David Manise : Etre anti-fragile

Faire un pas de côté pour mieux avancer pourrait bien être la devise de Courir Un Trail. Aujourd’hui, ce n’est pas moi qui mène l’interview, et ce n’est pas un coureur qui prend la parole. Cependant, c’est un être tout à fait intéressant… On va parler de flow, de résilience, d’anti-fragile, de la vie, des emmerdes, des routines… En fait, la course à pied, c’est comme la vie. Faut gérer l’adversité : la météo, la fatigue, les cailloux dans la chaussure, nos excuses, nos freins, nos limites…

Quoi de mieux qu’un instructeur de survie pour nous parler de la vie?
Qui a dit que la survie, c’est un état dégradé de la vie ?
Et si c’était justement la vie au plus simple, la SUR-vie ?

Sujet philosophique pour la prochaine sortie longue. En attendant, écoutons ce montagnard aux accents québécois.

Si vous le pouvez, écoutez le podcast plutôt que la retranscription texte. Ne serait-ce que pour l’accent. 😉

Note pour les auditeurs du podcast :
N’ayant pas de don d’ubiquité, la journaliste est une amie qui a passé quelques jours chez lui. Ça ne peut pas vous faire de mal d’entendre une autre voix que la mienne !

On y va !

David Manise, instructeur de survie

Bonjour David Manise. Tu es instructeur de survie, fondateur du forum Vie Sauvage et Survie et du CEETS, auteur et traducteur d’ouvrage chez Amphora et aujourd’hui tu t’es lancé dans une activité de coaching, formation et auto-hacking avec 3volution.
Sur Courir Un Trail, on cherche à encourager les gens à vivre des aventures, à remettre du piment dans leur quotidien, à reprendre confiance en eux et dans leurs capacités naturelles. Pour cela, des portraits de personnes inspirantes sont régulièrement proposés et le vent qui souffle à travers les montagnes me chuchote que tu pourrais bien en faire partie…
David, qu’est-ce que ça fait d’être toi et d’abord, c’est quoi d’être toi ?

David Manise :
On a lancé, avec Aurélie Verdon, ma chérie, une activité de coaching et de stages qui sont plus axés… je n’aime pas le mot, mais, ‘‘ développement personnel”.
On aime bien la notion d’anti-développement personnel, parce qu’on part du principe qu’il n’y a pas grand-chose à développer, il faut juste enlever les couches de conneries qui nous empêchent d’être nous-même.
Ce que ça fait d’être moi ? Bah je ne sais pas, rien de spécial j’ai envie de dire… mais j’aime bien.
Je suis content de répondre à cette interview, c’est cool, je trouve que les questions sont vachement intéressantes.

La vie, ça fait mal et à la fin on crève.
C’est une phrase qui vient de toi, je crois. Qu’est-ce que ça veut dire ? Le prince charmant n’existerait donc pas ?

David Manise :
Ah non ce n’est pas de moi.
Celle-là elle vient d’Alain B., qui est un pote, colonel dans l’armée suisse.
On a tendance dans nos sociétés à chercher le confort et à chouiner dès qu’on le perd.
Cette phrase veut surtout dire qu’il faut s’habituer un peu à l’inconfort et accepter que, tout connement, l’adversité existe.
À la fin, on va tous crever.
Entre-temps il faut un peu choisir ce qu’on en fait de ce petit moment d’existence.
C’est une phrase qui a un peu pour but de péter la bulle d’illusions des petits flocons de neige merveilleux et uniques et de les remettre un peu dans la réalité.
La vraie phrase c’est ‘‘la vie est injuste et à la fin on crève.’’
Et ouais c’est injuste.
L’injustice c’est un truc qui est dur à accepter et puis c’est quand même vrai, la vie
c’est vraiment injuste.
Il n’y a pas de justice, la vie elle n’est pas juste. Et vraiment à la fin on va tous crever.
Voilà.
Si vous n’êtes pas d’accord avec ça…
Négociez avec vous-même.

Tu as traduit un livre sur la méthode Wim Hof, écrit par Carney, et un livre sur ‘‘ Les secrets de vos super pouvoirs ’’ de Steven Kotler.
Qu’est-ce que ça veut dire, nous sommes tous des super héros ?
Et dans le cas où on serait tous des superhéros,
c’est quoi notre kryptonite ?

David Manise :
Les secrets de vos super-pouvoirs parle du Flow.
Le Flow c’est un état de conscience un peu modifié qu’on vit et qu’on touche quand on est sous stress de survie, quand on est dans un environnement hyper imprévisible, hyper complexe, hyper changeant…

On l’a tous déjà vécu.
Par exemple, juste avant une gamelle à vélo ou un accident de voiture,
d’un coup tout se met au ralenti, on a l’impression de percevoir beaucoup plus de choses que d’habitude, on traite plein d’informations.
Ça a lieu quand, notamment, le cortex préfrontal se déconnecte et on se met à arrêter de penser de manière linéaire, on se reconnecte vraiment à un mode de fonctionnement  de traitement de l’information parallèle, qui passe beaucoup plus par le corps et  les sens.
Du coup, ça économise de l’énergie de cerveau pour faire des trucs utiles. Si je résume, c’est un peu ça l’idée du Flow.

C’est un truc qu’on touche régulièrement dans plein de situations où le mental ordinaire, linéaire, ne suffit pas à traiter toutes les informations.
C’est un état qu’on peut toucher aussi en méditation,  dans le sport, dans le mouvement, quand on fait des katas, quand on fait pleins de trucs…
Et de base c’est un état qui nous rend heureux et qui facilite le fait de créer du lien.
Par conséquent, ça nous maque dans nos sociétés ‘‘hyper mentalisantes ’’, hyper dans le mental, hyper dans le contrôle et hyper dans l’analyse.
On est souvent déconnecté à la fois du danger et du corps.
Dans Tous ce qui ne nous tue pas, on parle de la même-chose :
de l’adversité, de l’inconfort, du froid, des courses d’obstacles…
Ça ne parle pas que de la méthode Wim Hof, ça parle aussi, globalement, de cette espèce d’inconfort ou d’adversité qui nous fait du bien, pour laquelle on est programmé, pour laquelle on est fait pour en tirer parti, pour en tirer profit.

