre l’objectif final – le rôle pour l’actrice – on se concentre sur les petites choses qu’on sait faire et qu’on peut améliorer.
Et au final, ça nous aidera à atteindre le grand projet.
Pour moi, c’est primordial, juste se concentrer sur les petites choses.
Un peu obscur comme bouquin, c’est vrai.

Où peut-on te suivre ?

Guillaume Arthus :
Sur internet, vous pouvez me retrouver sur YouTube sur Guillaume Arthus.
Et sur tous les autres réseaux sociaux sur Runnexplorer, qui est le nom du projet avec l’ensemble des vidéos, une petite centaine, et des nouvelles régulièrement.
C’est aussi là que les gens vont pouvoir suivre la Via Alpina ainsi que les courses les plus farfelues de la planète, ou alors avec de beaux paysages.

Tu as une formation dans la vidéo ?

Guillaume Arthus :
Non.
C’est aussi un exemple des choses qu’on découvre sur le tas et qui finalement nous sert.
Je suis autodidacte.
J’ai commencé à faire des épisodes de Star Trek avec des amis à l’âge de 8 ans.
On avait fait des épisodes entiers qu’on faisait à l’appareil photo, avec des séquences de 20 secondes, car l’appareil ne pouvait pas filmer plus de 20 secondes. On faisait des épisodes de 45 minutes, avec du montage.
Je reviens encore dessus : on ne sait pas où tel projet va nous conduire plus tard. Quand je faisais à 8 ans des vidéos de parodie de Star Trek, je n’aurai pas pu dire que cela m’amènerait à faire des centaines de vidéos sur la course à pied 10 ans plus tard.

Fantastique… Je te remercie beaucoup de m’avoir consacré du temps. Un mot de la fin ?

Guillaume Arthus :
Pas spécialement. Merci d’avoir pensé à moi et de partager le projet Via Alpina. J’espère que ça va plaire aux auditeurs !

Guillaume Arthus

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