Mickaël Preti : la course est un art !

Si la course est un art, le pas marque son rythme et ses routes sont un poème.
Un précieux territoire de la pensée où jamais les étoiles ne s’éteignent.
Mickaël Preti

Ce n’est pas du Saint Exupéry, mais l’invité de CourirUnTrail, Mickaël Preti.
Ce type est… plein de choses !

  • Ultra-traileur
  • Travaille dans l’informatique au sein de la Clinique du Coureur
  • Poète
  • Adepte du MovNat…
  • En fait, c’est un multipotentiel… multipotentialiste… multipod… multipassionné !

Privilégier le podcast, pour toute l’humanité que peut transmettre une voix !
Sinon, voilà la retranscription !

Mickael Preti au MovNat
Mickaël Preti en séance de MovNat

Bonjour Mickaël. Qui es-tu, que fais-tu et où cours-tu ?

Mickaël Preti:
Je m’appelle Mickaël Preti, 35ans, je vis au Canada depuis maintenant 3 ans.
Je suis d’origine française, où j’ai grandi en banlieue parisienne.
Ça fait une dizaine d’années que je travaille dans les technologies numériques et dans le marketing numérique.
J’ai fait différents métiers dans l’univers du web, de la rédaction à la gestion de projets, en passant par de l’enseignement, par de l’entrepreneuriat…
À l’heure actuelle, je suis directeur TI et stratégie numérique à la Clinique du coureur qui est un organisme de formation spécialisé dans la prévention de blessure dans la course à pied.
J’ai un métier sédentaire, beaucoup devant un ordinateur.
À mon grand regret, étant depuis toujours un hyperactif.
Le sport a toujours fait partie de ma vie, mais je n’avais jamais fait de compétition auparavant.
J’ai testé plein de choses, notamment à l’adolescence, avec le roller, le BMX, le skate, la boxe thaïe et la boxe américaine.
J’ai commencé la course à pied à 14 ans. Et finalement, ça m’a suivi tout au long de ma vie !
À l’époque, je courais de manière récréative, sans grande connaissance sur le sujet.
Aujourd’hui, je suis plus sensibilisé et je fais de la compétition d’ultra-trail.
J’ai bien cheminé physiquement, et même spirituellement dans cette discipline.
Il y a tellement de choses à dire, mais je vais te laisser poser des questions !

La personne qui m’a parlé de toi m’a dit de t’interviewer, car je m’intéressai à la Clinique du Coureur et au MovNat. Mais voilà, tu as le même prénom que moi, tu te présentes aussi comme un multipotentialiste, tu travailles aussi dans l’informatique.
Ça fait beaucoup de coïncidence !
Bon…

Tu cours des ultras trails de 160km avec beaucoup de dénivelés…
Pourquoi cours-tu ?

Mickaël Preti:
La question est souvent posée.
On pourrait en parler pendant des heures…
Je cours parce que j’aime ça, tout d’abord. Il ne faut pas oublier la notion de plaisir.
Si je devais revenir dans le passé, je suis persuadé que la course à pied en tant que telle m’a beaucoup aidé.
Elle m’a aidé à m’émanciper.
Je viens d’un milieu très défavorisé. Je ne m’en suis jamais caché, mais aujourd’hui, je l’assume.
C’est une faiblesse qui est devenue une force.
Beaucoup de choses m’ont permis de m’émanciper, comme les études par exemple.
J’ai toujours vu le sport et la course à pied comme un mouvement vers l’avant.
J’ai commencé à courir sans raison, si ce n’est que j’étais hyperactif, juste pour faire un sport d’endurance et me faire du bien.
Et finalement, la course à pied est devenue quelque chose de bien plus important.
Un jour, je me suis dit que j’allais faire un marathon.
J’étais sur Bordeaux. Je me suis blessé avant, je ne l’ai donc pas fait.
Mais quand je suis arrivé dans la région, pour des raisons professionnelles, j’étais aussi musicien.
J’ai arrêté la musique, et ai fait un break avec ce milieu.
Donc je cherchais une nouvelle activité dans laquelle m’impliquai.
Quelque chose qui pouvait m’animer.
Et ce fut le trail.
Je me suis inscrit à un demi-marathon, puis à un marathon.
J’ai alors commencé le trail avec un 30km.
12 mois plus tard, j’étais sur un 116km en Turquie.
J’avais une progression assez rapide dans la distance.
Je ne le conseille pas forcément.
J’ai eu la chance, si c’est de la chance, de ne pas m’être blessé à l’époque.
J’étais animé par des croyances, et ça m’a porté jusqu’au bout.
Ensuite, en arrivant au Canada, avec l’attrait des grands espaces, j’ai pu explorer des contrées plus sauvages.
J’ai intégré une communauté de traileurs, et aussi la Clinique du Coureur en tant que professionnel.
Je suis donc entouré d’athlètes et de passionnées de course à pied.
Ce sont d’excellentes sources d’inspirations.
Donc aujourd’hui, je cours, mais c’est tout un cheminement.
Je m’inscris dans une démarche durable.
J’espère pouvoir courir toute ma vie.
Même si je peux utiliser le mot d’athlète, je ne me considère pas de haut-niveau.
Je suis vraiment le coureur lambda, mais par la force de ses croyances et par la rigueur, j’arrive à faire des choses un peu moins lambdas, comme des ultras trail à l’étranger avec beaucoup de dénivelés.
Donc pourquoi je cours ?
C’est pour devenir quelqu’un de meilleur, une meilleure version de soi-même.
Je cours pour me connecter à la nature. C’est vrai que je ne l’avais pas réalisée avant, mais c’était sous-jacent.
Aujourd’hui, je cultive de plus en plus cette connexion avec l’environnement extérieur.
C’est, je pense, élémentaire pour chaque individu sur cette planète.
Et je cours pour me trouver, pour devenir un Homme, pour mûrir, pour m’incarner, pour devenir qui je souhaite être.

Tu es multipotentialiste ?

Mickaël Preti:
Oui, c’est un mot qui m’a marqué.
J’ai un parcours atypique. Mais finalement, je pense qu’il y a beaucoup de multipotentialistes aujourd’hui.
Ça va avec l’époque. On se cherche, on sort de notre cadre, on voyage, on teste différemment métiers.
La vie en entreprise est aujourd’hui faite ainsi dans beaucoup de pays aussi.
On est amené à vivre diverses expériences.
C’est donc difficilement de me mettre dans une case, et moi-même, je n’ai pas envie d’entrer dans une case.
J’ai occupé différents métiers. Parfois, je me dis que j’ai vécu différentes vies : musicien, enseignant, travail dans le web…
J’ai décidé de voir comme une force le fait d’être multipotentilsite.
Mais ça n’a pas toujours été le cas.
Ça peut être très dur à vivre.
On s’intéresse à beaucoup de choses, sans forcément aller au bout.
On est alors vu comme un ovni ou comme une personne instable.
Je pense qu’il ne faut pas se laisser déstabiliser par des points de vue trop fermés.
Être multipotentialiste, c’est juste être curieux.
Avoir du mal à se trouver, et donc expérimenter.
L’idée est de faire la somme de toutes ces expériences pour devenir une personne authentique.