Et je pense que si on a une kryptonite dans notre société, c’est à la fois le confort, l’excès de confort, et l’attachement qu’on a à ce confort-là, mais aussi l’excès de mental qui veut protéger ce confort-là et qu’on cherche à analyser en permanence, à catégoriser et à trier de manière linéaire et hyper analytique.
Je pense qu’on est plus heureux à gérer des problèmes concrets ensemble qu’à devoir gérer des problèmes abstraits qui ne sont pas des vrais problèmes, qui ne sont que des problèmes théoriques.
Est-ce que je vais pouvoir changer de bagnole, est-ce que je vais avoir une augmentation…
Ce sont des problèmes abstraits et on les gère de manière individualiste en étant un peu dressés les uns contre les autres.
Ça ne nous convient pas.
Je trouve que se reconnecter au concret en passant par le corps, en
quittant le mental et la suranalyse, ça nous fait beaucoup de bien.

Tu proposes dorénavant un stage anti-fragile, avec Aurélie Verdon.
Qu’est-ce que c’est, déjà ? Puis pourquoi aurait-on besoin d’être anti-fragile ?

David Manise :
Tout d’abord, Aurélie Verdon a un apport vachement intéressant à ce qu’on fait dans ce stage… Et à tout ce qu’on fait ensemble en fait.

Le stage anti-fragile c’est un stage qui se base un peu sur ce que je viens de dire à propos de l’adversité.
C’est un stage qui a pour but de nous aider à développer notre capacité à profiter de l’adversité.
Ce n’est pas une capacité innée, notamment pour le corps, mais aussi pour notre esprit.
Ce n’est pas si évident.
Il nous arrive toujours des trucs trash dans la vie, parce que la vie est injuste et à la fin on crève…
Et qu’est-ce qu’on en fait de cette injustice, comment est-ce qu’on peut l’utiliser plutôt que de la subir ?

On se rend compte que ce n’est pas si injuste au final.
Ça nous fait avancer, évoluer, grandir…

D’ailleurs, 3volution c’est ‘‘évolution’’.
À la base, c’est à la fois le love à l’envers et l’évolution.
Cette adversité elle n’est pas indispensable à l’évolution, mais elle est vraiment super importante et elle permet, si on sait s’en saisir et si on a les outils qu’il faut, de vraiment grandir plus vite,
d’évoluer plus vite, pour devenir plus vite une version évoluée ou différente de nous-mêmes, une version qui est plus conforme à qui on est vraiment.


Parce qu’au final l’adversité elle vient surtout attaquer les points de nous qui ne sont pas vraiment nous, en général.
C’est pas ‘‘nous’’, en profondeur, de s’attacher au confort, ce n’est pas ‘‘nous’’ en profondeur de s’attacher à un modèle culturel, c’est pas ‘‘nous’’ en profondeur de s’attacher à qui on a envie d’être ou de paraître ; ce n’est pas ça ‘‘nous’’.
‘‘
Nous’’ c’est quelque chose de beaucoup plus simple et à la fois de beaucoup plus profond que ça, et qui est beaucoup plus plus en lien aussi avec les autres et avec notre environnement.


Les grosses composantes de ce stage, c’est de nous expliquer
comment, voir où ça frictionne entre nos bouts d’égo dysfonctionnels et la réalité, pour détecter ces bouts d’égo là dysfonctionnel et puis pouvoir… pas forcément s’en détacher parce qu’ils restent toujours plus ou moins présents, mais les voir mieux et pouvoir les utiliser eux aussi plutôt que de les subir.

L’égo c’est la somme de tous nos automatismes.
C’est un peu un automatisme de réagir quand on perd quelque chose de manière à être frustré, à être triste ou je ne sais pas quoi.
À vouloir s’accrocher, à vouloir ne pas l’avoir perdu et à devoir faire tout un processus de deuil.
Le stage anti-fragile il a pour but de faciliter ça.
Et de pouvoir voir les bouts d’égo qui piquent et utiliser leurs énergies plutôt que de les voir
gouverner notre vie.

David Manise en stage de survieC’est une manière de court-circuiter le système en place de base ?

David Manise :
Ouais et surtout de l’utiliser.
Quand je suis fatiguée aujourd’hui, je pense à un truc qui me met en colère et j’ai de l’énergie.
Du coup j’utilise mes automatismes, j’utilise mes modèles culturels de machins, de trucs, pour générer de l’énergie.
Pour générer de l’adrénaline, etc, puis utiliser cette colère-là comme source d’énergie.
Puis après je la redirige, parce que ce n’est pas ma colère qui va décider de ce que je fais, c’est moi. Cette colère-là est juste une source, elle devient un outil que j’utilise, ni plus ni moins.
Bon, je n’y arrive pas toujours hein, des fois je suis énervé et je fais de la merde comme tout le monde, mais le but et l’outil anti-fragile c’est ça, c’est l’idée.

C’est du recyclage en fait, quelque part ?

David Manise :
C’est du hacking d’automatismes.
Je vois comment mes automatismes fonctionnent dans le détail, une fois que j’en ai fait le tour je comprends mieux comment ça fonctionne, qu’est-ce qui les active et sur quels boutons appuyer et je peux les utiliser plutôt que ce soit eux qui m’utilisent.
C’est jamais vraiment eux qui m’utilisent, mais vu que c’est un automatisme qui fait que je vais décider de péter la gueule à un type plutôt que de faire mes projets, admettons, bah ce n’est plus moi qui gouverne, ce n’est plus moi qui suis maître à bord de ma vie, ça devient ma colère.
Donc quelque part, métaphoriquement, c’est ma colère qui m’utilise.
Le but c’est justement de gagner en liberté à travers ça.
De voir la colère puis de décider d’en faire quelque chose, de voir la masse d’énergie que c’est et de l’attribuer à un projet qui nous plaît vraiment, qui a du sens pour nous, qui est conforme à nos valeurs, à qui on veut devenir…

Qu’est-ce qu’une bonne hygiène de vie ?

David Manise :
Une bonne hygiène de vie permet de gagner en liberté.
Une discipline qui va permettre de gagner en liberté plutôt que d’être gouverné par tout ça.
Gagner en liberté, ça veut dire avoir un corps qui fonctionne bien.
Ça veut dire avoir une bonne hygiène émotionnelle et savoir comment utiliser sa tristesse, sa colère, sa peur, son chagrin.
Comment en tenir compte dans nos vies ; comment remettre de l’harmonie dans le fait d’avoir des émotions fortes ; de bien le vivre, de ne pas, en plus de l’émotion forte, avoir une espèce de tension de ‘‘bah je ne devrais pas vivre d’émotions forte
s’’.
D’être ok en fait avec les émotions et puis leurs mouvements et leurs saisons…

Tout ça, ça fait partie de la nature en fait.
Ça va, ça vient, ça bouge, un jour c’est l’hiver on a plus de feuilles et on doit se regrouper un peu dans nos racines, après le printemps revient du coup il y a des fleurs, d’un coup il y a des feuilles, puis d’un coup ça retombe, puis c’est de nouveau l’hiver

Ça fait partie de la vie d’avoir des émotions des fois hyper intenses, puis des fois plus douces et des fois d’être dépassé, puis des fois pas…
Il y a un moment donné une espèce de quiétude à avoir par rapport à tout ça et en même temps, comme le but c’est de rester le plus libre possible et de devenir le plus libre possible, pour moi en tous cas,  la discipline et l’hygiène de vie qu’on a doit nous permettre de gagner en conscience, en connaissance de soi de manière à voir nos automatismes émerger, de pouvoir les rediriger ou les utiliser, ne pas les activer quand ce n’est pas nécessaire, les activer quand c’est nécessaire…

Bref, de ne pas être con quoi.

Qu’est-ce que tu entends par discipline et comment ça se construit ?

David Manise :
C’est de gagner en liberté par la connaissance de soi.
Concrètement, il y a 10 000 outils qui vont permettre d’y arrive
r.
Ça va du travail de type méditation pour centrer le mental et redevenir maître de ses pensées et de son mental, ou au moins du mental automatique : une espèce de singe araignée qu’on a au fond de la tête et qui fait un peu ce qu’il veut quand il veut
et qui, comme le reste de notre égo, agit de manière automatique.
Soumettre ce singe peu à peu à notre volonté.
Et de penser à ce qu’on veut quand on décide d’y penser, par exemple.

Ça peut être un travail corporel qui va nous amener à comprendre pourquoi on a mal au dos, quels sont les liens entre les émotions et le mal de dos.
Les émotions et la tension musculaire, sur quelle chaîne musculaire, qui va faire ci, qui va faire ça…
De se connaître de mieux en mieux dans tous les aspects de nous-mêmes et, face à une situation désagréable, par exemple ‘‘ j’ai mal au dos ’’, j’ai deux options principales :

Il y a : ‘‘ j’ai mal au dos, je veux que ça s’arrête ’’, et chouiner que c’est trop injuste et que j’ai mal au dos, c’est chiant et machin.
Il y a l’option :
‘‘ je vais m’anesthésier, je vais bouffer des cachetons ou je vais picoler, je vais penser à autre chose ’’, pour éviter la sensation désagréable.

Et il y a l’option qui est que je vais essayer de comprendre pourquoi j’ai mal au dos, qu’est-ce qui fait que j’ai mal au dos, comment ça marche un mal de dos, de me renseigner, de voir qu’en fait mon mal de dos il est dû à, je ne sais pas, une hyperlordose, qui causée par un raccourcissement de ma chaîne arrière, qui elle-même est facilitée par une petite faiblesse au niveau des psoas qui font partie de la chaîne avant et tout ça parce que, je n’en sais rien, parce que j’ai fait trop de manutention et soulevé trop de trucs lourds et jamais ne fais d’abdos pendant toute ma vie, ça, c’est le coup classique quoi.

Autre coup classique c’est que j’ai mal au dos parce que mes psoas sont contractés parce que je passe ma vie assis et du coup quand je me relève, ça tire sur mes lombaires.

Il y a tout plein de facteurs et de paramètres dans notre corps qui peuvent créer du mal de dos et de chercher la cause de notre mal de dos à nous, donc de profiter d’avoir mal au dos pour comprendre et apprendre,  c’est une troisième manière de faire ce qui permet de gagner en connaissance de soi.
Ce qui permet d’avoir davantage prise sur soi-même et pouvoir s’autohacker.
Pouvoir pirater son propre système pour faire ce qu’on veut.
Gagner en liberté quoi.

C’est ça la discipline, que ce soit pour le corps, le mental, les émotions, peu importe.
Le jeu c’est de prendre un truc qui nous pique, un truc qui ne nous plaît pas et de voir comment ça fonctionne, comment ça marche et d’en tirer des actions concrètes.

Qu’est-ce que c’est pour toi une bonne hygiène de vie ?

David Manise :
Une bonne hygiène de vie et une bonne discipline sont ce qui va permettre d’utiliser l’adversité comme source d’information pour évoluer.
En gros, il m’arrive toujours des couilles dans la vie, c’est normal, on ne peut pas vraiment les éviter et on se retrouve soit à chouiner et se dire ‘‘ non, je n’ai pas envie que ce soit comme ça, c’est trop injuste et tout ça ’’ ou alors on utilise cette réalité là pour pouvoir avoir une espèce de feed-back de ‘‘ comment on fonctionne ’’, où est-ce qu’on a des failles, où est-ce qu’on a des endroits où ça s’accroche, où est-ce qu’on peut gagner aussi en connaissance de soi au lieu de subir nos automatismes et pouvoir avoir prise de plus en plus dessus.
Si je dois résumer, c’est ça.