Considères-tu que tu es arrivé à un moment de stabilité ?

Mickaël Preti:
Oui, un minimum.
Cette part d’instabilité, je l’ai toujours en moi.
Mais c’est le fait d’être entrepreneur dans la vie.
Monter une entreprise, c’est être à l’écoute des opportunités.
Ce sont alors des personnes qui sont tellement à l’écoute du monde qu’ils peuvent changer d’idées du jour au lendemain, car les opportunités sont différentes.
Je pense qu’on se doit de garder cette part d’instabilité, car c’est là que réside l’aventure.
S’il y a un art que je cultive dans l’existence, c’est l’art du changement et la capacité à sortir de sa zone de confort.
Tout le monde a besoin d’une zone de confort, même moi. J’y reviens de temps en temps.
Par contre, je n’y reste pas. Si j’y reste, je m’éteins.
Alors, je prends le large, je voyage, je change de carrière…
C’est une manière de survivre, de vivre, d’exister et d’aimer la vie…
C’est en tout cas comme ça que je le vois.
J’ai atteint un peu plus de stabilité aujourd’hui à 35 ans qu’à 25 ans.
J’ai besoin de savoir où je vais, notamment professionnel.
J’ai trouvé un équilibre professionnel, ça n’a pas été facile.
Aujourd’hui, je peux concilier le professionnel avec mes passions.
Je suis dans une entreprise assez atypique.
Mais mon cœur est rempli de surprise, de projets à long terme que je garde secrets pour l’instant.
C’est difficile de me suivre, oui.
Une semaine, je peux être engagé dans une chose, et changer d’une semaine à l’autre.
Mais aujourd’hui, je l’ai accepté.
Et je travaille chaque jour pour mes projets à long terme, tout en ayant des projets plus instables, à court et moyen terme, en fonction des rencontres et des opportunités.
Et certains se concrétisent, d’autres ne verront jamais le jour.
C’est comme ça.

Malgré le fait de passer d’un projet à un autre, le trail est il toujours resté présent ?

Mickaël Preti:
Courir en sentier, en environnement naturel, j’ai commencé il y a 5 ans.
Depuis je n’ai jamais arrêté, malgré les blessures et les coups de mou.
Et les saisons : hiver long et rude au Québec !
Donc, au niveau du trail, c’était constant.

Tu as trouvé un travail qui te correspond, ainsi qu’un équilibre. Comment fais-tu pour te préparer à des ultras de 160km, tout en ayant un travail normal, en bureau ? Combien d’heures ont tes journées ?

Mickaël Preti:
Ça dépend.
Mes journées ne s’arrêtent jamais !
C’est une bonne question.
Quand on n’est pas dans le milieu de l’ultra trail, on s’imagine que c’est très extrême, qu’il faut être un super héros.
Pour courir un ultra trail, ce n’est pas nécessaire de courir 160km pendant la semaine.
Il y a plusieurs écoles.
J’ai tendance à varier les sports pour maintenir ma motivation, et que mon corps s’adapte à différente situation.
Dans le cadre de mon travail, je fais beaucoup d’home office.
Je travaille souvent chez moi, ce qui est une sacrée opportunité.
Mais une opportunité que j’ai bâtie.
Et j’ai une flexibilité au niveau des horaires.
Si j’ai envie de commencer à 5h du mat, je le fais.
Si j’ai envie de commencer à 8h, je le fais.
À partir du moment où le travail est réalisé, je n’ai pas de compte à rendre sur les horaires.
La Clinique du Coureur est une entreprise dite libérée.
Ce qui est un avantage pour pouvoir s’entraîner quand on le souhaite.
Après, moi, je suis assez classique en termes d’horaire.
Je me lève assez tôt, vers 5h45, et je vais m’entraîner au moins 1h30.
Je peux finir ma journée de travail à n’importe quelle heure : parfois, à 16h, parfois à 17h, 18h, 19h.
Lorsque j’arrête, je fais toujours une demi-heure d’activité physique, qui sera moins intense, mais qui me permet de remobiliser mon corps, comme du yoga ou du mouvement naturel.
En réalité, comme je suis hyperactif, mon corps n’est jamais totalement au repos, je bouge tout le temps.
Je varie aussi mes positions de travail : assis, en lotus, debout…
J’ai intégré différentes postures pour pouvoir varier et enrichir ma mobilité au quotidien.
Et puis ensuite, de la lecture, des amis, la vie de couple. Du classique.

Tu estimes à combien d’heures par semaine ton entraînement?

Mickaël Preti:
Une quinzaine d’heures, mais ça varie.
Car le week-end, surtout en été, je peux passer plusieurs heures en montagne.
Si je veux accumuler du kilométrage, et qu’il fait beau…
15h d’entraînement.
Mais je ne compte pas dedans l’activité physique liée à la marche, par exemple.
J’adore marcher.
Je peux faire une heure de marche juste pour aller voir un ami.
Et j’ai fait le choix de ne pas avoir de voiture, ici à Montréal.
Il y a la possibilité d’en louer facilement.
Je fais beaucoup de vélo pour me déplacer.
Donc, 15h d’entraînement dédié, sans compter les déplacements.

Comment construis-tu tes entraînements ? Tu an un plan, ou c’est de l’instinct ?

Mickaël Preti:
Oui, c’est à l’instinct.
Après, j’ai des bases en planification, notamment via les formations de la Clinique du Coureur.
Il y a une formation spécialisée dans la planification d’entraînement, donnée par Sébastien Cornette.
C’est un coach qui a créé l’école du trail en France.
Il est très doué et compétent.
J’adhère sa façon de penser qui est : courir moins pour courir mieux.
Quand on veut s’entraîner pour un ultra, on s’imagine qu’il faut courir, courir, courir et que c’est le seul secret.
Ça marche pour certaines personnes, avec la capacité de s’y tenir dans la durée, et de supporter le stress mécanique de la course à pied au quotidien, en courant 30km par jour.
Je ne pense pas avoir cette capacité.
J’ai essayé, ça n’a pas marché : démotivation, blessure…
Et puis, je pourrai trouver le temps de le faire, mais je n’ai pas envie de sacrifier d’autres choses pour ça.
Ça existe, j’en connais, mais pour ma part, j’ai besoin de varier.
Si j’ai une course qui approche, j’ai une trame générale qui se dessine, au moins dans ma tête, avec des week-ends chocs, des sorties longues.
Mais je réagis surtout à l’instinct, c’est ce que j’aime.
Si tu me parles de statistiques, ça ne m’intéresse pas.
Il y a même des notions sur les plans d’entraînements que je ne connais pas.
La coure à pied est de la poésie pour moi. Ça ne doit pas devenir des maths.
Dernièrement, j’ai même arrêté de mettre ma montre.
Les deux dernières années, j’avais tout enregistré avec elle, mais je n’ai jamais consulté les données.
Je ne suis pas sur Strava, je n’aime pas ça.
Donc, pas de plan d’entraînement, mais une trame.
Je pense qu’il faut un minimum d’intelligence quand on prépare un objectif, il ne faut pas faire n’importe quoi.
Mais j’aime le côté instinctif.
C’est ce qu’on retrouve dans la nature.
Les mammifères ont rarement des plans d’entraînements.
J’ai fait la diagonale des fous (170km – 10 000m d+ à la Réunion) l’année dernière.
J’ai eu plein d’incertitude, mais j’ai décidé de prendre le départ sans ma montre.
Et ce fut extraordinaire.
Alors, oui, bien sûr, je ne suis pas parti pour faire un podium, mais j’ai tout de même fait une bonne performance.
J’ai mis 42h, ce qui est pas mal sur cette course où il y a beaucoup d’abandons.
J’ai perdu la notion du temps.
Le jour se levait, okay, c’est le matin.
Mais c’était tout !
Je me suis lancé dans cette aventure dont l’objectif était de profiter et d’avancer.
Gérer en fonction des aléas, des difficultés et des opportunités.
Coup de mou, regain d’énergie, je m’adaptais.
Et j’ai trouvé cette approche extraordinaire !
S’affranchir du chrono…
On le cherche souvent en trail, mais on reste tout de même attentif à la montre, au kilométrage…
L’activité physique fait partie de mon quotidien.
Je n’ai donc pas de plan d’entraînement, mais un rythme.
Cela se traduit par une rigueur au quotidien, avec des sorties longues parfois, placée de manière intelligente.
Mais pas de math, ça ne m’intéresse pas.

La Clinique du Coureur propose des plans d’entraînement gratuitement, pour toutes les distances, sur route et en montagne. Ce que j’apprécie, c’est qu’il ne nécessite pas de cardiofréquence, juste un chrono pour le fractionné. J’aime bien cette approche, qui ne nécessite pas d’acquérir un objet spécifique. C’est plutôt rare, je trouve.

Mickaël Preti:
Oui. Ceci étant, je pense qu’il faut tout de même un minimum, au niveau de la structure d’entraînement, surtout pour les débutants et lors de reprise de blessure.
Un plan d’entraînement, ça rassure et ça permet de savoir où on va.
Beaucoup de débutants s’entraînent au feeling, mais ça peut être une erreur.
Le feeling demande beaucoup d’expérience !
On peut se permettre de miser sur l’instinct, si on a de l’expérience.
Alors, on connaît notre corps, on connaît nos blessures, on sait comment réagir et s’adapter.
La structure permet de savoir comment organiser son quotidien pour l’entraînement physique.
C’est donc une bonne chose tout de même, les plans d’entraînement.
Et cela permet d’atteindre ses objectifs.
C’est de la stratégie, tout comme on monte une entreprise, on prépare un marathon, on change de pays…
Il faut une stratégie.
Avec de l’expérience, l’instinct est l’une des clés.
Je pourrai même parler de l’intuition, qui nous permet de survivre dans la nature.

Tu espères pouvoir courir jusqu’à la fin de ta vie… Pourtant, on entend souvent que la course à pied est mauvaise pour la santé. Vrai ? Faux ?

Mickaël Preti:
Il faut se méfier des idées reçues en course à pied.
Et dans la Clinique du Coureur, on est bien placé pour en parler.
Il n’y a rien de mauvais dans la course à pied, bien au contraire !
En plus de diminuer toutes les problématiques issues de la vie moderne (comme les maladies cardiovasculaires), et d’augmenter l’espérance de vie, ça renforce notre corps.
Et la science l’appuie.
Nous vivons dans une société où on nous fait croire que le confort et la protection seraient la clé au bien-être.
En fait, c’est tout l’inverse !
Le corps est un organisme vivant, il s’adapte aux contraintes et au stress.
Génétiquement, nous sommes faits pour courir.
La course à pied n’est pas nouvelle dans l’histoire de l’humanité.
Mais aujourd’hui, c’est moins un besoin.
Mais la génétique reste la même : nous sommes conçus pour courir et bouger.
Et le corps s’adapte : plus on met de stress, plus il s’adapte.
Le tout est de savoir comment on quantifie le stress pour ne pas dépasser notre capacité d’adaptation.
Sinon, c’est la blessure qui arrive.
Mais quiconque s’entraîne voit que son corps s’adapte.
D’abord, les courbatures, puis ça va de mieux en mieux, puis on performe.
Le corps a une capacité extraordinaire d’adaptation.
Et on la sous-estime clairement.
Parfois, j’entends que pour courir un ultra trail, on ne peut que se droguer pour réussir.
Non ! tout est une question d’entraînement et de mode de vie.
La course à pied est très bonne pour la santé !
Dans un cadre modéré et bien encadré, en cas de pathologie, cela permettra de renforcer les structures musculaires, articulaires, osseuses, tendineuses, et même les cartilages, comme l’ont démontré dernièrement des études scientifiques.
Le seul conseil que je donnerai pour la course à pied serait : faites-en! Courez!
Il y a évidemment des bonnes pratiques à adopter.
Le plus important, et c’est ce qui fait aussi la popularité de la Clinique du Coureur qui le vulgarise, c’est la quantification du stress mécanique.
C’est-à-dire de ne pas dépasser notre capacité d’adaptation.
Une personne qui s’arrête de courir, qu’importe la raison, quand elle reprend la course 3 semaines après, elle ne peut pas reprendre en courant tout de suite une heure à nouveau.
Non, elle va reprendre 10 minutes, en alternant une minute de course, une minute de marche.
Ça peut paraître très peu, mais appliquer à toutes les activités sportives de la vie, c’est une clé pour perdurer, performer, ne pas se blesser, et prendre du plaisir sur le long terme.