Après il y a plein d’axes de travail, que ce soit au niveau du mental ou au niveau du corps…
David ManiseEnfin peu importe, se connaître c’est connaître toutes les parties de soi.
C’est connaître comment je fonctionne dans telle situation, mais aussi comment mon corps fonctionne.

Quand j’ai fait trop de kettlbell pendant un mois j’ai mal à tel endroit et je sais pourquoi et du coup je peux adapter en faisant autre chose.

Bref, de se connaître vraiment dans le détail.
Et évidemment ça implique d’avoir une certaine discipline, de se fixer des objectifs et de poser des moyens pour y arriver, donc des sous-objectifs avec des échéanciers, des plannings et des trucs comme ça et puis un super outil pour ça c’est le Bullet Journal qui permet de désencombrer un peu l’esprit, de vider un peu toutes les merdes qu’on a en tête et de garder un peu notre axe et ça marche pas mal.

C’est quoi pour toi la journée idéale ?

David Manise :
C’est la journée où j’arrive à rester dans mon axe justement, c’est la journée où je me rappelle que ce qu’il m’arrive peut être une source d’information.
C’est la journée où, au lieu de
chouiner parce qu’il ne fait pas beau, je me rends compte que la météo est pédagogique.
Et ça dépend de moi la journée idéale, ça ne dépend pas des circonstances extérieures, ça dépend de comment je l
es regarde et de ce que j’en fais.

Ma journée idéale, en termes de discipline, ça va être de me lever, de faire ma cohérence cardiaque, un peu de méditation, de boire mon café, d’avoir un peu de temps pour pratiquer et tout ça, mais si je n’ai pas le loisir de faire ça, ça me permet de me rendre compte que je suis attaché à ma discipline, que je suis attaché à mes principes et qu’au final, il faut que je reste souple aussi.
Que je peux déplacer, réorganiser.
La journée idéale, elle dépend de ma posture.

Tu parlais de pratiquer, tu parles des arts martiaux, dans ce cas-là ?

David Manise :
Quand je parle de pratiquer, je parle de tout ce qui fait partie de ma discipline et qui me permet d’évoluer.
Donc les arts martiaux en font partie, comme la méditation, comme la préparation physique, comme le jeûne, comme le repos, comme d’écrire tous les jours ce que je vais faire pour le lendemain…
Il y a 10 000 trucs.

Donc, pratiquer pour moi, c’est me donner les moyens d’évoluer.
Ça veut dire de gagner en conscience, en connaissance de moi-même, de qui je suis, de qui les autres sont, de comment ça fonctionne et donc, automatiquement, de sortir des automatismes et de gagner en liberté.
De ne plus être dans la réaction, mais de pouvoir créer, de pouvoir innover, de pouvoir faire autre-chose que juste être dans l’action-réaction de manière automatique, innée ou alors acquise, mais alors acquise culturellement sans avoir vraiment le choix, au final.

Pratiquer, c’est devenir libre.

Quels sont les choix que tu as faits dans ta vie qui font ce dont tu es devenu ?

David Manise :
Le choix de profiter de l’adversité pour gagner en conscience.
D’utiliser tout ce qui passe. Et aussi les sentiments positifs : la joie, l’amour, le soulagement…
Ce sont des sources d’information
s aussi qui permettent de savoir qu’on est dans quelque chose qui est bon pour nous et d’essayer de comprendre ce que c’est, pas juste se laisser pousser par le courant. Mais bien d’avoir une idée d’où on va et pourquoi.

Donc de gagner en conscience, de gagner en connaissance de moi-même, d’
arriver de plus en plus à comprendre comment je fonctionne et comment les autres fonctionnent, ça m’a permis de moins flipper quand je faisais des choix un peu radicaux, de poser des activités professionnelles qui sont un peu atypiques et qui m’ont permis de faire de choses intéressantes et d’avoir plein d’adversité encore à utiliser pour évoluer.

Il y a vraiment, je pense, une décision à un moment donné qui s’est prise. Et qui n’a pas été prise en une fois.
Comme une espèce de cercle vertueux qui s’est mis en place…

J’ai décidé que je ne voulais pas subir.

Je ne voulais pas juste me laisser aller à chouiner et à vouloir que le monde s’arrange à ma sauce et que tout le monde soit conforme à ce que je voudrais, mais, au contraire, d’accepter la réalité telle qu’elle est.
D’accepter que je ne maîtrise pas tout.
D’accepter que mon vécu dépende essentiellement de moi et de ma posture.
D’accepter que je sois pleinement et totalement responsable de tout ce qui m’arrive, en tous cas de la manière dont je le vis.

Voilà, un peu tout ça en fait.
C’est extrêmement difficile à mettre en mots.
Et je peux le redire de plein de manières différentes et ça ne sera pas encore complètement juste.
Mais si je veux le dire encore différemment, j’ai décidé un jour que je ne serai plus esclave de mon égo.
Si je dis ‘‘ égo ’’ j’entends par là
la somme de mes automatismes.

C’est tout ce qui est automatique à l’intérieur de moi.
Que
ça soit d’avoir froid et de frissonner, c’est un automatisme.
Mais de trouver une meuf jolie et d’avoir envie de me l’a faire, c’est aussi un automatisme.
De penser que si les gens ne m’aiment pas, c’est grave, ça aussi c’est un automatisme.
Ce sont des acquis ou des innés qui sont à l’intérieur de nous et qui nous font nous mettre en mouvement, qui nous font bouger, sans qu’on le choisisse.
Ça sert à survivre à la base.
C’est un programme de survie pour l’espèce
qui est super important, et qui fait qu’on tient la route dans le sens où on ne s’éteint pas en tant qu’espèce, mais ça prive de liberté en même temps.
Ça gouverne nos vies.
J’ai décidé à un moment donné que je n’avais plus envie d’être gouverné par ça.
Que je n’avais plus envie de subir mon attachement au regard des autres, que je n’avais plus envie de subir ma presque peur panique de ne pas avoir assez à manger, deux ou trois fois par jour, etc.
J’ai travaillé là-dessus.