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Pourtant, beaucoup de coureurs se blessent. On estime entre 50 et 80% des coureurs contraints de faire une pause une fois dans l’année à cause de blessures…

Mickaël Preti:
Même si on adopte toutes les bonnes pratiques, on n’échappe pas forcément à la blessure.
Moi-même, je me suis blessé.
La blessure existe, mais elle est évitable.
On n’a pas besoin de se blesser pour progresser.
Par contre, on peut en faire un apprentissage.
Alors, oui, beaucoup de gens se blessent, mais pourquoi ?
C’est cool la course à pied, on met ses baskets, et on court.
Mais la course à pied est un sport qui s’apprend.
Même si la course à pied est naturelle, on ne court plus depuis notre enfance pour survivre.
Et il y a la question du matériel.
Là-dedans, il y a trois choses:
le marketing, auquel je ne crois pas du tout.
La science, dans laquelle je crois, bien évidemment.
Mais plus important encore pour moi, l’expérience.
C’est elle qui signifie le plus pour moi.
À la Clinique du Coureur, on se base sur des évidences scientifiques, sans aucun biais commercial.
On ne reçoit aucune somme d’argent d’aucune marque.
C’est pour cela qu’on a un discours qui s’oppose à ceux des marques souvent.
On veut que les gens restent en bonne santé et puissent courir.
Le problème, c’est que les chaussures qu’on nous vend, avec des nouveaux objectifs, pour aller plus vite, avec des amortis de plus en plus grand.
Or, les amortis sont déjà dans nos jambes. Nous devons juste les développer.
À la naissance, nous n’avons pas de chaussures.
Lorsqu’on grandit, la meilleure façon d’améliorer nos structures bio mécaniques, c’est d’être pieds nus.
Un enfant pieds nus, c’est un enfant beaucoup plus mobile et performant.
Sans compter toutes les informations qui sont transmises par le sol.
Le pied est doté de multitude de capteurs, qui vient éveiller beaucoup de choses dans le cerveau.
Encore une fois, on se surprotège, notamment avec des grosses chaussures.
On nous fait croire que les blessures sont dues à des genoux de travers, par exemple.
Moi, j’ai les pieds plats, ça ne pose aucun problème, pas besoin de semelle.
Quand on se blesse, on nous dit de mettre plein de choses.
Ces mesures de protection peuvent être pertinentes à très court terme.
Quand on se blesse, il vaut mieux se protéger pendant quelques jours le temps de diminuer l’inflammation, par exemple.
Pour permettre aux corps de cicatriser.
Mais dès qu’on recommence à mettre du stress mécanique sur le corps, il faut le «déprotéger».
Notre corps est capable de se protéger lui-même.
Je cours en chaussures ultras minimalistes.
Et j’ai fait la diagonale des fous. C’est très technique, beaucoup de rochers, c’est proche des volcans…
C’est un terrain très éprouvant.
Je l’ai fait avec des chaussures sans aucun amorti.
J’ai juste eu un peu mal à la voûte plantaire sur les derniers kilomètres.
Ce qui est normal, je n’ai pas l’habitude d’être sur ce genre de terrain.
Mais sinon, je suis sorti de cette course en forme, je n’étais pas cassé.
Car j’avais une foulée très légère, je n’envoyais pas le talon au sol.
Beaucoup de gens se blessent, car la technique est mauvaise.
On croit qu’il faut se protéger.
En cas de blessure, on nous dit de nous reposer quelques semaines, de prendre des anti-inflammatoires.
Quelle erreur ! Les anti-inflammatoires affaiblissent les tissus !
Le repos n’est jamais conseillé, sauf en cas de blessures traumatiques de type fracture avec un plâtre.
Même un tendon blessé mis au repos de manière provisoire va devoir être restressé pour que la cicatrisation se fasse bien et que le corps ne se déconditionne pas.
Il y a le repos relatif, il est toujours possible d’entraîner d’autres parties du corps.
Les bonnes pratiques ne sont pas connues, de fausses croyances sont entretenues par les équipementiers sportifs.
En trail et ultra trail, tout est une question d’adaptation et de quantification du stress mécanique.
Si je m’aligne sur un 160km, je ne suis pas forcément prêt.
Je l’étais l’année dernière, mais le serais-je l’année prochaine ?
Si je ne suis pas prêt, oui, je peux me blesser.
Le corps doit être prêt à encaisser un tel effort.
Aujourd’hui, on est dans une surenchère du kilométrage.
On n’a pas besoin de tout faire des ultras, on n’a pas forcément envie, tout le monde n’est pas fait pour ça.
Mais il y a cette surenchère à l’égo.
42km, c’est maintenant devenu presque bidon, on a besoin de faire des super courses.
La culture de la performance et de l’ultra performance.
Ce n’est pas une bonne chose.
Cependant, une personne qui vit en ville peut s’entraîner pour des trails, il y a des stratégies.
Mais si tu t’entraînes que sur du plat, et que tu t’inscris sur un trail de 50km, en y allant à fond, oui, tu risques de te blesser.
Beaucoup de gens se blessent aussi à cause de ça.
La blessure est le regroupement de plusieurs critères.
Mais ça ne veut pas dire pour autant que la course à pied est mauvaise.
Si on pratique la course à pied au quotidien, de manière raisonnée, avec la bonne technique, il n’y a aucune raison de se blesser.
Je recommande la course à pied pour tout le monde, même les personnes âgées.

Tu penses que tout le monde n’est pas fait pour de l’ultra ? Mais tout le monde peut courir, progressivement, et atteindre, qu’importe, l’âge, un niveau élevé, comme un marathon, voir plus ?

Mickaël Preti:
Oui, il n’y a aucune limite.
Quand je dis que tout le monde n’est pas fait pour ça, il faut le comprendre comme le fait que tout le monde n’est pas prêt à faire les efforts nécessaires pour atteindre un tel objectif en santé.
C’est bien de s’inscrire sur de l’ultra distance, mais si on est un coureur du dimanche…
Alors, oui, il y a des prédispositions génétiques, mais ça ne fait pas tout.
Si on est sédentaire toute notre vie, ce sera plus compliqué, par rapport à quelqu’un a déjà un bagage.
Mais on peut commencer par un 5km, et finir par un 300km.
J’en ai rencontré.
Ce sont des athlètes lambdas, mais qui peuvent courir le Tor des Géants, par exemple, une course de plus de 300km.
Ce ne sont pas des personnes rapides, mais elles ont des croyances assez fortes, elles ont de la rigueur.
Elles ont la capacité de puiser dans leurs ressources motivationnelles, physique, technique…
Des personnes traversent la manche avec un gros handicap.
Des personnes avec amputation courent.
Je ne vois pas de limite là-dedans.
Les limites sont sous-estimées dans notre capacité de s’adapter.
On peut courir 300km, 500km, 1000km.
C’est une gestion différente, mais c’est possible.
On peut être une personne en surpoids, aussi, et courir.
On peut fumer, mal manger, avoir une mauvaise hygiène de vie, et vouloir changer.
Ça demande de puiser au fond de soi, mais ça existe.
Et ce sont souvent des personnes très inspirantes, j’en ai rencontré.
De l’obésité morbide à de l’ultra-trail, c’est possible !
Il ne faut pas avoir de frein.
Mais la route peut être très longue, oui.
Mais si c’est notre rêve, alors, il faut se lancer.