Petit à petit, méthodiquement, je me suis mis à jeûner, je me suis mis à faire de l’acclimatation au froid, quand j’étais au Québec, je me suis mis, juste, globalement, à redevenir un peu le capitaine du bateau.

Il s’agit d’aller volontairement dans l’inconfort pour ensuite réussir à contrôler ce sentiment d’inconfort lorsqu’il arrive et qu’on ne le contrôle pas, justement ?

David Manise :
Ouais.
Mais c’est aussi utiliser l’inconfort.
C’est
arriver à se créer des micros catastrophes au quotidien, par un effort de discipline, par un effort de volonté et de se dire ‘‘ ok, là je subis un peu une situation qui ne me plaît pas, comment je peux faire pour en tirer le meilleur ? ’’ et de se l’imposer à soi-même.
C’est plus facile, mais on peut aussi
du coup choisir sur quoi on travaille.

Là en ce moment j’en avais marre parce que j’ai atteint ma ‘‘ côte d’alerte jeans ’’, parce qu’à force de me détendre et d’être bien avec ma nouvelle chérie, j’ai recommencé à prendre du bide.
Ça m’a gavé, je n’étais pas bien dans mon jean et donc j’ai commencé à faire du jeûne intermittent depuis une semaine.
Ça me permet d’être mieux dans mon corps et en même temps ça me permet de travailler, de retravailler, cette notion de ‘‘ j’ai peur de mourir de faim, peut-être que c’est dangereux de sauter un repas et machin, qu’est-ce qui va m’arriver… ’’, une espèce de part animal qui panique dès qu’on loupe une tartine.
De voir tout le monde manger et de ne pas manger avec eux, socialement, ça vient picoter aussi.

Tout ça, ça me fait travailler en fait, ça me détend, ça me permet d’être plus libre.
Après le soir je mange, et je bois des canons, je suis content.
Je me rends compte que ce n’était pas si dramatique.
C’est un exemple d’adversité un peu auto-imposée pour être plus libre.

Quel est le pire conseil qu’on ait pu te donner  ?

David Manise :
Fais attention à toi.
Dans le sens de soigne ton confort, prends pas de risque, n’ose rien, reste bien à ta place.

On a tellement tendance à enfermer les gens dans du confort et de la sécurité de nos jours, que je trouve que ça devient carrément louche.
À mon avis, c’est bien de se frotter un peu au monde, c’est bien d’être un peu dans l’inconfort et dans des trucs un peu durs.
On est hyper riche, on est hyper bien soigné, bien nourri, bien éduqué, bien tout…
Bien cocooné, bien protégé et bien privé de liberté aussi.
Je trouve que d’oser sortir de ça, d’oser se dire ‘‘ ouais, ok, ce n’est pas grave, je vais peut-être me blesser, je vais peut-être… voilà, je ne sais pas quoi, mais je vais apprendre en fait. ’’

Je vais aller me balader dans l’Himalaya et peut-être que je vais choper une maladie, peut-être que je vais avoir le mal des montagnes, peut-être que je vais avoir des ampoules aux pieds et trouver que c’est trop dur et peut-être que ci et peut-être que ça, et du coup quoi ? Je reste chez moi ?
Ou alors je me bouge et je vais découvrir le monde et j’apprends sur moi-même.

Il y a des spécialistes du développement personnel qui passe leur temps le cul sur le canapé et qui ne font rien, personnellement je trouve ça extrêmement louche quoi.

Le pire conseil qu’on ne m’ait jamais donné ça a été ‘‘ fait attention à toi ’’ avec cette intention de me priver de l’expérience de l’adversité qui est vraiment enrichissante.David Manise et le CEETS

Le meilleur conseil qu’on t’ait donné ?

David Manise :
Les gens ne me donnent pas beaucoup de conseils en général… [Rires]

[Rires]
Ils n’osent pas ?

David Manise :
Ce n’est pas qu’ils n’osent pas, mais…
Mes parents ne m’ont pas tellement donné de conseils, ils m’ont beaucoup dit ce qu’il ne fallait pas que je fasse et ils m’ont beaucoup laissé patauger et c’était bien en fait, de me laisser patauger.
L’un des meilleurs conseils que j’ai reçus, c’était une observation : assume.
Assume ta part de responsabilité.

Dans toutes situations il y a une part qu’on ne contrôle pas, il y a une part qui est extérieure à nous, mais il y a une part qu’on contrôle et sur laquelle on a de l’influence, premièrement.
Et même si on subit une situation complètement, la manière dont on la regarde, elle nous appartient.
On peut se faire un drame avec un truc chouette.

Par exemple hier mon gamin…
Croyant lui faire plaisir je l’emmène à la boulangerie.
Et lui ce qu’il voulait c’était un panini de l’autre boulangerie.
Il a pété un scandale, parce qu’il n’était pas content, parce qu’il n’allait pas pouvoir avoir son panini.
Et je fais :

Ok, on se barre quoi. Il n’y aura rien du tout en fait. Tu préfères rien du tout ou tu préfères la pizza de cette boulangerie ?
Et il a fini par être content d’avoir sa pizza, mais il a fallu d’abord passer par l’étape de ‘‘ ok, t’auras rien du tout ’’.

Et on fonctionne tous pareil, on veut tous avoir ce qu’on veut, comme on veut, quand on veut, au final, et quand il nous arrive un truc qui est moins bien que ce qu’on attendait, on chouine.
C’est notre tendance naturelle, mais c’est aussi un automatisme pour le coup.
Donc ça a l’air facile quand on parle d’
un panini versus une pizza chez un gamin, mais quand il nous arrive un gros truc…

Exemple : on se fait jeter d’un boulot qu’on aime bien, on se fait rejeter, on se fait larguer, on tombe malade, peu importe.
C’est des plus gros trucs, mais la mécanique est la même, à l’intérieur de nous il a une part qui n’accepte pas la situation et qui résiste et qui chouine et qui se fait un petit malheur en plus de l’évènement relou.
Et on tricote plein d’injustices et
plein de ci et plein de ça, mais en fait la vie elle est vraiment injuste et à la fin on va vraiment tous crever.
Donc entre-temps est-ce que vous avez envie de chouiner ou est-ce que vous avez envie de kiffer ?
C’est simple comme question.

Tout le monde dit : ouais, j’ai envie de kiffer alors ils n’ont qu’à me rendre mon boulot !
Bah non en fait.
Si tu veux kiffer, ce n’est pas comme ça que ça marche.
Si tu veux kiffer il faut d’abord accepter que t’as plus de boulot et d’assumer.
Donc je reviens sur ce mot là, assumer.
Assumer ta responsabilité, déjà dans le fait de t’être fait jeter de ce boulot.
Parce qu’il y a sûrement des trucs qui n’ont pas été parfaitement faits, donc à partir du moment où tu assumes et tu acceptes le fait que tu ne sois pas parfait, tu peux apprendre et faire du meilleur taf dans le boulot suivant.
Avoir des meilleures relations ou je ne sais pas quoi.

Ou alors toi-même te barrer parce que c’est un taf de merde aussi, c’est pas mal.
Ou alors assumer que ta manière de voir l’évènement et de te raconter l’histoire de l’évènement, elle va te rendre heureux ou malheureux.
Assumer qu’à partir de là il faut que tu bouges ton cul pour faire autre chose.
Assumer en fait !
Simple.
Sauf que …
Comme tous les trucs de cet ordre-là, qui consistent à assumer et à prendre ses responsabilités, on a pas envie.
On a pas envie parce que ça demande de l’effort et ça demande de vraiment se bouger
et quelque part, aussi, ça demande de l’humilité.
Mais ça vaut vraiment le coup.
Ça nous rend libres, ça nous rend joyeux, ça nous rend heureux et ça nous rend puissants…
Ça nous permet d’évoluer.

Es-tu convaincu par quelque chose que les autres autour de toi considèrent comme une folie ?

David Manise :
Ouais. Carrément.
Ça déjà. Le fait d’assumer. Enfin les gens ne kiffent pas du tout.

Ce genre de liberté, que ça donne, ça libère un peu des notions de moral en mode bien, mal, binaire, manichéennes à la con.
Les gens sont souvent horrifiés quand je dis que l’amour, ça peut vraiment foutre la merde et qu’on peut être aveuglé par des bons sentiments et qu’on peut vraiment faire du mal à cause de ça.
Que des fois, péter un genou, c’est la seule chose à faire et c’est bien.
Et que pour autant,
même si j’éclate la gueule à un type ce ne soit pas parce que je suis en colère ou que j’ai de la haine contre lui, c’est que c’est la seule manière de débloquer une situation, par exemple.
Quand je dis
‘‘ débloquer une situation ’’, j’entends évidemment par là ‘‘je suis en danger ou un proche est en danger”.

Donc la violence c’est mal”, non, ça dépend.
“L’amour c’est bien”, non, ça dépend.
On se permet, à force de prendre conscience de nos mécanismes et de ceux des autres, de se libérer petit à petit du carcan “
c’est bien, c’est mal ; il faut, il ne faut pas “.
Ça heurte ceux qui sont encore à l’intérieur de ça.
Ça les dérange profondément parce que ça implique que, d’un coup, ils se retrouvent à devoir prendre des responsabilités, à devoir penser par eux-mêmes, bouger leurs culs, assumer.

Beaucoup de gens considèrent ça comme une folie.
Et pour autant, quand ils ne savent plus quoi faire ils se tournent vers moi ou ils viennent faire des coachings.
Parce qu’ils se rendent compte que leur modèle ne fonctionne pas et
ils voient que le mien, en tous cas pour moi, il fonctionne.
Ils se demandent comment ça se fait.
I
ls ont la mauvaise idée de venir en coaching et de me demander mon avis et en général ça pique fort, parce que ça implique de renoncer à un truc confortable, inconfortable, pardon, mais que l’on connaît ; pour se retrouver dans une situation confortable, mais qu’on ne connaît pas.
Alors, j’entends par confortable, du vrai confort et pas l’illusion du confort parce qu’il n’y a rien qui bouge.
Je parle de vrai confort dans le sens d’être bien partout, d’être libre.

Le confort pour moi,ce n’est pas d’étaler du cuir sur toute la surface de la planète pour ne pas se faire mal aux pieds, c’est se scotcher du cuir sous les pieds pour n’avoir pas mal là où on va.
Et donc d’être libre.
De ne pas dépendre de l’avancement des travaux d’étalage de cuir sur toute l’étendue de la surface de la Terre pour être bien.

Est-ce que tu pourrais nous partager trois mots, trois idées, trois concepts qui animent ta vie ?

David Manise :
Cette notion de gagner en conscience.
Donc la conscience.
De gagner en liberté, de fait, automatiquement, parce que plus on est conscient, plus est libre.

Je dirais l’amour.
Mais pas l’amour au sens de bons sentiments, ou d’amour romantique.
L’amour c’est bien plus vaste que ça.
Ce n’est pas un sentiment l’amour, c’est un état d’être, c’est un état de conscience, c’est une posture dans la vie.
C’est être conscient de soi-même et de l’autre et rester en relation, rester au contact.
Ne pas rejeter parce qu’il est différent, ne pas rejeter l’autre parce qu’il est dérangeant.
Au contraire, le remercier d’être différent et dire : ouais, putain, grâce à toi je me rends compte que j’ai encore beaucoup d’orgueil. Ou : grâce à toi, putain, je me rends compte que j’ai encore envie de faire le justicier sur la route et quand je vois des connards ne pas mettre leur clignotant et freiner au dernier moment, comme ça vient de se passer, à l’instant, je me rends compte que j’ai encore envie de contrôler le monde entier pour qu’ils conduisent bien
parce que ça serait plus “mieux bien”, il y aurait moins d’accidents et moi je serais le maître du monde qui, dans sa toute-puissance, arrange les problèmes de l’univers. Ça serait génial.