Dans ton entraînement, tu fais des mouvements naturels. Qu’est ce que c’est ? Et qu’est-ce que MovNat ?

Mickaël Preti:
MovNat, c’est une école de pensée et un organisme de formation, crée par Erwann Le Corre , un français émigré aux États-Unis.
C’est un ancien athlète, rejoint par d’autres personnes.
Il est parti du principe que dans le sport, on fait beaucoup de choses non naturelles.
L’idée est de dire qu’on devrait plus vivre comme dans la nature, que c’est plus sain.
Tout simplement que nous sommes faits pour ça.
De l’inadéquation entre ce pour quoi nous sommes faits génétiquement, et notre mode de vie actuelle (sédentaire, mal bouffe…) découle beaucoup de maladies modernes.
À l’époque, c’était plutôt un marginal, dans le sens qu’il était avant-gardiste.
Les États unis étaient plus ouverts à ce genre de chose.
MovNat a pris de l’ampleur, et est aujourd’hui réputée mondialement.
En France, MovNat est en train d’acquérir une nouvelle popularité auprès des professionnels de santé comme les kinésithérapeutes.
J’ai suivi plusieurs cycles de formation à Vancouver et au Nouveau-Mexique.
Le principe est simplement de bouger naturellement.
De bouger comme on bougerait en nature.
On porterait des choses, on grimperait, on ramperait, on lancerait, on nagerait, on courrait…
Plein de mouvements pour lesquels notre corps est construit, tous simplement.
Traditionnellement, on dirait à un coureur de faire des squats, des fentes sautées…
J’adore le fitness, le circuit training, le Tabata…
Mais ce n’est pas la meilleure manière de bouger, car c’est axé sur la répétition.
La répétition permet de s’habituer, et de stimuler du travail physique, oui.
Mais on peut faire des sauts dans la nature.
Pourquoi porter des poids en salle, alors qu’on peut porter des rochers ?
En salle, c’est toujours la même chose, on ne varie que le poids et la vitesse d’exécution.
En nature, la différence, c’est le terrain.
Porter un rocher en marchant en équilibre sur un tronc couché, ça n’a rien à voir avec un travail en salle.
Proprioception, équilibre…
C’est très challengeant.
La grande problématique, c’est que si je sors dans un parc et que je vois quelqu’un faire des pompes, je me dis qu’il s’entraîne.
Si je vois quelqu’un qui rampe, je me poserai des questions sur sa santé mentale.
C’est malheureusement une barrière sociale.
Mais elle peut se dépasser, soit en adaptant ses mouvements, ou en trouvant des terrains tranquille.
Il n’y a rien de plus simple que de bouger naturellement.
C’est à ça que le corps est destiné.
Et ça nous rend plus efficaces.
C’est le principe : on travaille l’efficience du mouvement pour être utile.
Au quotidien, on a besoin de se baisser, de porter des choses.
Voir de secourir quelqu’un, de le porter.
Il y a plein de cas de figure dans lesquels on serait complètement inutile, car on est faible physiquement, et qu’on ne sait pas bouger.
Le nombre d’ultras traileurs -donc des gens qui courent beaucoup- qui ne savent pas faire correctement un squat…
Il y en a beaucoup.
Ce n’est pas normal.
Faire une roulade, c’est super simple.
Si on n’a pas l’habitude de le faire, on va se faire mal.
On n’est plus capable de reproduire ce genre de mouvement, de manière fluide et naturelle.
Notre rapport au sol aussi change beaucoup.
Petit, on est tout le temps au sol.
On grandit, on s’éloigne du sol parce qu’on n’en a plus besoin, mais aussi parce qu’on joue moins.
On devient des sédentaires, ou au mieux des sportifs sédentaires.
C’est à dire des gens qui bougent le matin ou le soir, mais qui restent la journée devant l’ordinateur.
Quand on se rend compte qu’on manque de mobilité musculaire, on se dit qu’on va faire un programme de renforcement musculaire, et on va en salle.
Le MovNat, c’est différent.
Il ‘agit d’être utile, efficient dans le mouvement, et bien dans sa peau.
Pour moi, il y a un apprentissage très pertinent : lorsqu’on est capable de bouger dans son environnement, on est capable de s’en extraire.
Si on est capable de s’en extraire, on est capable de s’émanciper.
Si on est capable de ‘en émanciper, on a confiance en soi.
Si on a confiance en soi, on peut réaliser ses rêves.
À partir d’un simple mouvement de pensée, qui est : bouger mieux, on peut s’accomplir et réaliser ses rêves.
C’est tout un cheminement à faire, du mouvement le plus basique jusqu’à l’accomplissement de ses rêves, même les plus fous et les plus abstraits.
Le mouvement, c’est la base de l’existence.
On ne devrait pas le négliger, mais le travailler au quotidien.
Tout à l’heure, je parlais de changer sa posture au travail.
Je peux travailler sur une médecine balle, je peux travailler debout, assis, etc.
L’important est de varier la position, de faire des contractions musculaires, et ne pas rester statique trop longtemps.

Concrètement, le MovNat ressemble à quoi ? Ça remplace un entraînement de musculation classique ?

Mickaël Preti:
Oui, pourquoi pas.
Le MovNat a le mérite de pouvoir s’adapter à n’importe quel contexte.
C’est un bon complément, et ça peut devenir une discipline à part entière.
J’en ai fait un complément pour le moment.
Mais si j’arrête les ultras trail, ou la boxe, peut être que je me consacrerai uniquement à faire des mouvements naturels.
Ça ressemblerait à des parcours en nature.
C’est une discipline qui demande de la créativité.
Tu peux faire les mouvements sur place, dans un parc, chez soi.
Les mouvements sont variés, même si le socle est commun.
Donc on peut construire un parcours : courir, ramper, grimper, être en équilibre…
En utilisant le terrain et les objets disponibles.
Et varier l’intensité.
On a l’impression qu’il faut toujours avoir un cadre strict.
Mais on n’est pas obligé de faire du yoga pour faire de la muscu.
On n’est pas obligé de faire de la muscu pour faire du mouvement.
Il faut apprendre la base et le faire.
Comment se lever sans les mains, par exemple ?
Il n’y a peut-être que 10% des gens qui savent se lever sans les mains, depuis la position coucher…

Ça me fait assez penser au travail d’Ido Portal.

Mickaël Preti:
Oui, Ido Portal est spécialisé dans le mouvement.
Il est plus connu parce qu’il a était le coach de plusieurs athlètes de haut niveau.
Ce sont différentes écoles de mouvement.
Je l’aime beaucoup aussi.

Tu as aussi une dimension artistique.
Sur ton site, tu te dis photographe.
Et quand on te lit, on te remarque poète.

Tu te reconnais dans ces termes ?
Et est-ce lié à ta pratique de la course à pied ?

Mickaël Preti:
Bonne question.
Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis photographe ou poète.
Je fais de la photographie en amateur.
À l’époque, je faisais de la photo de rue, inspiré par des gens comme Raymond Depardon.
Pour des raisons de temps, je pense, c’est un art que j’ai laissé derrière moi, à l’exception lorsque je voyage.
Je pense qu’aujourd’hui beaucoup de personnes sont capables de faire des photos de voyage avec un appareil.
J’ai une toute petite prétention pour la photographie.
Pour l’écriture, je dirai que la photo est liée à l’écriture.
Je parlais d’émancipation de son milieu social.
S’il y a bien une chose qui m’a permis de m’émanciper, c’est la littérature.
Les livres m’ont toujours accompagné, principalement les romans.
Et je suis très sensible à la poésie.
J’ai longtemps eu un complexe, parce que je peux avoir une écriture poétique, très lyrique au niveau des émotions, et j’ai eu du mal à l’assumer.
Avec le temps, j’ai appris à l’accepter.
Aujourd’hui, je n’y consacre pas assez de temps, mais l’écriture est dans mes projets secrets.
Je vénère presque l’écriture.
Je me suis rendu compte que la course à pied représente un cheminement intérieur…
Par exemple, quand j’ai commencé la course de longue distance, je courrai avec des sentiments négatifs, venant du passé.
C’est un peu le cliché de courir avec un esprit de compétitivité, pour prendre sa revanche sur la vie.
Comme un boxeur qui a sa rage.
Ça peut t’amener loin, mais ça te consume.
Et l’année dernière, j’ai commencé à parler de bonheur, à courir avec le sourire.
Je pense que dans la vie, j’ai eu du mal à concevoir l’idée du bonheur.
Ça m’a demandé beaucoup de maturité de comprendre qu’on a le droit d’être heureux.
Tout le monde a le droit d’être heureux.
Moi-même, j’ai le droit d’être heureux.
C’est quelque chose que je m’interdisais certainement.
Donc, oui, il y a cette quête dans la course à pied.
Cheminer vers le bonheur, le bien-être, la plénitude, l’accomplissement de soi.
Je suppose qu’on le retrouve à travers mes derniers textes.
En règle générale, quand je fais une course, j’écris un texte.
Et comme ces derniers temps, je fais que des ultras, j’ai le temps d’écrire.
Et comme l’ultra dure longtemps, j’ai le temps de penser, de construire un cheminement pendant la course.
Et étant donné qu’on court en nature, c’est l’occasion de contempler.
Je vis en ville, la contemplation, c’est difficile.
Et avec le rythme du quotidien, je ne suis pas là-dedans.
Et pourtant, pour moi, l’observation, la contemplation, restent les clés du bonheur.
Le temps est une denrée rare.
Je ne rêve que de temps. Pas d’argent. Du temps.
Et avec le temps vient la contemplation.
Et avec la contemplation, le bonheur.
Quand je fais un trail, c’est un moment de contemplation.
De paysage, mais aussi de soi, sans narcissisme.
À l’intérieur de soi.
Apprécier qui ont est, ce qu’on vit, nos forces et nos faiblesses.
Avec beaucoup de gratitude.
Quand je cours, parfois, j’ai mes petits bobos, mes petits moments de faiblesse, je suis fatigué, comme tout le monde.
Mais j’ai la chance d’être en bonne santé !
J’ai comme l’impression d’avoir plusieurs vies, vu que j’ai eu plusieurs métiers, j’ai accompli plusieurs rêves, et d’autres à venir.
Si j’ai réussi à faire tout ça, c’est parce que je suis en bonne santé.
Quand on commence à avoir des problèmes de santé, tout se complique.
Je suis admiratif envers ceux qui ont des problèmes physiques, et qui réalisent plein de choses.
Donc la gratitude fait clairement partie de mon rapport au trail.
Ça reste évidemment et inévitablement poétique.
Une connexion a la nature que je recherche.
Ça ne peut être que poétique !
C’est pour cela que les math n’ont rien à faire dans la course à pied, dans mon cas, bien évidemment.
Sur un ultra, que je fasse 42h ou 26h, je m’en fiche.
A part l’égo qui sera flatté…
Mais je travaille sur l’égo pour le détruire depuis des années.
Je ne suis pas un athlète qui recherchait des podiums.
Je ne parle que pour moi. J’admire les athlètes de haut niveau.
C’est juste pas ma quête.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu  #ChampionDansLaTête : Arrêtez de maltraiter votre rêve !

Quel est le choix qui a fait de toi ce que tu es devenu ?