Et là je viens de me rendre compte que j’ai encore un petit truc de ça qui reste. Et pourquoi ? Bah parce que… Les automatismes quoi.
Il y a, dans le mot amour, pour moi, bien plus qu’un sentiment amoureux ou d’affection, il y a toute une démarche.

Un livre que tu conseilles ?

David Manise :

Il y a un livre qu’Aurélie m’a fait lire il n‘y a pas très longtemps : Le guerrier pacifique de Dan Millman. C’est un récit un petit romancé, avec un peu d’ésotérisme et de petits trucs qu’on ne comprend pas, histoire d’attirer l’attention du lecteur, je pense.
Mais il y a surtout un bon résumé de cette démarche dont je parle qui consiste à gagner en conscience, à gagner en liberté par la discipline.
Quand j’ai lu le bouquin, je me suis rendu compte qu’on parlait exactement de la même chose.
Dans chacune des grandes religions il y a une branche ésotérique dans le sens où elle est un peu plus fermée, plutôt restreinte et qu’elle ne convient pas à tout le monde, qui parle de la même chose en fait. Qui parle de se connaître soi-même pour gagner en liberté, qui parle de discipline réelle, qui parle de tout ça et ça a été beaucoup diabolisé ces trucs.
On s’imagine des rituels à base de graisse d’enfant et de sacrifice et je ne sais pas quoi, mais en fait, la vraie vérité c’est que ce sont des voies très difficiles en fait, très exigeantes, beaucoup plus que d’avoir la structure à l’extérieur de soi qui nous dit quoi faire et nous contient. Qui ne nous donne pas l’obligation de se bouger pour gagner en conscience et pour prendre ses responsabilités.

Dans Le guerrier pacifique on parle vraiment d’une sorte de voie spirituelle, mais ce n’est jamais vraiment nommé, ce n’est jamais vraiment expliqué, il y a juste quelques petites touchent de trucs qui ont l’air un peu magique dans le délire.
Et si on fait abstraction de ça, je pense que c’est vraiment un bouquin, quasiment un manuel assez utilisable pour se mettre un peu dedans déjà, c’est pas mal.

Donc tu nous renvoies, encore et toujours, à cette notion de “assume” dont tu parlais tout à l’heure.

David Manise :
J’assume.
Et
si je veux arriver là où je veux arriver, il y a des étapes qui sont incontournables.
Je dois découvrir et avoir conscience de chacun de mes automatismes, je dois apprendre à m’en détacher, pour pouvoir ensuite les utiliser.
Et si on fait ça, si on joue vraiment le jeu, ça marche.
Mais il faut le faire, il faut vraiment s’y coller pour de vrai.
Ce n’est pas juste de la théorie.
Par la pratique tous les jours, par l’action, par les choix qu’on fait…
Et toutes les fois où on contredit no
tre égo et qu’on ne s’autorise pas à plonger dans notre automatisme et juste à se laisser couler dedans, à chaque fois c’est une petite victoire sur soi-même, qui permet d’être libre.

Parce que la liberté ce n’est pas, faire ce qu’on veut, quand on veut.
La liberté c’est choisir.
Et donc, tous nos automatismes qui, eux, ne nous laissent pas le choix ne nous rendent pas libres.

Donc si pour vous la liberté c’est de pouvoir niquer tout ce qui bouge…
Ce n’est pas de la liberté.
Parce que oui, vous êtes libre de faire l’action que vous voulez, mais cette action-là, elle est guidée par un truc qui n’est pas votre choix.
Qui n’est pas un vrai choix, qui est juste une pulsion.
Vous avez l’impression d’être libre.
Et ça m’est arrivé plein de fois.
On a l’impression d’être libre dans ces moments.
Mais en vrai on ne l’est pas, on est dans une sorte de déni où on ne voit pas que notre impression de liberté cache une non-liberté intérieure.
Cache le fait qu’on a l’impression de décider parce que le monde extérieur ne nous contredit pas, mais en vrai
ce qui décide, c’est nos pulsions et c’est tout.

Discipline, assumer…

Aurélie Verdon
Aurélie Verdon

David Manise :
Voilà, discipline, assumer…
Gagner en conscience, gagner en liberté et prendre ses responsabilités.
Toutes ses responsabilités.

Une fois qu’on a vraiment pris nos responsabilités, on peut commencer à mettre à porter ce qui nous appartient.
Si on porte tout ce qui nous appartient, ce qui est déjà énorme, on peut déjà commencer à entrevoir l’idée qu’on peut faire porter aux autres leurs responsabilités.
Ne pas les porter à leur place.
Faire porter aux autres, c’est une mauvaise formulation.
Meilleur est : Ne pas porter.

Après ils choisissent s’ils veulent porter leurs responsabilités ou non.
Mais de ne pas compenser, de ne pas porter les trucs qui appartiennent aux autres, les automatismes qui appartiennent aux autres, le manque de conscience qui appartient aux autres. C’est leur problème à eux.
Et quand on se contente de porter nos propres valises, c‘est à la fois plus lourd et plus léger, j’ai envie de dire.
C‘est dur au début puis ça devient de plus en plus facile de porter ses propres valises parce qu’on les allège au fur et à mesure et de ne pas porter celles des autres, déjà c’est se rendre service à soi-même, mais souvent, bien souvent, c’est de leur rendre service à eux aussi.

Parce que tant que l’on compense pour leurs dénis et leur inconscience et leurs problèmes et leur non-envie de s’assumer, on ne leur permet pas d’avoir le feedback et l’adversité qui va leur permettre de bouger et de prendre conscience des trucs.

La douleur et les trucs désagréables, c’est vraiment utile, ça nous oblige à bouger et du coup de protéger les autres de leur adversité, ce n’est pas toujours leur rendre service.
Évidemment, je parle des adultes, les gamins c’est autre chose.
Évidemment il faut protéger les enfants de leurs conneries et porter pleins de trucs à leur place tant qu’ils ne sont pas capables de le faire, mais l’idée c’est justement de leur apprendre, petit à petit, à porter leurs valises à eux, leur petit sac à dos et d’être content comme ça.

Tu parles de cette discipline, de ce cadre qu’on s’impose à soi-même en prenant conscience de nos actes et de nos manières de fonctionner. Pour faire un parallèle à ce que tu fais dans ta vie en générale, est-ce qu’on peut dire que cette discipline, ce cadre, c’est la première forme de survie ?

David Manise :
C’est la première forme de vie.
Tout ce qui est avant ça c’est de la survie.
Nos automatismes, etc, et d’éduquer nos automatismes et à ce qu’ils soient plus adéquats, c’est de la survie.
Ça sert dans l’urgence, ça fonctionne.
Mais ce genre de discipline permet justement d’apprendre à utiliser la survie pour faire de la vie.
Ou de la sur-vie.
De la super vie.

La distinction entre la survie et la vie est de plus en plus obsolète pour moi.
Ça fait déjà un paquet d’années que je dis que ce qu’on apprend en stage de survie peut carrément nous servir dans la vie de tous les jours.
C’est un autre exemple, en fait, que de survivre à l’adversité, de survivre aux évènements hyper durs de nos vies.
Ça va nous permettre d’acquérir des compétences, de la connaissance de soi qui va être utile pour le reste de notre vie.
Quand on est dedans en général on ne s’en rend pas compte, on a juste envie que la douleur s’arrête, mais une fois que c’est passé, on se rend compte à quel point ça a été libérateur, on se rend compte à quel point ça a été formateur, on se rend compte à quel point on a gagné en liberté, en conscience et en joie de vivre après, de manière durable.

Donc ce n’est pas intuitif, mais c’est vraiment bien de se rendre compte à quel point la merde qui nous tombe dessus est souvent une bénédiction.
C’est dur à accepter sur le moment, mais après avec le recul, quand on fait ce qu’il faut pour en profiter, c’est carrément…
C’est carrément vrai !


Tu as un parcours très large dans les arts martiaux. On dit souvent dans les arts martiaux japonais que ce n’est pas juste un art qu’on va pratiquer sur le tatami, mais c’est bel et bien un art de vivre. Ce que tu me dis là c’est un la même chose ?
La survie en vie sauvage, par exemple, n’est pas juste un état de fait en vie sauvage, ça devient un art de vivre…

David Manise :
Ouais.
La posture qu’il faut avoir pour survivre à un accident d’avion dans la pampa amazonienne, c’est la même qui va faire qu’on survie à notre vie, qu’on arrive à être bien dans nos vies.

En fait, ça revient toujours au même.
Peu importe de quel côté on se tourne, j’ai envie de dire, c’est le même truc qu’on a à travailler en tant qu’humain.
C’est : il y a des trucs que je contrôle, il y a des trucs que je ne contrôle pas.
J’arrive à faire la part des choses
et pour ce que je contrôle, je me sors les doigts du coup et je le fais.
Ne pas s’imposer des carcans sans que ce soit choisi.
Autrement dit de ne pas être esclave de ses automatismes, de ses conditionnements, de ses peurs, de ses colères, de ses modèles culturels…
De plein de trucs en fait, qui sont des outils ; ça ne veut pas dire qu’il faut tout jeter, ça veut juste dire qu’il faut choisir d’utiliser le bon outil au bon moment.

À des moments, je mets ma petite chemise et je me retiens pour péter et je parle moins fort et je me tiens bien. Quand je passe un entretien d’embauche, par exemple. Enfin ça, ça ne m’arrive pas souvent.
Quand je vais à un mariage et que je veux que les mariés qui m’ont invité se sentent bien pendant leur mariage, et je me tiens à carreau pour eux, mais c‘est choisi.
Et à d’autres moments c’est utile pour les gens de faire l’inverse.
Exemple, l’autre jour, en stage il y avait une nana qui avait mal au ventre, elle avait une espèce de mal de bide incroyable, et puis elle avait le ventre plein de gaz.
Voyant qu’elle se tordait, mais qu’elle essayait de rester digne, j’ai lâché un énorme pet, mais genre super sonore et j’ai fait ‘‘aaaah, ça fait du bien de pouvoir péter dans la montagne’’.
Elle m’a regardé en mode ‘‘, mais t’es mon héros !’’.
Parce que tout d’un coup elle a rigolé et elle a commencé à péter et son ventre s’est dégonflé et ça allait mieux après, elle a pu commencer à participer au stage.
Donc ce sont des outils.
C’est tout.
Ce n’est rien d’autre que ça, en fait.

Est-ce que tu peux faire un point sur le stage anti-fragile que tu vas faire et peut-être en quoi c’est nécessaire aujourd’hui d’être anti-fragile ?

David Manise :
Le stage anti-fragile consiste essentiellement à faire ce que j’ai racont
é là, c’est-à-dire utiliser l’adversité et apprendre à utiliser l’adversité, pour évoluer.

Pendant une semaine on fait des ateliers et on voit des pratiques qui servent à faire ça.

Donc voilà. Ça résume bien… Si vous avez pigé un peu ce que j’ai raconté, c’est l’essence du stage anti-fragile dans son ensemble.

D’accord. Stage que tu organises donc avec Aurélie Verdon.

David Manise :
Avec Aurélie, ma chérie.
Elle a vraiment un apport hyper intéressant, notamment au niveau de la médecine chinoise.
Donc les premiers stages je les ai donnés tout seul, puis après avec une pote qui s’appelle Kita, qui est thérapeute et là avec Aurélie.
On est vachement complémentaire
s, c’est super cool.
En générale les gens ils pensent que c’est moi le méchant, puis après ils voient ma chérie et ils comprennent que c’est moi le gentil !

Merci beaucoup David Manise !Stage Anti-Fragile avec David Manise et Aurélie Verdon

Courir un peu plus loin

Et sinon, j’ai eu envie de devenir champion du monde… Pas vous ?

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