Mickaël Preti:
C’est dur d’y répondre !
Quitter ce que j’avais.
Ce que j’avais en France, par exemple.
Je suis parti avec ma femme, notre chat, une valise et un sac chacun.
On a immigré au Canada.
C’était plus simple, car c’était au Québec. Même langage et nous avons quelques connaissances.
On a fait le pari de s’intégrer et de réussir ici, alors qu’on n’était jamais venu.
On a quitté des bonnes situations professionnelles en France pour venir.
On a loué un Airbnb pendant une semaine.
Concrètement, on avait des droits au chômage en France.
On a été honnête: on a rompu ces droits volontairement.
C’était notre choix.
Une manière de se mettre un coup de pied aux fesses: on a plus le choix, pour survivre, on doit réussir.
C’est un choix qui a découlé sur un accomplissement professionnel.
Quand je suis arrivé, j’étais prêt à tout refaire, n’importe quel emploi.
Avoir une expérience canadienne pour qu’on me fasse confiance.
Les métiers du numérique, j’en avais assez.
Il n’y a pas de poésie, et ce n’est pas ce qui m’épanouit.
Mais continuer à parfaire mon expertise dans ce domaine-là dans un environnement qui me semble utile : dans le sport, envers les professionnels de la santé, et améliorer la santé grâce aux sports.
J’estime que ça a vraiment du sens sur notre planète.
J’ai rencontré des gens du domaine du trail qui m’ont permis de me dire : oui, c’est possible, donc je vais essayer de le faire…
J’espère que je vais cheminer toute ma vie, mais je pense que le fait de changer de culture, de changer d’environnement, de recommencer de zéro, c’est génial !
En France, j’avais changé de ville et de vie.
Mais il y a toujours un gros lien entre ces changements.
Alors que là…
Maintenant, j’ai même retrouvé une zone de confort de laquelle je voudrai sortir.
Non pas changer de pays ou d’emploi, mais, je pense, à plein de choses, qui me paraissent lointaines, comme des expéditions polaires.
Et c’est ce qui m’excite !
Atteindre un nouveau fantasme, donner un nouveau sens à son existence, c’est avoir une raison de se lever le matin.
J’ai besoin comme tout le monde d’un peu de routine de temps en temps.
Mais dès que je l’ai, je dois absolument m’en sortir !
Donc le choix de tout quitter.

Pourquoi ? Pourquoi tout quitter ? Pourquoi le Québec?  Quelles motivations ?

Mickaël Preti:
Il y a des faits très terre à terre.
Changez de pays, mais il faut avoir l’opportunité.
On a pu avoir nos visas pour le Canada.
Économiquement, il y a des opportunités.
Plutôt une grande ville pour pouvoir tisser des liens et se créer un réseau.
Notre anglais était très moyen à l’époque.
Donc Montréal, c’était plus simple que Vancouver.
Et surtout, cette envie de changement.
J’ai quitté Paris à 24 ans, pour suivre mon ex-petite amie.
Ce fut un très bon choix.
Je croyais qu’il n’y avait que Paris !
Et à 24 ans, j’ai compris qu’il y avait une autre vie possible.
Bordeaux près de la mer, Nancy, près des montagnes.
C’était des changements, mais pas assez grand.
Je voulais aller dans une autre culture.
Si la langue est la même, la culture n’est pas la mienne.
Ce n’est plus l’Europe, mais l’Amérique du Nord : autre manière de travailler, de penser, de concevoir les relations…
Ce sont des subtilités, mais elles suffisent à nous sortir de notre zone de confort.
J’ai une nostalgie de la culture française, du patrimoine, de la gastronomie, de mes amis…
Mais j’ai aussi un dégoût de la France.
C’est pareil pour le Canada.
Rien n’est parfait, il n’y a pas d’eldorado.
Aujourd’hui, mon identité est double.
J’ai la nationalité française , et j’espère bientôt la Canadienne.
Mais j’ai aussi des origines italiennes, espagnoles, françaises et vietnamiennes.
Mon identité est multiple.
C’est une richesse.
Je pense que la différence est une richesse.
Je le pense vraiment, ce n’est pas de la bienséance.
Je suis mariée à une femme turque.
Et ça se retrouve dans mes courses : je ne fais jamais deux fois la même course ou événement.
Et je ne voyage pas ou presque jamais deux fois dans le même pays.
C’est mon approche.

N’est-ce pas paradoxal avec la course à pied où l’entraînement est souvent sur le même tour, le même circuit…
Tu ne le ressens pas dans tes entraînements ?

Mickaël Preti:
Déjà, j’ai une pratique assez variée : la boxe, du MovNat / fitness / conditionnement, course à pied, le yoga, puis des activités saisonnières comme de la randonnée, de la rando en raquette…
Je pratique donc plusieurs sports.
Je ne pourrai pas faire que courir.
Eh oui, pour moi, c’est une grande frustration de vivre dans une grande ville.
Et je compte bien y mettre fin, et quitter Montréal.
Malgré tous les avantages.
Donc, oui, je m’entraîne toujours au même endroit, au mont Royal.
Je le connais par cœur, tous les coureurs y vont.
Mais on est tout de même chanceux d’avoir une petite montagne au milieu de la ville.
Mais ce n’est pas de la nature.
Je recherche un environnement préservé, sauvage, avec le moins de monde possible, et l’horizon devant soi.
Je ressens le besoin inéluctable de me rapprocher d’un environnement plus naturel.
Et donc plus de variété dans les entraînements.
C’est le cas pour tous les coureurs qui ne sont pas trop axés sur le chrono: varier les entraînements.
J’essaye de faire mes déplacements en courant.
C’est ce qu’on appelle le run commuting.
Et même si c’est en ville, avec plein de monde, la dimension utilitaire fait que ça passe bien.
Tu ne pollues pas, tu te fais du bien, et tu peux inspirer d’autres personnes à faire de même.
Donc, tout est positif dans le fait d’utiliser la course à des fins utilitaires.

Si tu pouvais te rencontrer quand tu avais 20 ans, quel conseil te donnerais-tu ?

Mickaël Preti:
C’est difficile…
Persévérez. Ne pas attendre.
Mais tout est une question de temporalité dans les projets que j’accomplis.
Il y a des rêves lointains, même en mettant les efforts qu’il faut.
Et d’autres plus à court terme.
Je ne repousse pas au lendemain, mais quand on est multipotentialiste, il faut faire des choix.
Et certains sont difficiles.
Arrêter la musique, par exemple, je l’ai vécu comme un deuil.
J’ai eu un groupe sur Paris, sur Bordeaux, j’ai fait des concerts, j’ai travaillé dans un magasin de musique, j’ai donné des cours particuliers de musique.
J’avais un minimum de talent, et je voulais faire quelque chose dedans.
Mais je n’ai pas osé.
Je ne sais pas pourquoi…
Un problème de confiance, peut-être.
J’ai arrêté, net.
Je n’ai qu’une guitare chez moi qui ne sort jamais de son étui.
Je mets mon énergie dans autre chose.
Dans l’activité physique en ce moment.
Mais il y a d’autres projets qui m’animent, comme la littérature.
Donc, si je dois donner un conseil au gars que j’étais : n’attends pas.
Mais c’est relatif.
Si demain, je meurs, et je me le dis tous les jours, est-ce qu’il y a des choses que j’aurai dû faire?
Je réalise mes rêves fréquemment.
Comme le fait d’aller au Japon.
J’y vais au Japon pour le trail du mont Fuji.
Donc si demain, je meurs, j’aurai quand même réalisé des choses dont je suis fier.
Mais il y a d’autres choses que je repousse tout de même.
Donc… n’attends pas !
C’est tellement simple de fantasmer une vie, de fantasmer la vie de quelqu’un :
il voyage beaucoup, il a monté son entreprise, c’est un sportif de haut-niveau, il a de la chance…
Non. La chance n’a rien à voir là-dedans.
On peut même parler de prédisposition sociale…
Rien n’arrive par hasard.
Certains ont la route plus longue que d’autres, c’est vrai.
Mais par expériences, c’est la persévérance, la rigueur.
C’est tellement simple aujourd’hui de fantasmer des rêves.
Surtout avec les réseaux sociaux qui mettent en scène des vies.
On voit le haut de l’iceberg, mais pas ce qu’il y a en dessous.
On voit les réussites, mais pas les échecs qui ont servi d’apprentissage.
Beaucoup de personnes fantasment une vie, mais ne sont pas prêtes à mettre en place ce qu’il faut.
Quand on a un rêve, on doit en faire un objectif : quels sont les étapes, les efforts, pour y parvenir.
Et puis, ne pas attendre…
Si tu veux écrire un livre, pourquoi tu n’écris pas déjà la première page aujourd’hui, plutôt qu’attendre d’en écrire 10 dans trois mois ?
Pareil pour la course à pied.
Tu rêves du Tor des Géants, mais tu ne cours pas ?
Mêmes justes 10 minutes, vas-y.
L’accomplissement d’un objectif, c’est la somme de toutes ces petites actions qui paraissent anodines.
J’aime bien commencer mes journées par de l’activité physique.
Si ce n’est pas le cas, c’est une journée qui démarre mal.
Et c’est difficile pour moi.
Car, naturellement, j’ai tendance à me coucher tard et à me lever pas très tôt.
Quand il fait -30 dehors, au Québec, on n’a pas très envie de se lever.
Mais je ne regrette jamais.
C’est cet esprit qui dit : ce n’est pas grave si tu n’y vas pas, ça ne va rien changer.
Mais cette petite action fait pourtant partie de la somme pour accomplir l’objectif.
Il y a des moments de la vie où certaines choses sont plus propices que d’autres.
Mais il ne faut jamais attendre.
Demain, on peut mourir. Ou juste être malade. Avoir un accident grave. Un handicap.
Et ça change une destinée.
Avoir le moindre de regret possible le jour où on ne sera plus dans la capacité d’aller jusqu’au bout des choses.
Tes questions me rendent très bavard !

3 mots, idées ou concepts qui animent ta vie ?

Mickaël Preti:
Authenticité.
De plus en plus, je me rends compte quand certains ne le sont pas.
On a souvent tendance à porter un masque en société, pour plaire ou ne pas plaire.
Parfois éduqué pour ça dès l’école.
Je pense que l’authenticité, c’est extraordinaire.
Après, on nous aime ou on ne nous aime pas.
La poésie, ce n’est pas juste un sonnet ou des rimes.
La poésie, c’est dans la vie.
On fait le choix de la percevoir, ou non.
J’ai fait le choix de la percevoir.
Une vie sans poésie manque de goût.
Donc, la poésie.
Et puis, la passion.
C’est un mot devenu très basique, voir un cliché.
J’ai même lu récemment qu’il faut l’éviter dans les lettres de motivations.
Mais la passion existe.
La passion amoureuse existe.
Elle est souvent destructive, mais ce n’est pas parce qu’elle est destructrice qu’elle ne vaut pas la peine d’être vécue.
Les passions dans la vie, c’est pareil.
Elles peuvent demander beaucoup d’énergie, d’argent, de sacrifices, de temps qu’on ne passe pas avec sa famille…
C’est un équilibre à trouver.
Je connais des gens qui n’ont pas de passion.
Est-ce un défaut ?
Je ne sais pas.
Mais quand j’écoute une personne passionnée, je me mets à rêver, et c’est comme ça que j’avance.
Il faut garder de la place pour la passion.
Authenticité, poésie, et passion.

Qu’elles sont tes prochains projets avouables ?

Mickaël Preti:
Toujours l’ultra-trail.
Je ne vais pas en faire tout le temps,car ça prend du temps et de l’énergie.
Courir, c’est différent.
J’espère pouvoir courir toute ma vie, tant que je suis debout.
C’est un mode de vie plus qu’un sport.
Pour les ultras trail, il y a celui au mont Fuji.
Je dois être prêt malgré un hiver québécois.
J’ai fait le choix de couper l’hiver en deux.
Au mois de février, je pars en Colombie, travailler depuis là-bas, et m’entraîner en altitude.
En octobre, j’en fais un au Maroc. Très difficile, mais très authentique.
Loin du côté business du trail.
Peut-être une traversée en autonomie, en rando, sur une dizaine de jours, du côté maritime du Canada.
Professionnellement, j’ai plein de projets, mais toujours au sein de la Clinique du Coureur, des formations qu’on va développer à l’étranger.
Et des projets dans l’écriture.
Mais je ne vais pas en parler davantage.

Une question piège : quelle est la question que tu aurais aimé que je te pose, ainsi que la réponse ?

Mickaël Preti:
En général, je parle très peu. Mais pour le coup, je suis surpris de parler autant !
Tu m’as déjà posé beaucoup de questions…
Je ne sais pas pourquoi ça me passe par la tête, ça n’a ni queue ni tête…
Mais tu aurais pu me demander mon signe astrologique…
Je suis Scorpion.
Peut-être que ça a du sens pour certains.

Encore un point commun avec toi ! As-tu un livre que tu aimes bien offrir ?

Mickaël Preti:
Il y en a plein !
Walden ou la Vie dans les bois d’Henry David Thoreau, qui relatent son expérience quand il est parti s’isoler dans une cabane dans les bois. Un peu comme Sylvain Tesson dans les forets de Sibérie.
C’est un essai.
Et plus sur la course à pied, le livre que tous les coureurs devraient avoir lu : Born to run de Christopher McDougall.
Il parle de sa recherche qui le mène au Mexique, au sein de la tribu des Tarahumaras.
Une tribu qui court pour jouer, pour se déplacer, tout au long de la journée.
C’est écrit comme un roman, tout en étant un témoignage.
On apprend plein de choses. C’est avant tout une aventure.

Merci beaucoup pour ton partage !

Mickaël Preti:
Si ce podcast a pu vous inspirer, c’est le plus important pour moi…

Mickael Preti Ultra traileur

Cheminer avec Mickaël Preti

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